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Liban

Pourquoi les agresseurs des manifestants pacifiques et des journalistes courent-ils toujours ?

Contestations

La ministre de l’Intérieur travaille sur la question mais s’abstient de tout commentaire en raison de la sensibilité du dossier, selon un porte-parole du ministère.

13/12/2019

Attaqués à plusieurs reprises depuis le 17 octobre dernier à coups de bâton ou de pierres par des personnes fidèles au pouvoir en place, les manifestants et les journalistes se demandent aujourd’hui pourquoi leurs agresseurs courent toujours. Depuis le début des contestations citoyennes, des centaines de manifestants pacifiques ont déjà été interpellés par les différents services de sécurité, alors qu’aucun de leurs assaillants n’a été inquiété pour l’instant.

Une politique de deux poids deux mesures que le bureau de presse de la ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan a refusé de commenter. « Mme Hassan est en train de travailler sur le dossier sécuritaire. Elle s’est réunie avant-hier avec le président du Parlement Nabih Berry pour aborder la situation, mais elle s’abstient de faire des commentaires dans la presse sur la question parce qu’il s’agit d’un sujet sensible », affirme un porte-parole de la ministre à L’Orient-Le Jour. Raya el-Hassan avait également tenu une réunion mercredi avec le directeur général de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, et le directeur général des FSI, le général Imad Osmane.

La dernière agression en date remonte à mardi soir, lorsque des dizaines d’agents en uniforme, identifiés par les contestataires comme appartenant à la police du Parlement, ont roué de coups des manifestants et des journalistes, avant de briser leurs téléphones mobiles et de s’en prendre à leurs voitures dans le quartier de Verdun, à Beyrouth. Plus tôt dans la soirée, ces protestataires avaient manifesté devant le domicile de Raya el-Hassan à Beyrouth pour dénoncer les arrestations souvent musclées de manifestants.

Selon le Centre libanais pour les droits humains (CLDH), plus de 500 arrestations de protestataires ont déjà eu lieu depuis le 17 octobre dernier. Revenant sur l’attaque de mardi soir, le centre SKeyes pour la liberté de la presse et de la culture a condamné, dans un communiqué publié hier, « ces agressions perpétrées par des miliciens en uniforme contre des manifestants pacifiques ». « SKeyes demande aux autorités compétentes de prendre d’urgence les mesures nécessaires et de considérer les vidéos et les photos qui montrent la brutalité de l’attaque comme de véritables preuves condamnant les agresseurs ainsi que les responsables qui leur ont donné le feu vert », ajoute le texte.



(Lire aussi : Les places de la révolution subissent-elles une lente métamorphose ?)



Protection politique
D’autres attaques ont par ailleurs été orchestrées ces dernières semaines par des partisans du Hezbollah et du mouvement Amal contre les manifestants pacifiques. La plus violente a eu lieu le 25 novembre dernier, lorsque des dizaines de partisans du tandem chiite ont sauvagement attaqué des contestataires qui se trouvaient sur la voie express du Ring avant de détruire et d’incendier plusieurs véhicules stationnés dans le quartier Monnot et de terroriser les habitants de la capitale. Mercredi soir, des jeunes issus du quartier de Khandak al-Ghamik ont incendié des pneus et jeté des pierres en direction des forces de l’ordre dans le centre-ville de Beyrouth, alors qu’ils se dirigeaient vers les tentes occupées par les manifestants antipouvoir. Sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, l’on pouvait entendre ces jeunes crier « chiites ».

« Ceux qui attaquent les manifestants continuent de bénéficier d’une protection politique et savent que rien ne sera fait pour les poursuivre ou leur demander des comptes », déplore Ayman Mhanna, directeur exécutif de Skeyes, interrogé par L’OLJ. « On s’attendait à des prises de position beaucoup plus progressistes et proches des droits de l’homme de la part de Raya el-Hassan. Elle est bloquée dans le jeu politique et partisan. C’est une raison de plus pour demander un gouvernement d’experts indépendants et détaché des allégeances partisanes qui pourra exiger une reddition de comptes », estime M. Mhanna.

« Ce que Mme Hassan avait dit est décevant », ajoute-t-il, à propos d’une interview de la ministre de l’Intérieur le 31 octobre 2019 sur la chaîne américaine CNN, dans laquelle elle avait commenté une agression particulièrement violente des manifestants sur le Ring par des partisans du Hezbollah et d’Amal. L’agression avait eu lieu le 29 octobre dernier, quelques heures avant la démission du gouvernement de Saad Hariri. « Des fois de mauvaises choses arrivent et j’aurais espéré qu’elles n’arrivent pas », avait-elle déclaré, s’attirant par là les foudres de nombreux Libanais.

Réagissant aux nombreuses agressions ayant eu lieu dernièrement, l’association Media Against Violence (Médias contre la violence) a pour sa part annoncé qu’elle tiendra une conférence de presse demain samedi à midi, place Samir Kassir à Beyrouth, dans laquelle elle examinera les violations affectant les médias et la liberté d’opinion et d’expression.


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Yves Prevost

"Pourquoi les agresseurs des manifestants pacifiques et des journalistes courent-ils toujours ?". Bonne question, que tout le monde se pose.
Mme le ministre de l'intérieur vient de donner implicitement la réponse: "Il s’agit d’un sujet sensible".
Autrement dit, le Hezbollah est derrière et l'on sait qu'il est intouchable.

Brunet Odile

Pas la peine de chercher bien loin pour savoir qui mène les ficelles, mais bientôt ces ficelles vont se briser et on va pouvoir savourer la bonne justice ! Honte à vous !!!

Bustros Mitri

Il y a une caste d' intouchables au Liban...

Remy Martin

Je souhaite très longue vie aux manipulateurs de ces voyous, vraiment tres longue. Ils le meritent. Ainsi ils auront amplement le temps de jouir de leur future incarcération à perpette.

IMB a SPO

Tant que cet etat de fait continuera, il ne faut pas s'attendre a des ameliorations au Liban.

Zeidan

Sujet sensible car on ne touche pas à l'intouchable aussi voyou soit-il ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C,EST QUE L,ETAT N,OSE PAS SE FROTTER A CEUX QUI LES MANIPULENT POUR DES RAISONS BIEN CONNUES.

Irene Said

Pour la ministre de l'intérieur, commenter les agressions contre les manifestants et journalistes dans la presse : "...est un sujet sensible..."

Merci, Madame la ministre !

Donc vous aussi appliquez la méthode du silence
à la mode chez nous au Liban, et ainsi les agresseurs de tout poil peuvent continuer en toute impunité !

Le Liban...un "Etat" de droit ???

Irène Saïd

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