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"Comment aurais-je pu fêter le Nouvel an ailleurs que sur la place des Martyrs ?"

Liban

Des Libanais étaient rassemblés, mardi soir, dans le centre-ville de Beyrouth pour rappeler que la révolte continue.

Nada MERHI | OLJ
01/01/2020

Au milieu de la foule, une femme, accompagnée d’une amie et de sa fille. Elle a une bouteille de vin dans une main et des gobelets dans l’autre. Et distribue à qui en a envie. En cette soirée de Nouvel an, elle est sur la place des Martyrs, dans le centre-ville de Beyrouth, avec une foule de Libanais. "Comment aurais-je pu être ailleurs ?" lance Mirna.

Près de onze semaines après le début du mouvement de contestation populaire inédit contre la classe politique libanaise, une soirée baptisée "La révolte du Nouvel an" était organisée place des Martyrs mardi. Pour l’occasion, des groupes de musique ont été conviés et une scène montée. "Nous sommes ici parce que nous soutenons la révolution. Ma fille est venue des États-Unis pour y participer. Nous n’avons pas voulu passer la soirée ailleurs. Nous voulions être ici, place des Martyrs, pour réitérer notre attachement aux constantes de la révolution. Nous voulons que les corrompus dégagent et qu’ils soient jugés", lance-t-elle encore.

La soirée a commencé vers 19h. Coup de chance, la pluie, qui sévit depuis plusieurs jours au Liban, a fait une pause.

C’est aux environs de 23h30 que la foule commence véritablement à grossir sur la place. Nombreux sont ceux qui, comme Mirna, ont voulu passer le cap de la nouvelle année sur cette place. Pour l’occasion, les forces de sécurité sont déployées, les sacs fouillés. Mais l'ambiance est bon enfant. Pour réchauffer les participants, de grands braseros ont été prévus.

Entre les vendeurs d’épis de maïs bouillis et de kaak, sont apparus, pour ces festivités, des vendeurs de cotillons, aux côté des traditionnels vendeurs de drapeaux libanais. Dans la foule, le poing de la révolution, en petit format et en carton, est également distribué. Sami Saab, membre de Ana Khat Ahmar, avait précisé à L’Orient-Le Jour, en début de semaine, que 10 452 poings, rappel de la superficie du Liban, en format réduit de celui, massif, qui trône sur la place depuis des semaines, seraient distribués aux manifestants pour insister sur le fait "que la révolution se poursuit sur l’ensemble du territoire".

Dans le foule, des jeunes gens se déhanchant aux beats de plusieurs DJ, dont le désormais célèbre DJ Madi, celui qui, le premier, avait fait danser la foule place al-Nour, à Tripoli, au début du mouvement de révolte.

"Je suis venu pour soutenir la révolution. Et puis ici, nous sommes tous égaux. De plus, l’ambiance est très jolie", lance Mohammed, un jeune Libanais.

Dans la foule, aussi, des familles, certaines avec nourrissons dans des poussettes. "Cette année, le Nouvel an ne pouvait pas être célébré ailleurs. La place des Martyrs est le symbole de la révolution et c’est notre seul espoir pour un avenir meilleur", lance Majdi accompagné de son épouse et de ses trois enfants dont un bébé.

Alors que ces dernières semaines, le mouvement semblait quelque peu s’essouffler, pour cause de fêtes de fin d’année mais aussi, probablement, en raison du poids de la crise économique qui s’abat sur les familles libanaises, sur la scène, on s’acharnait à rappeler que le mouvement doit se poursuivre. "La révolte continue et personne ne peut l’arrêter", lance ainsi un homme, peu avant minuit, depuis la scène, entre deux slogans révolutionnaires. "Il est impossible de revenir à la situation qui prévalait avant le 17 octobre", lance-t-il aussi, avant de saluer les manifestants dans les différentes régions libanaises, mais aussi les gens de Khandak el-Ghamik, Tarik Jdidé et la banlieue sud. Dans un souci de rassemblement évident.

