Un pétrolier passant par le détroit d’Ormuz, le 21 décembre 2018. Photo d’archives Reuters
La situation explosive au Moyen-Orient n’a pas perturbé l’offre d’or noir pour l’instant, mais les opérateurs des marchés gardent les yeux rivés sur l’Irak et le détroit d’Ormuz, stratégiques pour l’approvisionnement mondial en pétrole.
La crainte principale « porte sur la situation en Irak, qui exporte environ 3,5 millions de barils par jour », a estimé Christopher Haines, analyste du cabinet de recherche Energy Aspects. « Ce volume pourrait être menacé en cas de sanctions américaines et de retrait de leurs troupes du pays, qui laisseraient derrière elles une zone beaucoup moins sûre », a-t-il poursuivi.
Le Parlement irakien a en effet demandé dimanche au gouvernement de « mettre fin à la présence des troupes étrangères » sur son sol. Le président américain Donald Trump a ensuite averti que si les militaires américains étaient forcés de quitter l’Irak, Washington frapperait Bagdad de sanctions sans précédent, ravivant le spectre de l’embargo international imposé sous Saddam Hussein.
Le deuxième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), théâtre des attaques américaines depuis vendredi dont celle qui a coûté la vie au général iranien Kassem Soleimani, pèse 15 % de la production du cartel mais moins du 5 % à l’échelle mondiale. Et pour le moment, « pas une seule goutte de pétrole n’a été perdue », relativise Bjarne Schieldrop, analyste du groupe de services financiers SEB, pour qui « l’offre de la région » pourrait être touchée mais « dans un second temps » et « de façon limitée ».
Les deux cours de référence en Europe et aux États-Unis, le Brent et le WTI, ont d’ailleurs réagi avec une amplitude bien moindre qu’après les attaques mi-septembre contre des sites pétroliers saoudiens appartenant à la compagnie nationale Aramco, qui avaient brièvement coupé la production du royaume de moitié.
Gardien du Golfe
Une déstabilisation de la région compliquerait également la navigation des tankers dans le détroit d’Ormuz, « le plus important lieu de passage » dans le monde des échanges de pétrole, selon l’Agence américaine d’information sur l’Énergie (EIA). Environ 21 millions de barils de brut y ont transité chaque jour en 2018, soit un cinquième de la consommation mondiale de pétrole.
L’Iran, qui se considère comme le gardien du Golfe, a menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit en cas d’action militaire des États-Unis mais certains pays du Golfe, principalement l’Arabie saoudite et les Émirats, disposent de passages alternatifs en mer Rouge et en mer d’Oman.
La Royal Navy va en outre escorter les navires commerciaux battant pavillon britannique dans le détroit, a annoncé samedi le ministre britannique de la Défense.
Moindre dépendance
L’Iran est quant à lui déjà marginalisé sur le marché du pétrole mondial en raison de l’embargo américain. La production de pétrole de la République islamique, aujourd’hui principalement destinée à sa consommation intérieure, a drastiquement baissé. Selon des sources non officielles rapportées par l’OPEP, elle aurait pompé 2,10 millions de barils par jour (mbj) au mois de novembre, contre une moyenne de 3,87 mbj pour l’année 2017.
Pour pallier d’éventuelles perturbations de la production irakienne ou du transit par le détroit d’Ormuz, l’OPEP pourrait ralentir les baisses de sa production qu’il a accentuées début décembre pour soutenir les prix. « Même si des pays comme l’Arabie saoudite, la Russie ou les Émirats arabes unis peuvent produire davantage, la quantité d’or noir exportée par l’Irak serait difficile à remplacer à l’échelle mondiale », a toutefois averti M. Haines.
Malgré la production d’un pétrole en majorité plus léger qui n’est pas un substitut parfait aux bruts lourds du Moyen-Orient, Washington est aujourd’hui bien moins dépendant des importations d’or noir que par le passé. La production de pétrole aux États-Unis a doublé depuis mi-2012, et tourne autour du niveau record de 12,9 mbj, principalement grâce au boom du pétrole de schiste qui a fait de ce pays un exportateur net. Les importations, elles, sont tombées en novembre au plus bas depuis 1996.
Benoît PELEGRIN/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine