Le siège du Conseil provincial de Ninive où se trouve la ville de Mossoul. AFP/Zaid al-Obeidi
Depuis deux mois, Bagdad et le sud de l’Irak manifestent contre la gabegie de l’État. Mais à Mossoul, dans le nord, le vaudeville politique va bon train : deux hommes se proclament gouverneur et les élus censés les départager ont été limogés.
Dimanche, à moins d’une heure d’intervalle, ils ont tous deux convoqué la presse.
D’un côté, l’on trouve Mansour al-Merid, proche des paramilitaires du Hachd al-Chaabi et vu comme loyal à l’Iran voisin, grand parrain de la politique en Irak. « Je suis le gouverneur légitime », lance-t-il, affirmant n’avoir jamais cherché à quitter le poste qu’il a pris en mai. De l’autre côté, Najm al-Joubouri, un général tout juste mis à la retraite, présenté comme l’homme des Américains, grands ennemis de Téhéran, affirme avoir été élu la veille et ajoute vouloir apporter aux Mossouliotes « justice et équité » en tant que nouveau gouverneur. Et dans le rôle de l’arbitre : un conseil provincial officiellement dissous par le Parlement, mais qui lui aussi refuse de rendre son tablier.
M. Merid dément avoir présenté sa démission mais le Conseil provincial a produit une lettre écrite et signée de sa main. Lui assure que cette feuille volante ne porte ni en-tête ni date et des sources au Conseil indiquent que cette lettre n’a pas été remise par M. Merid en personne. Malgré cela, le Conseil a annoncé avoir accepté la démission du gouverneur puis élu dimanche avec 23 voix sur 39 M. Joubouri, très populaire ex-commandant des opérations militaires contre les jihadistes du groupe État islamique à Mossoul, deuxième ville d’Irak située dans le Nord.
Un prédécesseur en fuite
Depuis, les deux hommes assurent qu’ils feront tout pour réhabiliter Mossoul dévastée par trois années d’occupation de l’EI et près d’un an de combats pour bouter les jihadistes hors de la cité autrefois carrefour culturel et commerçant du Moyen-Orient. S’ils sont autant à se battre pour le poste, c’est que diriger une région dont le budget annuel est de 730 millions d’euros est une tâche enviée dans l’un des pays les plus corrompus au monde.
Ces 16 dernières années, selon les chiffres officiels, la corruption, les contrats fictifs et autres détournements de fonds ont fait perdre à l’État 410 milliards d’euros – deux fois le PIB de l’Irak, deuxième producteur de pétrole de l’OPEP.
Le prédécesseur de M. Merid, Nawfel Akoub, a pris la fuite en mars après avoir détourné plus de 57 millions d’euros. Et ce chiffre ne représente que les fonds dérobés identifiés par l’organe officiel de lutte contre la corruption. Il est toujours recherché par toutes les polices du pays pour ces faits de corruption et d’autres, dont l’un impliquant un parc d’attraction dans lequel un bateau avait coulé, faisant une centaine de morts un jour de fête.
« C’est très confus et on ne peut se permettre ce genre de conflit », déplore Ahmad Abderrahmane, un habitant de Mossoul.
Pour beaucoup en Irak, au-delà des personnes, les conseils provinciaux sont un problème de plus dans un pays où clientélisme et népotisme rongent les administrations.
Partager le butin
Pour tenter d’apaiser la plus grave crise sociale de l’histoire récente de l’Irak – avec près de 350 morts dans les manifestations depuis début octobre à Bagdad et dans le Sud – le Parlement dans la capitale a dissous l’ensemble des conseils provinciaux. Élus au suffrage universel, ces conseils sont officiellement placés sous le contrôle du Parlement qui peut leur demander des comptes. Mais, affirme le commentateur politique Hamed al-Cheikh, ils « sont un maillon de trop dans la chaîne, ils sont un espace de plus pour les petits arrangements et la corruption. Le Parlement a eu raison de les dissoudre ». Car les affaires de double ou triple gouverneur ne sont pas rares en Irak. En janvier, trois hommes assuraient diriger la province de Wassit, dans l’est : un gouverneur limogé refusant d’être démis, son adjoint plaidant pour prolonger indéfiniment son intérim et un troisième se disant élu par le Conseil provincial.
Mais aujourd’hui, à Mossoul, où la reconstruction se fait attendre et des centaines de milliers de personnes s’entassent toujours dans des camps de déplacés, ce Conseil n’est plus là. Néanmoins, déplore Iham Ibrahim, un Mossouliote de 40 ans, « les politiciens se disputent le pouvoir pour se partager le butin ».
Mohammad SALIM/AFP


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