Les enfants-leaders : « Tels sont nos problèmes, voici les responsables, telles sont les solutions »

© UNICEF

« Nous avons défini nos problèmes, exprimé nos vues et maintenant nous allons de pied ferme auprès des responsables, pour leur dire : telles sont nos appréhensions, tels sont nos droits et telles sont les solutions ». Ce commentaire est celui de la petite Racha Dirani.

17/12/2019

Les petits de 2019 sont les dirigeants de demain, la paix et le changement se lisent dans leurs yeux

« Les enfants de 2019 sont les leaders de demain….. La paix et le changement se lisent dans leurs yeux ». C’est autour de ce thème que des enfants se sont engagés dans un processus de changement. Munis de documents de travail soigneusement élaborés, les petits, venus des quatre coins du Liban, ont effectué une tournée dans les sièges des mohafazats où un accueil chaleureux leur a été réservé. Ils ont pris place en toute responsabilité avec les grands, noté de nombreuses remarques sur leurs papiers et pris la parole à tour de rôle, en leur nom personnel et au nom de tous les enfants de leur génération. Le spectacle était beau. Les enfants savent plus que quiconque ce qui leur manque, ce qui les fatigue et ce qui peut leur rendre leur dynamisme, et rétablir le droit, la justice et la paix en leur faveur.

Tels des leaders, ils ont commencé à exposer à leurs interlocuteurs les lacunes au niveau de leurs droits, en proposant simultanément une feuille de route de nature à déboucher sur des solutions concrètes. Nour, Balsam, Ahmad, Chahd, Lynn, Hoda, Saad, Batoul, Amjad, Marwa… Ce sont tous des enfants qui ont posé leurs problèmes avec beaucoup de dignité. Ceux-ci ont été définis au cours de tables rondes auxquelles ils avaient participé. Sur de petits bouts de papiers, ils avaient noté les problèmes qui reflètent des tourments personnels ou généraux. Ils en avaient ensuite discuté de manière à préserver l’intimité de chacun, afin d’éviter d’embarrasser qui que ce soit.

« A l’occasion du trentième anniversaire de la ratification de la Convention internationale des droits des enfants, 160 enfants et jeunes ont conjugué leurs efforts pour mener ensemble une activité de bout en bout » : c’est en ces termes que la jeune Marwa Ibrahim Hussein a expliqué la dimension de cette initiative, avant d’ajouter : « Celle-ci nous a donné l’occasion de mettre en lumière les problèmes auxquels nous, enfants et jeunes, sont confrontés et d’y trouver des solutions ». « Nous allons réussir », insiste-t-elle.

Lorsque des enfants parlent au nom d’enfants

Amjad (14 ans) fait état de violences pratiquées par des enfants et des enseignants contre d’autres enfants. Il explique : « Il faut demander des comptes aux enseignants qui maltraitent les enfants, interdire à des enfants de harceler leurs camarades et imposer des sanctions à ceux qui sont violents avec d’autres. Il faut que le ministère des Affaires sociales intervienne aussi pour freiner le travail précoce des enfants ».

Les larmes aux yeux, Marwa (Palestinienne), raconte : « J’ai peur pour mon avenir dans un pays dont je n’ai pas la nationalité. J’ai peur que cela n’affecte mon rêve de devenir avocate quand je grandirai. Je me suis engagée dans cette activité pour devenir plus forte et pour surmonter ma peur ».

Ramez (17 ans) évoque le problème de la drogue dans les écoles : « Qu’on nous protège des trafiquants de drogue. Nous ne nous sentons pas en sécurité. Il faut qu’ils soient arrêtés et que la loi soit appliquée à tous ». Ahmad (13 ans) parle lui de la pollution de la mer : « Le plastique jeté en mer est mangé par les poissons, ce qui nous expose, nous les enfants, à des maladies. Que les municipalités, le ministère de l’Environnement et les mohafez assument leurs responsabilités et qu’ils nettoient la mer ».

Le poids des cartables et les programmes scolaires surchargés et épuisants font parties des problèmes dont se plaignent les enfants. Ils n’hésitent pas à déterminer les responsabilités à ce niveau : « C’est au ministre de l’Éducation d’assumer ses responsabilités. Il faut qu’il publie un arrêté dans lequel il annonce le remplacement des livres lourds par des instruments technologiques modernes tels que l’iPad ». Ali (12 ans) renchérit : « Les horaires sont longs, les récréations courtes et les cartables lourds ».

Avec leurs soucis, ces petits ont enfoncé des portes que les adultes n’auraient jamais imaginées. Ils ont abordé les souffrances de plusieurs d’entre eux. Dans les écoles, des enfants en harcèlent d’autres et se moquent d’eux. Certains enseignants sont blessants à l’égard des écoliers. Certains parents ne savent pas comment se comporter avec un garçon paresseux ou une fille timide qui bute sur les mots et qui n’ose pas se mêler à d’autres. Les petits ont abordé ces problèmes auxquels un grand nombre d’adultes ne fait pas attention.