Le compte à rebours est lancé. 5, 4, 3, 2, 1... Une clameur monte vers le ciel en même temps que des millions de confettis qui retombent en pluie fine sur la place des Martyrs. Au dessus des têtes, le poing en carton de la thaoura est brandi. En fond de scène, sur un écran géant, les images de la révolte passent en boucle.


Minuit, passage à 2020, sur la place des Martyrs.Patrick Baz/AFP


Des jeunes hommes et de jeunes femmes dansent. Certains hommes sont en costume, des femmes portent d’élégantes robes. Ils semblent tout droit sortis d’une soirée ou un dîner en ville, mais tenaient à passer le cap symbolique de la nouvelle année sur la place des Martyrs. D’autres, en jean basket, gros blouson et bonnet, sont venus dès 19 heures.

"La place des martyrs est une icône de la révolution. Je suis venue pour affirmer que la révolution ne s’est pas éteinte, mais aussi parce que nous sommes un peuple qui aime la vie", lance Carole, aux côtés de son mari.

Au Liban, les toutes dernières heures de l'année ont été également marquées par l'arrivée, dans des circonstances obscures, de Carlos Ghosn, l'ex-PDG de Renault-Nissan, qui préparait son procès en liberté conditionnelle au Japon où il est accusé de malversations financières. Si ce rebondissement suscite l'intérêt des médias du monde entier, mardi soir, sur la place des Martyrs, le sujet n'inspire pas. "L'important, c'est notre révolution", lance Mohammed, qui ne souhaite pas élaborer sur le sujet. A ses côtés, un ami lance "que des soupçons de corruption planent sur Carlos Ghosn". La lutte contre la corruption est l'une des revendications phares du mouvement de révolte depuis le 17 octobre. Le cas de Carlos Ghosn divise les Libanais, certains voyant en lui un symbole de la réussite de la diaspora libanaise.

"Je suis ici parce que la révolution est devenue une cause et occupe une partie de notre vie, martèle Marie, une Libanaise d’une soixantaine d’années. Elle englobe des soirées, des revendications, un mouvement de contestation, des manifestations... Cette année, on ne pouvait que se souhaiter une bonne nouvelle année sur cette place".


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Honneur et Patrie

De l'Histoire du Liban.
La "Place des Martyrs" changea de nom plusieurs fois ;
1) Les jardins de Fakhr el-Dine". 2) "Place de la Tour" (Sahat el-Borj). 3) Place des Canons. 4) Depuis 1920, le général Gouraud la nomma "Place des Martyrs".
Depuis 1975, elle est devenue "Place d'Ali Baba et les 40 voleurs".

SOUS LES PAVÉS LA PLAGE

Qui peut penser une seule seconde que le Liban pouvait mourir ?

Il passe des sommets aux abîmes et vice-versa mais il rayonnera toujours de ce halo qui lui est spécifique.

Carlos Ghosn en est une véritable illustration vivante.

Tous mes vœux de bonheur et de prospérité aux libanaises et libanais pour 2020 et pour l'éternité.

Sissi zayyat

Tous nos vœux de bonheur, de santé, de liberté et de dignité à tous les libanais.
Votre persévérance et votre patriotisme nous met du baume au cœur.
Vive le Liban libre débarrassé de toutes ses chaînes et de toute sa racaille au pouvoir.

Dolly Talhame

Bonne année à tous et Mabrouk pour cette conscience du citoyen libanais d appartenir à une nation et de vouloir récupérer sa dignité .Chapeau bas pour ce courage qui dépasse notre habituelle résilience face aux coups du destin

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MERVEILLEUSE MANIFESTATION DE PRESENCE POUR CONFIRMER QUE LA REVOLUTION... CAR IL N,EST PLUS QUESTION DE SIMPLE CONTESTATION... CONTINUE !

Wlek Sanferlou

BÔNNE ANNÉE À TOUT LES LIBANAIS, BON COURAGE ET PATIENCE POUR UNE PATRIE TOUJOURS MEILLEURE!!!

VIVE LE LIBAN VIVE LES LJBANAIS!!

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