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Liban

Décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé : sursis jusqu’en janvier

Déchets

L’incertitude entoure toujours le sort de l’une des deux décharges gouvernementales, au nord de Beyrouth, dont on avait fixé la saturation à septembre dernier au plus tard.

07/12/2019

Alors qu’un article du New York Times sur la débâcle politico-financière sur le dossier de la gestion des déchets au Liban a relancé, ces derniers jours, le débat autour de ce sujet sur les réseaux sociaux, une question que l’on avait quelque peu mise de côté depuis le début, le 17 octobre, du mouvement de contestation resurgit : que se passe-t-il du côté de la décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé qui, de l’aveu des autorités concernées, notamment le ministère de l’Environnement, devait arriver à saturation en septembre dernier ?

Cette décharge accueille les déchets du Mont-Liban nord et d’une partie de Beyrouth. Il s’agit de l’une des deux décharges qui constituent l’essentiel du plan de sortie de crise adopté par le gouvernement en 2016. Elle devait arriver, de manière précoce, à saturation, en raison d’un tri insuffisant et de l’enfouissement de la majorité des déchets.

Interrogée sur la situation, une source du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), l’institution qui gère les contrats avec les sociétés privées, assure que « cette décharge a encore la capacité de continuer à accueillir des déchets jusqu’en janvier ». Comment cela a-t-il été possible, sachant que la saturation avait été annoncée en septembre au plus tard ? « Il semble que la quantité de déchets ait diminué, notamment ceux provenant du secteur du tourisme et de la restauration, ce qui a permis d’avoir ce sursis », répond-elle.

Avant la crise, et en prévision de la saturation de la décharge, certaines solutions avaient été envisagées par les autorités concernées, notamment le stockage des déchets en hauteur. Mais l’idée avait été nettement refusée par les partis de la région comme les partis Kataëb et Tachnag. Cette option aurait-elle été finalement mise en œuvre, ce qui pourrait expliquer la « longévité » du site ? « Pas du tout, cette option aurait nécessité une décision du Conseil des ministres, ce qui n’a pas été le cas avant la démission du gouvernement », insiste cette source.


(Pour mémoire : Déchets : les 25 décharges sanitaires sont la seule solution, affirme Jreissati)


Des cellules de réserve ?
L’écologiste Samir Skaff, président de l’ONG Green Globe, estime toutefois que la « longévité » du site ne peut s’expliquer par une simple diminution des quantités de déchets. « Il existe dans la décharge des cellules de réserve qui auraient dû être allouées aux déchets de la municipalité qui accueille le site, à savoir Jdeidé et ses environs, en cas de saturation. À mon avis, on est probablement en train de les utiliser actuellement », dit l’écologiste, qui souligne lui aussi qu’aucune décision sur un stockage en hauteur n’avait été prise par le gouvernement avant sa démission, ni celle d’un agrandissement, comme ce fut le cas pour Costa Brava.

Samir Skaff, qui participait régulièrement aux réunions de la commission parlementaire de l’Environnement en sa qualité d’observateur, assure qu’il faut prendre des mesures plus drastiques pour prolonger la vie des décharges et instaurer une gestion plus saine des déchets. « Il est totalement illogique que les déchets des régions finissent sur la côte, dit-il. Chaque jour, il arrive à Beyrouth environ 4 200 tonnes de déchets, que les centres de tri mal équipés et vétustes ne peuvent en aucun cas traiter. Et nous continuons à payer le tri et le traitement alors que les déchets sont enfouis dans tous les cas ! »

Et d’ajouter : « J’ai déjà proposé aux responsables de ne plus acheminer vers ces décharges les ordures des villages qui sont à plus de 500 mètres d’altitude. Une telle mesure réduirait de manière importante la pression sur les décharges. Suivant mes calculs, cette quantité passerait de 4 200 à environ 1 500 tonnes. Dans de telles conditions, même Bourj Hammoud-Jdeidé devrait durer un an de plus, et Costa Brava cinq ans au lieu de deux, puisqu’elle a été agrandie. Et pour les déchets des régions, il faut privilégier le compostage en plein air, facile à implanter et peu coûteux en zone rurale. J’ai présenté un plan complet à ce propos. »

Avant la démission du gouvernement, un plan de traitement des déchets préparé par le ministère de l’Environnement avait été approuvé par le Conseil des ministres fin août : il prévoyait, en gros, la construction de 25 décharges sanitaires et de centres de traitement, et la construction de trois incinérateurs comme plan à long terme, sans compter un décret sur le tri à la source. La construction d’incinérateurs fait l’objet d’une vive opposition de la société civile, comme cela a été le cas pour l’incinérateur prévu à Beyrouth, qui n’est toujours pas passé en conseil municipal. Quant aux décharges, elles rencontrent la même opposition auprès du public, peu enclin à faire confiance aux autorités après les fiascos successifs. C’est ce qu’a clairement montré l’épisode de la crise des déchets dans quatre cazas du Nord (Zghorta-Koura-Denniyé-Bécharré) après la fermeture d’une décharge sauvage, où les sites choisis ont été systématiquement refusés et où le problème persiste encore depuis l’été.

La gestion des déchets est depuis de longues années un casse-tête, et ce dossier est l’un des principaux liés à des soupçons de gaspillage et de corruption, ce qui empêche l’adoption de plans de gestion respectueux de l’environnement et du développement durable en faveur de solutions centralisées et opaques. La crise des déchets de 2015 a motivé les premières manifestations civiles non organisées par des parties politiques traditionnelles : certains n’hésitent pas à placer la révolte du 17 octobre dans le prolongement de cette première mobilisation.



Pour mémoire
Les incinérateurs approuvés en Conseil des ministres, dont un à Beyrouth

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