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Décryptage

Les enjeux de l’après-révolte en Iran

Alors que le bilan de la répression contre les contestataires dans la République islamique se révèle de plus en plus lourd, Téhéran doit composer avec l’éventualité que de nouvelles manifestations éclatent sur le court terme.

Des manifestants iraniens à Téhéran, le 16 novembre 2019. Photo AFP

La vague de manifestations déclenchée en Iran le 15 novembre dernier est, en apparence, terminée. L’ampleur de la répression ne semble faire aucun doute. Il s’agit de la plus meurtrière depuis l’avènement de la République islamique, même si un flou entoure encore le nombre exact de victimes. Pour mater la contestation à l’abri des regards extérieurs, la République islamique a bloqué, dès les premières 24 heures, l’accès à internet.

Selon le nombre avancé le 2 décembre par Amnesty International sur la base de sources jugées fiables, plus de 208 personnes auraient été tuées. L’organisation précise que ces données pourraient être « bien en deçà de la réalité ». L’émissaire américain pour l’Iran, Brian Hook, évoque pour sa part un bilan qui s’élèverait plutôt à 1 000 victimes. Pour le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 7 000 personnes auraient été arrêtées.

Depuis que les Iraniens ont retrouvé l’accès à internet, près de dix jours après le blocage, ils découvrent et témoignent de l’ampleur de la répression en partageant des vidéos des violences, des photos des victimes et des histoires des proches de défunts. Une version et un bilan contestés par le régime iranien selon qui les manifestations font l’objet de manipulations venues de l’extérieur. « Les ennemis avaient dépensé beaucoup d’argent pour concevoir ce complot et attendaient l’occasion pour le mettre en œuvre », a déclaré le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, à la fin du mois de novembre. Pour l’heure, le régime n’a confirmé que cinq décès comprenant quatre membres des forces de l’ordre tués par des « émeutiers » et un civil.

Le régime a pourtant adouci son discours au cours de ces derniers jours, donnant le sentiment de vouloir calmer le jeu et misant sur une division de la rue. Alors qu’il nie la spontanéité de la contestation et l’ampleur du bilan humain invoqué, il propose également des mesures d’« apaisement », reconnaissant par là indirectement une situation très tendue. Selon le site officiel de l’ayatollah Khamenei, ces actions viseraient notamment à reconnaître comme « martyrs » tous ceux qui auraient perdu la vie au cours des violences sans y avoir contribué et à attribuer des compensations à leurs familles. L’enjeu de cette période post-révolte, en trois questions.



Pourquoi ces mesures d’« apaisement » ?
Sur le court terme, les objectifs du régime ont été atteints. Il s’agissait avant tout d’étouffer la contestation dans l’œuf à travers une répression qui puisse décourager d’autres secteurs de la société de rejoindre les manifestants. « C’est pour cette raison que les autorités ont réagi aussi rapidement et durement. C’est une chose d’avoir un groupe de jeunes hommes jetant des pierres et c’en est une autre d’avoir des instituteurs, ouvriers et employés. Le régime utilise la violence pour dissuader ces secteurs, également mécontents, de rejoindre la rue et pour les effrayer », décrypte pour L’Orient-Le Jour Alex Vatanka, chercheur associé au Middle East Institute.

Mais les mesures dites d’apaisement soulignent à quel point la violence a franchi un cap et que son niveau sans précédent ne peut être complètement passé sous silence par les autorités. « Le régime ne peut plus se contenter de dépeindre les manifestants comme des hooligans et des pions avancés par des forces extérieures maléfiques », analyse pour L’OLJ Ali Fathollah-Nejad, chercheur associé au Brookings Doha Center. En témoigne, selon lui, la stratégie adoptée par le président Hassan Rohani. Le discours de ce dernier différencie stratégiquement entre les « bons » et les « mauvais » manifestants. Aux premiers, qui scandent des slogans ou ne brûlent que des pneus, doit répondre la « compassion islamique », aux seconds, à la solde des ennemis du pays, la détention. Le régime cherche également à atténuer la frustration sociale, élément déclencheur des manifestations. Or il est peu probable que la situation économique du pays s’améliore bientôt. « On ne peut pas vraiment savoir s’il s’agit de la fin des manifestations ou d’un simple interlude. Les problèmes sous-jacents de stagnation et stagflation ne vont certainement pas disparaître d’ici peu », avance Naysan Rafati, spécialiste de l’Iran au sein de l’International Crisis Group, interrogé par L’OLJ. « Dans la situation économique de l’Iran, tant que l’impasse avec les États-Unis se poursuivra et que les sanctions seront toujours en vigueur, et tant que la République islamique n’entreprendra pas de réformes économiques et politiques importantes, la contestation continuera », poursuit-il. La répression a par ailleurs eu un coût non négligeable sur l’économie, aggravant une situation déjà délétère. « L’économie en a été très affectée car le blocage total d’internet a coûté près de 1,5 milliard de dollars, bien au-delà des premières estimations », indique M. Fathollah-Nejad.



