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Liban - Reportage

La longue marche pour sauvegarder la vallée de Bisri

Dans le cadre des célébrations de la fête de l’Indépendance, la Campagne nationale pour la protection de la vallée de Bisri a organisé une randonnée pour bien marquer l’opposition de la société civile au projet de construction du barrage hydraulique qui menace le site.


Pause et méditation pendant la marche organisée dans la vallée de Bisri contre la construction d’un barrage contesté. Joseph Eid/AFP

Loin du tumulte de la capitale et des grandes places publiques, une longue randonnée a été organisée à l’occasion de la fête de l’Indépendance, vendredi, à l’initiative de la Campagne nationale pour la protection de la vallée de Bisri (CNPVB) afin de sensibiliser le plus grand nombre de Libanais au danger que représente le projet de construction d’un barrage hydraulique dans la vallée en question, située entre les cazas du Chouf et de Jezzine.

C’est devant l’immeuble du Nahar, à la place des martyrs, que trois bus attendaient les randonneurs qui se sont rassemblés très tôt vendredi matin. Peu avant 8 heures, le convoi s’ébranle en direction de la vallée et parvient à destination deux heures plus tard. Plusieurs centaines de personnes attendaient déjà sur place le début de la randonnée sous les regards inquisiteurs de quelques militaires. Un militant s’adresse alors à la foule pour souligner que l’ultime richesse de la terre libanaise, et de son peuple, est la nature luxuriante, menacée de destruction par l’établissement d’un barrage hydraulique ici même, dans la somptueuse vallée de Bisri.

Puis les randonneurs entament leur longue marche dans une atmosphère bon enfant, applaudissant, sifflant et chantant. Parmi eux, Hamad, qui se rend ici pour la cinquième fois afin de protester contre le projet de barrage qui menace la vallée d’où proviennent, selon lui, environ 20 % des fruits et légumes libanais.

La marche couvre une distance de 18 km. Le cortège s’étend sur une centaine de mètres que colorent joyeusement les drapeaux libanais levés dans le vent. Pour se donner du courage et rendre hommage à l’indépendance, les marcheurs foulent le sol au rythme de l’hymne national. Tout le monde chante, le sourire aux lèvres. Seuls les militaires, chargés de suivre le gai cortège dans leurs véhicules, demeurent silencieux.

Au bout de quinze minutes, les marcheurs découvrent un splendide bois de pins parasols, hauts de quinze à vingt mètres. Leurs cimes ombragent le sentier. Plus loin, Hamad désigne des souches, larges d’un bon mètre : affligeant témoignage d’une déforestation amorcée. Mais un peu plus loin, on aperçoit des lopins de terre au milieu desquels de nouveaux arbres ont été plantés par des écologistes. À quelques mètres se dresse une lourde machine visant à creuser des abîmes profonds dans les entrailles du site. De chaque côté du sentier, ce sont des hectares de terres cultivées qui se déroulent devant les yeux des marcheurs : on voit des orangers, des grenadiers, des citronniers, des vignes et des plantations de courgettes, de tomates et d’autres fruits et légumes.

Un pont et un temple romains

La vallée de Bisri tire son nom de la rivière qui la sillonne, et ses richesses, outre sa flore, se composent de vestiges romains. Vers midi, le cortège atteint le pont romain bâti il y a plusieurs siècles, mais encore capable de supporter le passage des humains et de leurs véhicules bruyants. Une fois le pont traversé, la troupe de randonneurs tombe, émerveillée, sur les colonnes d’un temple romain se trouvant à quelques mètres en contrebas de la route. Entre ces colonnes des orangers ont poussé, offrant leurs fruits aux passants.

Face à ce beau paysage, l’hymne national retentit une fois de plus, amplifié grâce aux enceintes portées jusqu’ici par des personnes venues en voiture. On danse, on sautille en claquant des mains ; on pèle des oranges et des citrons pour se désaltérer, le cortège des marcheurs ayant fait une pause. Puis la troupe reprend sa marche, suivant Ajwad, figure de proue du mouvement pour la protection de la vallée, qui brandit le drapeau national.

Grâce aux efforts continus de la CNPVB, des dizaines de machines, servant à forer le sol et à couper les arbres, ont été la semaine dernière renvoyées en dehors de la vallée, affirme Ajwad. Pour lui, cela est une victoire en soi, venant couronner des mois de protestations. En outre, il estime que, bientôt, ceux qui portent le projet du barrage hydraulique renonceront face à la farouche résistance que leur opposent les citoyens.

C’est au milieu de l’après-midi que les randonneurs atteignent l’église séculaire de Mar Moussa : splendide édifice voué à la destruction dans le cas où le barrage serait construit. Une corde, attachée au beffroi de l’église, permet de faire sonner la cloche ; quelques marcheurs la font retentir et son écho se propage dans la vallée comme pour dénoncer l’absurde construction d’un barrage dans une vallée si pleine de richesses variées, et de surcroît située sur une faille sismique.

Loin du tumulte de la capitale et des grandes places publiques, une longue randonnée a été organisée à l’occasion de la fête de l’Indépendance, vendredi, à l’initiative de la Campagne nationale pour la protection de la vallée de Bisri (CNPVB) afin de sensibiliser le plus grand nombre de Libanais au danger que représente le projet de construction d’un barrage hydraulique dans la...
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