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Nos lecteurs ont la parole - Par Karim S. Rebeiz

La poule aux œufs d’or

Dans la gestion des deniers publics, c’est incontestablement Électricité du Liban (EDL) qui remporte le trophée haut la main grâce à des adjudications opaques et à de sérieuses lacunes concernant l’entretien des quelques centrales chétives. Entre-temps, la production d’électricité est lamentable avec des coupures d’électricité de trois heures par jour à Beyrouth et un rationnement beaucoup plus important dans les régions périphériques. Sans surprise, le déficit d’EDL, qui se rapproche des 2 milliards de dollars par an, est l’une des causes majeures du gonflement de la dette publique.

Ce déficit de l’EDL se produit depuis belle lurette. À maintes reprises, l’État aurait pu avoir recours à un partenariat public-privé (PPP) pour investir dans la construction de plusieurs centrales électriques modernes avec une production d’électricité 24 heures sur 24 couvrant facilement l’ensemble du territoire libanais et au-delà. Le principal avantage d’un PPP réside dans le fait que c’est le secteur privé qui assume l’investissement initial du projet, et non le gouvernement. Aussi, le PPP exploite de façon judicieuse la nature concurrentielle du secteur privé, offre de bons emplois à des personnes compétentes, paie des impôts sur les gains au gouvernement (donc augmente les recettes de l’État avec un effet de réduction sur le déficit budgétaire) et surtout permet de produire de l’électricité à moindre coût et de façon plus performante qu’une bureaucratie gouvernementale ternie par un gaspillage et une corruption morbides.

La restructuration d’EDL, vainement promise par certains dirigeants, fut reportée sine die sous des prétextes peu crédibles, comme par exemple un soi-disant problème de collecte des factures d’électricité. Pourquoi donc le modèle de modernisation et de privatisation de l’électricité, qui fonctionne avec brio et conformément aux normes légales de santé et de sécurité dans la région de Zahlé, ne pourrait être répliqué sur l’ensemble du territoire libanais ? La réponse paraît évidente : il serait absurde de tuer la poule aux œufs d’or, c’est-à-dire EDL dans son état actuel. En d’autres termes, le maintien du statu quo est motivé par un désir de perpétuer un clientélisme politique qui fonctionne à la perfection. Comme le formule laconiquement l’adage anglo-saxon, « If it ain’t broke, don’t fix it ».

Entre parenthèses et comble de l’ironie, EDL abritait un poulailler dans ses bâtiments, une constatation tellement saugrenue qu’elle défraya la chronique locale et internationale en 2018. Entre-temps, la pauvre populace est contrainte d’humer allègrement les fumées nauséabondes et malsaines provenant de générateurs de quartier et dont les propriétaires anarchiques, sans foi ni loi, règnent en maîtres absolus. Cela promet un futur lumineux pour le Liban.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Dans la gestion des deniers publics, c’est incontestablement Électricité du Liban (EDL) qui remporte le trophée haut la main grâce à des adjudications opaques et à de sérieuses lacunes concernant l’entretien des quelques centrales chétives. Entre-temps, la production d’électricité est lamentable avec des coupures d’électricité de trois heures par jour à Beyrouth et un rationnement beaucoup plus important dans les régions périphériques. Sans surprise, le déficit d’EDL, qui se rapproche des 2 milliards de dollars par an, est l’une des causes majeures du gonflement de la dette publique. Ce déficit de l’EDL se produit depuis belle lurette. À maintes reprises, l’État aurait pu avoir recours à un partenariat public-privé (PPP) pour investir dans la construction de plusieurs centrales électriques modernes...
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