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Moyen Orient et Monde - Libye

Erdogan à Tunis, à la recherche d’alliés régionaux contre Haftar

Le Reïs appelle la Tunisie, le Qatar et l’Algérie à participer à la conférence internationale sur la Libye que doit organiser l’ONU début 2020 à Berlin.

Le président tunisien, Kaïs Saied, serrant la main de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Carthage, à l’est de Tunis, le 25 décembre 2019. Fethi Belaid/AFP

La situation en Libye était au cœur des discussions entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue tunisien Kaïs Saied, qu’il a rencontré pour la première fois mercredi depuis la prise de fonctions de ce dernier le 23 octobre dernier.

Le Reïs est venu chercher le soutien diplomatique de la Tunisie, frontalière de la Libye, à l’heure où le gouvernement de Tripoli – ou GNA (Gouvernement d’union nationale) – reconnu par l’ONU et soutenu par Ankara et le Qatar, fait face aux forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est du pays et commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL). Soutenu de son côté par l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et la Russie – qui dispose de mercenaires sur place – il a lancé il y a deux semaines l’offensive « finale » pour tenter de reprendre la capitale libyenne. « Nous avons discuté des moyens de coopérer pour parvenir à un cessez-le-feu en Libye et relancer le processus politique », a déclaré le président turc lors d’une conférence de presse avec son homologue tunisien, expliquant que « l’impact des développements négatifs en Libye ne se limite pas à ce pays, mais touche aussi les pays voisins, en tête desquels figure la Tunisie ». « Il est nécessaire d’instaurer un cessez-le-feu en Libye le plus rapidement possible », a-t-il insisté.

Kaïs Saied a de son côté souligné « la complexité accrue » de la crise libyenne et évoqué « le soutien du président Erdogan à une initiative tunisienne sur la Libye ». Annoncée lundi par le chef de l’État tunisien dans un communiqué, cette initiative appelle « tous les Libyens à s’asseoir à la table des négociations pour parvenir à une formule de sortie de crise ». M. Erdogan a par ailleurs appelé la Tunisie, le Qatar mais aussi l’Algérie à participer à la conférence internationale sur la Libye que doit organiser l’ONU début 2020 à Berlin.

« La Turquie a besoin d’apparaître comme un garant de la stabilité régionale (…), elle a besoin de soutien politique de pays dits “stables” dans la région », explique Naji Abou Khalil, cofondateur du centre de recherche Noria et directeur du programme « Libye », contacté par L’Orient-Le Jour. S’exprimant à son tour depuis Tunis, le ministre libyen de l’Intérieur du GNA, Fathi Bachagha, a déclaré hier lors d’une conférence de presse qu’une grande coopération sera mise en place « avec la Turquie, la Tunisie et l’Algérie (…) et nous serons dans une seule alliance, ce qui servira notre peuple et notre stabilité sécuritaire ». « Erdogan cherche à mobiliser plusieurs capitales et à les sensibiliser à la question libyenne (…), le choix tombe assez naturellement sur Tunis et Alger de par leur proximité géographique avec la Libye et en raison de leur sensibilité à l’égard de leur voisin », résume M. Abou Khalil. Rechercher le soutien de la Tunisie, mais aussi de son voisin algérien, apparaissent donc comme des choix « logiques » de la part d’Ankara.


(Lire aussi : Les enjeux d’une intervention turque en Libye)


Envoi de troupes turques
Tant l’Algérie que la Tunisie ont vu d’un très mauvais œil l’offensive du maréchal Haftar sur la capitale libyenne. « Alger y voit un renforcement de l’influence égyptienne, tandis que Tunis s’inquiète pour des raisons sécuritaires, les événements en cours en Libye se passant le long de sa frontière », explique M. Abou Khalil. La Tunisie accueille par ailleurs des milliers de Libyens depuis le soulèvement de 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi.

La Turquie fournit depuis plusieurs mois des drones et des véhicules blindés aux forces du GNA, et elle est accusée par l’ONU de violer l’embargo international sur les armes à la Libye. Ankara pourrait pourtant aller au-delà du simple soutien militaire et envoyer des troupes sur place, comme l’a répété M. Erdogan hier. Conformément au mémorandum d’accord militaire conclu entre la Turquie et le GNA le 27 novembre, une intervention turque directe en Libye pourrait se faire si Tripoli le demandait.

De Tunis, M. Bachagha a annoncé qu’il pourrait « demander officiellement un soutien militaire turc » en Libye pour faire face aux forces du maréchal Haftar, expliquant que ce dernier a « fourni à des forces étrangères des bases militaires en Libye ». L’objectif de ce soutien militaire turc sera d’« écarter les forces mercenaires et leurs bases (militaires) fournies par Haftar à des pays étrangers sans accord du GNA », a ajouté le ministre libyen. « Puisqu’il y a désormais une invitation (de la Libye), nous l’accepterons. Nous mettrons le projet de loi sur l’envoi de troupes en Libye à l’ordre du jour dès l’ouverture de la session parlementaire », avait déclaré le Reïs dans la journée, ajoutant que le texte serait soumis à un vote le 8 ou le 9 janvier.

Cette coopération peut-elle toutefois dépasser le stade diplomatique ? L’Algérie et/ou la Tunisie pourraient-elles devenir des « bases arrière » de la Turquie si elle déploie des troupes en Libye, notamment compte tenu des cibles potentielles que peuvent représenter les bateaux turcs transportant d’éventuelles munitions ou armements ? Selon les analystes, il est trop tôt pour le dire, mais la question doit certainement être sur la table des négociations entre les acteurs concernés. Dans l’immédiat, une éventuelle présence turque en Tunisie ou en Algérie ne semble pas à l’ordre du jour. « Les divisions politiques autour du rôle turc dans la région en Tunisie rendent assez peu probables une présence ou l’utilisation du territoire tunisien par les Turcs pour jouer un rôle militaire en Libye », note Naji Abou Khalil. « La tradition algérienne, notamment depuis la colonisation, très hostile à toute forme d’interférence ou d’ingérence étrangère, rend peu probable qu’ils acceptent une présence militaire ou logistique turque directe sur leur territoire », conclut-il.


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La situation en Libye était au cœur des discussions entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue tunisien Kaïs Saied, qu’il a rencontré pour la première fois mercredi depuis la prise de fonctions de ce dernier le 23 octobre dernier.Le Reïs est venu chercher le soutien diplomatique de la Tunisie, frontalière de la Libye, à l’heure où le gouvernement de Tripoli –...

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APRES LES DECLARATIONS D,ERDO EN TURQUIE SUR SES PRETENDUS ACCORDS AVEC LE GOUVERNEMENT TUNISIEN EN CE QUI CONCERNE LA LYBIE, CE DERNIER LUI A VERSE DE L,EAU FROIDE SUR LE DERRIERE. POINT D,ACCORD AVEC LUI. FRANC ET NET !

OLJ, FOSSOYEUR DE LA LIBRE EXPRESSION.

08 h 25, le 27 décembre 2019

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  • APRES LES DECLARATIONS D,ERDO EN TURQUIE SUR SES PRETENDUS ACCORDS AVEC LE GOUVERNEMENT TUNISIEN EN CE QUI CONCERNE LA LYBIE, CE DERNIER LUI A VERSE DE L,EAU FROIDE SUR LE DERRIERE. POINT D,ACCORD AVEC LUI. FRANC ET NET !

    OLJ, FOSSOYEUR DE LA LIBRE EXPRESSION.

    08 h 25, le 27 décembre 2019

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