Liban

Le gouvernement peut-il mener à bien sa mission ? Deux lectures opposées

Décryptage
24/01/2020

Après avoir créé la surprise par sa détermination et la clarté de sa vision concernant le gouvernement qu’il compte former, Hassane Diab continue d’étonner à la fois ses partenaires au sein du pouvoir et les Libanais qui hésitent entre le désir de lui donner une chance et la crainte d’une nouvelle déception. D’abord et pour la première fois depuis la rénovation du Sérail au début des années 1990, alors que commençait l’ère du Premier ministre Rafic Hariri, Hassane Diab a décidé de s’installer sur place et d’en faire son lieu de résidence tant qu’il restera en fonction. Ensuite, il a donné des instructions très claires aux ministres sur la nécessité de prendre rapidement en charge leurs ministères et d’accélérer autant que possible le travail.

Depuis l’annonce de la formation du gouvernement mardi soir, un vent nouveau souffle sur les sièges des différents ministères et même si la rue continue de protester, peu convaincue par l’efficacité de la nouvelle équipe surtout selon les protestataires après la manière dont elle a été formée, beaucoup de Libanais sont dans une situation d’attente positive. D’ailleurs, il est clair d’après les passations des pouvoirs dans les ministères que le mot d’ordre général est à la concision et à la rapidité. Mais cela sera-t-il suffisant pour que ce gouvernement – né dans des circonstances difficiles et qui entame sa mission avec un lourd passif hérité des précédents cabinets – puisse mettre le pays dans un scénario de sortie de crise ?

S’il est encore trop tôt pour répondre à cette question, les avis sont partagés déjà sur le nombre de fées qui se seraient penchées sur le berceau du gouvernement.

Pour certaines parties politiques, ce gouvernement est le début d’un nouveau compromis tacite entre l’équipe au pouvoir au Liban et les États-Unis. Ce compromis s’inscrit dans la ligne de la tendance générale régionale et internationale, depuis l’assassinat par les Américains du général irakien Kassem Soleimani et du responsable irakien Abou Mehdi al-Mouhandis. Après ce double assassinat, on avait cru que le monde était à la veille d’une nouvelle guerre régionale, voire mondiale. Et la scène libanaise ne pouvait pas ne pas être affectée par une guerre entre l’Iran et les États-Unis. Pendant quelques jours, le monde – et le Liban en particulier – a retenu son souffle en attendant la riposte iranienne et la réaction américaine qui devait la suivre. Or, moins d’une semaine après le double assassinat, les Iraniens ont riposté de manière ciblée et audacieuse, attaquant la plus importante base militaire américaine en Irak, et peut-être dans la région (ainsi qu’une autre base en zone kurde irakienne), tout en laissant la possibilité aux Américains de minimiser la riposte pour se dispenser d’une réaction musclée. De fait, les Américains ont saisi la balle au bond et, même si le bras de fer se poursuit, le monde est désormais convaincu que les risques de guerre sont réduits. Est-ce le premier pas vers des négociations en vue d’un accord irano-américain qui permettrait à Donald Trump d’inscrire son nom sur ce dossier très délicat? Les avis sont aussi partagés sur la question, mais pour tous la tendance générale est d’aller vers des ententes tacites et le Liban devrait forcément être influencé par ce climat.

C’est donc dans ce contexte que le président du Conseil Hassane Diab aurait été choisi par le camp de la majorité parlementaire actuelle (8 Mars et CPL), en raison de son parcours au sein de l’Université américaine de Beyrouth. Lui-même aurait choisi dans le cabinet des figures proches des Américains et de leurs alliés ou ayant un parcours lié à ces milieux. Même un des deux ministres désignés par le Hezbollah (Imad Hobballah) appartient à ces milieux, ayant été le doyen de l’Université américaine de Dubaï... Les partisans de cette thèse sont donc convaincus que le gouvernement actuel est le fruit de l’atmosphère de compromis qui semble prendre le pas sur les antagonismes, non seulement dans la région mais aussi dans le monde. Dans ce contexte, il aurait donc toutes les chances de réussir la mission qui lui a été confiée. Le mouvement de protestation, en dépit de la recrudescence des actes de violence ces derniers jours, devrait donc se transformer en véritable surveillant de l’action du gouvernement.