Les enfants, c’est tout un creuset de sentiments et de pensées qui ne sont pas toujours exprimés verbalement, mais qui restent ancrés dans leurs têtes. L’initiative de l’Unicef a permis de briser l’étau qui tenait prisonnières nombre de pensées légitimes et de libérer les préoccupations, les idées et les visions d’enfants qui sont supposés grandir et tenir à un moment donné les rênes du pays et de ses institutions. Elle a également eu pour effet d’interpeller les responsables en braquant la lumière sur une partie de la population qui est souvent oubliée ou ignorée lors de l’élaboration et de l’exécution de projets ou de lois.

Ali (10 ans) range ses papiers et lit une revendication en son nom personnel et au nom des enfants de son âge : « Nous voulons des routes asphaltées, des bus pour nous conduire à l’école, des toilettes propres dans nos établissements scolaires. Ceci relève de la responsabilité des ministères de l’Éducation et de la Santé. Puis il cède la parole à Lynn (11 ans) qui renchérit : « Nous sommes victimes d’une certaine violence. Nous redoutons les rapts. La police doit intervenir ». Elle donne la parole à son tour à Saad (13 ans), qui répercute une autre requête : « Les récréations sont trop courtes. Nous voulons plus d’espace, plus de temps pour jouer, manger et nous amuser, pendant que nous étudions et grandissons ». De son côté, Sabine réclame « des trottoirs sur lesquels nous pouvons marcher et des parcs publics ». « Ceci relève de la responsabilité des municipalités », ajoute-t-elle.

Lara évoque pour sa part le problème des divorces : « Les plus affectés par le divorce des parents sont les enfants. Les tribunaux religieux devraient être plus justes et tenir compte de l’avis de l’enfant ».

Les revendications des enfants sont nombreuses. Certaines sont très simples: « Nous voulons des lieux sûrs où jouer, un air pur à respirer et moins de bruit autour de nous ». Des demandes élémentaires pour des enfants supposés vivre dans la joie, apprendre et grandir dans des environnements sûrs.

Mais l’initiative de l’Unicef ne se limite pas à ce niveau : les enfants ayant des caractéristiques qui ont suscité l’intérêt de ceux qui ont écouté leurs revendications, ont eu la possibilité de proposer eux-mêmes des solutions. C’est le cas par exemple de Clara qui relève que « le système éducatif ne correspond pas aux exigences de l’époque ». « Le ministère de l’Éducation doit le développer, en même temps que les programmes », affirme-t-elle.

Le cas des enfants à besoins spéciaux est également abordé. Ces derniers ont eux aussi besoin de se mêler aux jeunes de leur âge. Ceux qui ont participé à cette initiative ont réclamé à maintes reprises la mise en place d’une structure logistique pouvant favoriser cette intégration.

Le petit Nour essaie à son tour de s’exprimer au nom des enfants réfugiés syriens : « Il est de leur droit de vouloir bénéficier d’un enseignement scolaire et d’interagir avec les autres ». Ce sont autant de solutions proposées par des enfants à des problèmes qui affectent ces derniers. Il s’agit de leur droit de s’exprimer, de participer, de proposer, d’innover et de faire en sorte que les responsables assument leurs responsabilités.

Que ces enfants s’associent pour trouver des solutions à des problèmes auxquels d’autres enfants sont confrontés est en soi magnifique et il est tout aussi magnifique de les entendre, de les voir et de suivre leur dynamisme, l’espoir qui brille dans leurs yeux et qui anime leur cœur pendant qu’ils traquent les problèmes qui se posent, armés de solutions et d’espérance.

Ces enfants sont issus de tous les mohafazats : Beyrouth, Mont-Liban, Liban-Nord, Liban-Sud, Békaa, Hermel et Nabatiyé. Ils se sont engagés avec une volonté de fer dans ce processus de changement afin de remettre les points sur les i en déterminant pleins d’espoir ce qui leur cause du tort, ce qui les protège et ce qui les rassure.

Ils méritent tous le titre de « leaders de 2019 ». Ce sont des enfants qui, au quotidien, surmontent de nombreux défis qui se posent en obstacles devant leur droit d’être heureux, de s’exprimer, de jouer, de s’amuser, d’apprendre et de prendre la parole. Ces enfants-leaders ont réussi, pour la commémoration du trentième anniversaire de la Convention des droits de l’enfant, à s’exprimer et à établir une feuille de route.


Nawal Nasr est journaliste.



Les articles, enquêtes, entrevues et autres, rapportés dans ce supplément n’expriment pas nécessairement l’avis du Programme des Nations Unies pour le développement, ni celui de L'Orient-Le Jour, et ne reflètent pas le point de vue du Pnud ou de L'Orient-Le Jour. Les auteurs des articles assument seuls la responsabilité de la teneur de leur contribution.


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