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Vers un arbitrage russo-turc en Libye, "à la syrienne"

Conflit

Le Parlement turc doit se prononcer jeudi sur le déploiement de soldats en Libye pour y soutenir le gouvernement d'union nationale de Tripoli.


OLJ/AFP
01/01/2020

Entre immixtions russe et turque, la Libye bascule vers un scénario "à la syrienne" qui risque d'accroître le chaos sur le terrain et relègue les Européens au second rang dans les efforts de réglement du conflit. La guerre fratricide qui mine le pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 a connu une série d'accélérations en 2019, ponctuées par une surenchère de la Turquie ces derniers jours. 

Le Parlement turc doit se prononcer jeudi sur le déploiement de soldats en Libye pour y soutenir le gouvernement d'union nationale (GNA) de Tripoli, menacé par une offensive du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen.

Avec un tel feu vert, la Turquie rejoindra officiellement - elle est déjà présente via des livraisons d'armes et des drones - un théâtre où opèrent nombre de puissances régionales. Elle entend ainsi placer ses pions face à la Russie, aux Emirats arabes unis et à l'Egypte, qui soutiennent le camp d'en face et son "Armée nationale libyenne" (ANL) autoproclamée.

Après l'échec d'une première offensive sur Tripoli en avril, le maréchal Haftar semble avoir de nouveau le vent en poupe grâce au renfort de centaines de mercenaires russes, estiment des experts. Cette présence russe, régulièrement démentie par Moscou, a été confirmée par l'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, qui s'alarme de l'internationalisation croissante du conflit.


"Des Libyens vont mourir"

Les réseaux sociaux ont aussi fait état de l'arrivée de rebelles syriens proturcs à Tripoli, une information démentie par le GNA mais confirmée par des analystes.

Comme en Syrie, on assiste à "une chorégraphie très complexe, très ambivalente" entre deux acteurs, Ankara et Moscou, qui "ne s'aiment pas, ne sont pas des alliés" mais peuvent avoir des intérêts convergents, relève Jalel Harchaoui, chercheur sur la Libye au centre de réflexion néerlandais Clingendael.

La Russie et l'Iran, principaux soutiens de Damas, et la Turquie, soutien de l'opposition, sont ainsi associés au processus de paix d'Astana, créé en 2017 après l'échec des multiples rounds de négociations organisés par l'ONU. Ankara a aussi conquis, avec l'appui de rebelles proturcs, une zone tampon dans le nord de la Syrie face aux Kurdes. "Est-ce que quelque chose de similaire (au modèle syrien, ndlr) peut se répéter en Libye ? Ma réponse est oui", déclarait Ghassan Salamé au quotidien français Le Monde paru lundi.

Pour Jalel Harchaoui, "il n'y a jamais eu d'affrontement direct entre Turcs et Russes sur le sol syrien et de la même manière, il n'y aura pas d'affrontement délibéré, voulu, intense sur le sol libyen". Il faut s'attendre en revanche, selon lui, à "des bavures, des dérapages" interlibyens par "sponsors" (puissances extérieures) interposés. "Ce ne sera pas propre. Des Libyens vont mourir", a-t-il dit à l'AFP. Cette double irruption russo-turque entérine aussi une perte d'influence des Européens, France en tête, dans un conflit qui se joue à leurs portes avec son lot de menaces terroristes et de flux de migrants.


(Lire aussi : La Turquie aurait envoyé des combattants syriens en Libye, selon l’OSDH)


"Yalta libyen"

"Au final le +leadersphip+ n'est plus occidental. Les Russes et les Turcs vont faire leur Yalta sur la Libye", estime l'expert de Clingendael, en allusion au partage d'influence américano-soviétique de 1945. "Ils poursuivent la même logique anti-européenne et post-américaine", avec le repli des Etats-Unis sur eux-mêmes.

La France, qui avait tenté une médiation en Libye après l'élection du président Emmanuel Macron en 2017, légitimant au passage le maréchal Haftar et hérissant l'Italie, l'ex-puissance coloniale, s'est ainsi faite plus discrète ces derniers mois. Beaucoup affirment que Paris soutient de facto le général rebelle, mais Paris dément.

L'Allemagne a pris le relais, avec l'objectif de réunir les soutiens internationaux des principaux acteurs de la crise autour d'une table en janvier à Berlin dans un processus de type onusien.

Pour Emadeddin Badi, expert au Middle East Institute à Washington, la Turquie veut "aboutir à un réglement politique qui garantisse la survie du GNA" et préserve ses intérêts économiques dans ce pays. Elle a notamment signé le 27 novembre un accord avec Tripoli qui lui permet de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale, riches en hydrocarbures.

"Tout cela s'inscrit dans une concurrence plus large, en termes de ressources et d'influence, entre la Turquie d'un côté et de l'autre l'Egypte, les Emirats, ainsi que la Grèce, Chypre et Israël dans une moindre mesure", souligne Nathan Vest, expert du Proche-Orient à l'institut de recherche américain Rand.


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