Face à cette théorie, il y en a une autre qui est bien moins positive. Selon les partisans de cette thèse, le Pr Hassane Diab a été nommé à la dernière minute, le mercredi 18 décembre au soir, pour barrer la route au candidat dit américain Nawaf Salam, après le désistement de Saad Hariri. Il ne s’agissait donc pas du début d’une entente, mais d’une volonté de la part de la majorité parlementaire actuelle de trouver une personnalité crédible, solide et capable de faire face aux développements qui s’annonçaient. Selon les partisans de cette thèse, il est certain que le pouvoir au Liban ne souhaite pas entrer dans une confrontation avec les Américains et leurs alliés et qu’il a donné plusieurs signaux en ce sens, que ce soit à travers la personne du nouveau président du Conseil ou à travers les ministres. Mais cela ne signifie pas que les Américains ont accepté la main tendue par le pouvoir libanais et qu’ils seraient prêts à desserrer l’étau qu’ils imposent au Liban, à travers les sanctions économiques et financières, ainsi qu’à travers les multiples interdictions qu’ils font peser sur le pays, comme le retard dans le processus de prospection gazière et pétrolière au large des côtes, le refus de laisser les compagnies libanaises commencer à investir dans la reconstruction de la Syrie, ou encore dans les tentatives pour fermer les voies de passage entre la Syrie et l’Irak et entre la Syrie et la Jordanie qui ont un impact sur le commerce libanais. Selon les partisans de cette thèse, les Américains– et leurs alliés dans la région – ne compteraient donc pas relâcher les pressions qu’ils exercent sur le Liban et, dans ce contexte, le nouveau gouvernement aurait peu de chances de pouvoir mener à bien sa mission...

Après le vote de confiance, les premières visites du président du Conseil, prévues notamment dans les pays du Golfe, devraient donner un indice sur la tendance générale et privilégier une thèse sur l’autre...

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Sissi zayyat

Les premières lignes m'ont suffit. Sa détermination oh oui il n'avait qu'à placer les pions qu'on lui a choisi et 20 au lieu de 18.
Sa clarté mais BIEN SÛR. Il ne sait pas plus que moi où il va et attend les directives pour s'exécuter.
Pour faire l'aumône auprès des pays d'Ouest en est en passant par le nord et le sud pour remplir les caisses, ça tout le monde politique libanais excelle et n'ont pas besoin d'expérience, ils n'ont qu'à copier les précédents.
Tous les ministres choisis ne correspondent en aucune façon à leur mission, on dirait il a joué à la chaise musicale et ceux qui commandaient la pause sont bien connus.
Il faut arreter d'écrire n'importe quoi.
Y EN A MARRRRRRRE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE QUELLE CLARTE DE VISION PARLEZ-VOUS ? IL AVAIT ANNONCE AVEC CORS ET TROMPETTE QU,IL NE FORMERAIT QU,UNE EQUIPE DE TECHNOCRATES INDEPENDANTS... JE REPETE INDEPENDANTS... TOUTE L,EQUIPE EST NOMMEE PAR DES POLITICIENS ET CE QUI EST PIRE D,UNE MEME ET SEULE COULEUR.

gaby sioufi

la Bonne lecture que mme. hadad a voulu faire accroire est que les mechants americains a leur tete D Trump accoquiné a Bibi mettent tellement de batons dans les roues du Liban que le gouv est certainement voue a l'echec.
ps.les batons dans les roues ayant principalement pour but-JAMAIS L'OUBLIER- faire capoter l'ere de m aoun !

Yves Prevost

"Après avoir créé la surprise par sa détermination et la clarté de sa vision concernant le gouvernement qu’il compte former..."
Ce début de phrase a de quoi surprendre. De deux choses l'une: ou bien la vision de Diab n'était pas claire, ou bien c'est sa détermination qui n'était pas sans failles, puisqu'il a fait exactement le contraire de ce qu'il avait annoncé. Après avoir annoncé à cor à cris un gouvernement d'indépendants, il nous a concocté une mixture politique à 100%.
Exactement d'ailleurs comme Nasrallah qui avait refusé mordicus un gouvernement monochrome et qui a cependant poussé à la formation de cette équipe jaune-orange qu'il pourra manipuler à son gré. Il est vrai que pour celui-là, il y a belle lurette que les contradictions entre les paroles et les actes ne nous surprennent plus

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