Les manifestations contre les réformes sociales se poursuivaient hier en France. Reuters/Jean-Paul Pelissier
« Discutons ! » : le gouvernement a tendu la main hier à la CFDT au lendemain de la présentation du projet de réforme des retraites qui a braqué l’ensemble des syndicats, y compris les centrales réformistes qui ont annoncé rallier le front de contestation.
Le syndicat de Laurent Berger, favorable au principe d’un système par points porté par l’exécutif, a estimé mercredi qu’une « ligne rouge » avait été franchie avec l’instauration d’un « âge pivot » fixé à 64 ans à partir de 2027 visant à équilibrer financièrement le système.
Partagée par l’UNSA et la CFTC, cette position complique la donne pour l’exécutif, confronté à un mouvement de grèves qui paralyse les transports et menace de se poursuivre pendant les fêtes de fin d’année. Le scénario de 1995, avec plus de trois semaines de grèves contre le plan Juppé, s’insinue dans les esprits.
Face à cette perspective, l’exécutif s’est employé hier à souligner les « avancées sociales » du projet de réforme, citant notamment la pénibilité, les droits familiaux ou encore un minimum de pension de 1 000 euros nets par mois, et a appelé à la discussion. « Je l’ai dit hier : ma porte est ouverte et ma main est tendue », a écrit le Premier ministre Édouard Philippe sur son compte Twitter. « J’appellerai dès cet après-midi les leaders syndicaux et les représentants des employeurs pour voir avec eux comment reprendre rapidement le dialogue sur la construction du système universel de retraite ».
Un peu plus tôt dans la matinée, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, avait appelé sur France 2 à mettre un terme à « une logique de conflit » et estimé qu’il y avait « de la place pour la discussion, pour la négociation, sur la pénibilité, sur les modalités pour parvenir à l’équilibre ».
« Si les partenaires sociaux se mettent d’accord sur autre chose (pour parvenir à l’équilibre), le gouvernement écoutera les partenaires sociaux », a abondé le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, sur Europe 1. Ce qui n’est « pas négociable », c’est la nécessité de parvenir à cet équilibre. Plusieurs pistes sont possibles, a-t-il avancé, citant la baisse des pensions, l’augmentation des cotisations patronales – « mais ça tue l’emploi » –, l’augmentation des cotisations des salariés ou l’augmentation de la durée du temps de travail – option retenue par l’exécutif à ce stade.
Pas de trêve à Noël
Hostile à toute réforme « paramétrique », la CFDT, qui avait prévenu ces dernières semaines qu’elle s’opposerait à tout projet qui mêlerait système par points et mesures d’économie, a appelé à manifester mardi prochain. Il faut que le gouvernement comprenne « qu’en voulant courir deux lièvres à la fois, il a fait une erreur, il met en danger ce projet de réforme universelle des retraites auquel la CFDT tient (...) parce qu’il poursuit une logique budgétaire », a déclaré Laurent Berger sur BFM TV et RMC. « La question de l’équilibre, ce n’était pas la promesse du président de la République, la promesse, c’était un système universel des retraites ». « J’espère qu’on ne va pas dans le mur, en tout cas la CFDT n’en portera pas la responsabilité, j’espère qu’on va aller vers un apaisement et une rediscussion », a-t-il poursuivi, appelant de ses vœux une réunion entre le Premier ministre et « tous ceux qui veulent s’inscrire dans une réforme universelle des retraites ».
Une semaine jour pour jour après la première manifestation contre la réforme, qui avait rassemblé plus de 800 000 personnes dans les rues, les transports étaient encore très perturbés hier à la SNCF et la RATP, et la situation devrait perdurer, a prévenu la CGT-Cheminots. « La grève continue, nous sommes au regret de constater que le gouvernement est droit dans ses bottes et donc (la grève) va durer longtemps, a déclaré le secrétaire général du syndicat, Laurent Brun, sur France Info. Pas de trêve pour Noël sauf si le gouvernement revient à la raison avant cela. »
Source : AFP


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