(Lire aussi : « Le mouvement de protestation de novembre dernier, en Iran, est sans précédent »)



Cela peut-il pousser les Iraniens à négocier ?
Malgré la force de l’arsenal répressif iranien, l’échelle significative de la contestation a démontré l’impact important des sanctions américaines sur la situation interne dans le pays. Coincé dans une situation économiquement délicate, Téhéran pourrait également chercher à alimenter l’escalade des tensions autour de l’accord sur le nucléaire afin de pousser les États-Unis à revenir à la table des négociations. L’Iran est en train de déroger, progressivement, aux règles de l’accord nucléaire, mais ne ferme pas la porte, dans le même temps, à de nouvelles négociations. Le président iranien a affirmé mercredi que son pays restait « prêt à discuter » avec Washington si les États-Unis lèvent les sanctions qu’ils ont rétablies contre la République islamique depuis leur sortie de l’accord international sur le nucléaire iranien. Il a toutefois pris soin de préciser que cette question ne saurait être abordée dans le cadre de négociations bilatérales directes avec les Américains, mais dans un cadre multilatéral avec le groupe des six pays ayant conclu en 2015 l’accord sur le nucléaire avec Téhéran. Les actions de l’Iran « suggèrent qu’il est intéressé par une sorte de désescalade, mais pas par une capitulation, c’est-à-dire qu’il ne souhaite pas se conformer aux exigences des États-Unis sans jouer de son levier », remarque Naysan Rafati. « Toutefois, s’ils jouent leurs cartes de manière excessive et qu’un incident futur mène vraiment à une escalade ou une future violation de l’accord sur le nucléaire, le danger est d’assister à un isolement diplomatique plus grand de l’Iran au lieu de mener à une voie de sortie », continue-t-il.



Quel impact pour le Liban et l’Irak ?
Au-delà de l’aspect domestique, l’Iran a également été visé par les manifestants dans les slogans des récents mouvements de contestation au Liban et en Irak, soit directement, soit indirectement avec le ciblage de ses proxies à l’instar du Hezbollah. Malgré la réduction du financement de ses supplétifs suite aux sanctions américaines et le mécontentement grandissant à son égard dans la région, Téhéran ne semble pas près de réviser sa politique au Moyen-Orient sur le court terme. La République islamique ne souhaite pas être perçue comme affaiblie à un moment où l’étau s’est drastiquement resserré autour du régime, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Voyant d’un mauvais œil les manifestations au Liban et en Irak, Téhéran n’a pas hésité à venir en aide à Bagdad et au Hezbollah, de près ou de loin. Pour Alex Vatanka, « les Iraniens n’apporteront aucun changement de sitôt car ils estiment qu’il ne faut pas céder à la pression au moment où elle leur est imposée ». S’inspirant du mode d’action de Téhéran, les alliés de l’Iran au Liban et en Irak n’ont pas hésité à réaliser plusieurs tours de force en s’attaquant directement aux contestataires. La révolte iranienne a semblé provoquer un durcissement de leurs positions. Au Liban, les partisans du Hezbollah ont défilé dans les rues de la capitale et du sud du pays, n’hésitant pas à s’en prendre aux personnes visant leur leader, Hassan Nasrallah. En Irak, la répression par les milices pro-iraniennes du Hachd el-Chaabi a été bien plus violente alors que le dirigeant de la force d’élite iranienne al-Qods, Kassem Soleimani, se serait rendu à Bagdad pour aider les miliciens et le gouvernement à mater la révolte. Dans le même temps, les proxies de Téhéran tentent de se mettre aux côtés des contestataires sur certaines thématiques des mouvements, à l’instar de la corruption. « L’Iran envoie des signaux contradictoires. C’est une attaque que les supplétifs iraniens ont aussi utilisée en Irak : dire aux manifestants qu’ils partagent certains de leurs objectifs tout en poursuivant une oppression violente », observe Philip Smyth, chercheur associé au Washington Institute.



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La vague de manifestations déclenchée en Iran le 15 novembre dernier est, en apparence, terminée. L’ampleur de la répression ne semble faire aucun doute. Il s’agit de la plus meurtrière depuis l’avènement de la République islamique, même si un flou entoure encore le nombre exact de victimes. Pour mater la contestation à l’abri des regards extérieurs, la République islamique...

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ATALOUHON OU MECHYOU BI JENEZTON... MAIS D,AUTRES ESPRITS RESSUSCITENT DES ESPRITS DES MARTYRS. CE N,EST PAS FINI. LA BRAISE BRULE ENCORE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

16 h 43, le 07 décembre 2019

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Commentaires (1)

  • ATALOUHON OU MECHYOU BI JENEZTON... MAIS D,AUTRES ESPRITS RESSUSCITENT DES ESPRITS DES MARTYRS. CE N,EST PAS FINI. LA BRAISE BRULE ENCORE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    16 h 43, le 07 décembre 2019