Je m’adresse à vous en tant que citoyen libanais, très préoccupé des moments critiques que traverse notre pays, le Liban.
Je suis de même fortement touché par la lourde tâche qui vous incombe, celle de supporter tous les malaises que nous traversons.
En prenant du recul pour réfléchir à cette situation complexe, j’ai esquissé, à la mesure de mes moyens et à la lueur de ma conscience civique, certaines propositions qui pourraient peut-être contribuer, un tant soit peu, au grand plan que vous lancerez. Lequel aboutira sans doute au succès qu’espèrent tous les Libanais.
J’espère, Monsieur le Premier ministre, qu’en maintenant le cap vers une solution libanaise de sauvetage, on esquivera tant et tant de contraintes et d’obstructions (externes et internes) qui entravent les bonnes volontés dans leur recherche d’une issue saine et rapide au marasme dans lequel le Liban est plongé.
Il faut reconnaître que le système de gouvernance politico-confessionnel dont nous avons hérité est devenu caduc et par là même déficitaire.
Les générations montantes de l’ère numérique et rationnelle tiennent à bouleverser notre conception traditionnelle de la vie. Ce sont ces générations qu’il faut écouter et épauler.
Les réformes doivent à la fois esquiver les réticences des anciennes générations et tranquilliser notre brillante jeunesse, dynamique et volontaire. Car elle rêve d’un pays qui lui ouvre des horizons propices. Elle veut pouvoir confier son avenir à un « Nouveau Liban ».
Monsieur le Premier ministre, je me suis permis de vous adresser cette lettre dans l’espoir d’ouvrir une parenthèse inédite, hors de l’immense remous répandu par une pléthore de commentaires et de critiques qui vont à l’encontre de notre pays.
La formule que je préconise s’intitule « Le plan de sauvetage et de redressement du Liban ». Je l’ai structurée en trois phases : la première est d’ordre technique, la deuxième d’ordre politique et la troisième est d’ordre judiciaire.
La première phase s’articule en six points :
1. Demander à l’une des principales institutions mondiales, tels la Banque mondiale, le Fonds monétaire international ou la Banque centrale européenne, d’affecter au Liban trois experts en finances, en économie et en gestion des biens publics.
2. Exiger des ministres titulaires, encore en service dans l’actuel cabinet démissionnaire, d’adresser dans un délai de quinze jours au Premier ministre le compte-rendu des failles, des déboires et des doléances dont souffrent leurs ministères respectifs ainsi que leurs suggestions pour la résolution de ces problèmes.
3. Demander à l’institution internationale précitée de recruter par le moyen des appels d’offres douze experts internationaux, en privilégiant les citoyens libanais ou les descendants d’origine libanaise. Ce groupe de technocrates se composera d’experts dans les domaines des finances, de l’économie, de l’administration, de l’exploitation des ressources minières, notamment fossiles (gaz et pétrole), des énergies renouvelables, du tourisme, etc., soit tous les secteurs qui requièrent des amendements tels que mentionnés par les ministres dans leurs rapports.
4. Présentation en Conseil des ministres du plan de sauvetage et de redressement qui aurait été approuvé par les experts précités. Cette étape devant être achevée dans un délai de trois séances du Conseil des ministres.
5. Transfert par procès-verbal au Parlement libanais des décisions prises en Conseil des ministres, en prescrivant un délai maximal de vingt jours pour approuver ou refuser ledit plan.
6. Après approbation du programme de réformes, recourir de nouveau à ladite institution internationale pour établir cette fois la stratégie à terme de la mise en application de ces réformes.
Dans cette première phase, nous aurons maintenu l’équilibre des représentations politiques dans le gouvernement, dont une importante fraction représente un électorat considérable.
La deuxième phase, que j’ai intitulée « L’onde de choc politique », doit initier un nouveau système de gouvernance, par lequel les réformes seront facilement applicables, rétablissant de ce fait la confiance envers les institutions de l’État et les institutions financières qui auront à proposer leurs aides pour relever les finances et l’économie du pays.
J’appelle donc à l’application de la « décentralisation administrative », formule inscrite dans l’accord de Taëf et approuvée par tous les protagonistes des événements qui se sont produits au Liban.
La mise à jour sur le plan juridique de cette forme de gouvernance – qui écartera le spectre de la mainmise sur l’ensemble du territoire libanais par les factions de la population qui sont encore armées – sera effectuée par nos éminents législateurs.
Personnellement, j’ai esquissé dans mon livre Un Nouveau Liban… ? Oui, c’est possible ! un système de répartition des charges dans la gouvernance du pays. Je l’ai fait en considération de mon devoir de citoyen libanais qui pose sa pierre pour édifier notre Liban, tel que nous le souhaitons.
Cette « onde de choc politique » encouragera sans doute les institutions financières à participer avec enthousiasme au colossal projet de développement qui se profilera.
La troisième phase se rapporte au remboursement des biens spoliés par les prétendus serviteurs des biens publics.
Pour passer à cette phase, et une fois qu’un plan de réformes a été établi, on élaborera un cadre juridique qualifié et impartial. Ce cadre qui sera mis sur pied dans un délai de trois mois sera habilité à juger les corrupteurs de l’ancien système pour que l’État libanais récupère son dû.
Monsieur le Premier ministre, en annonçant aux grévistes ce plan de réformes qui s’inspire des exigences de toutes les parties libanaises en conflit, nous aurons répondu à leurs aspirations ! Cela les tranquillisera assez pour qu’ils reprennent leur vie au quotidien.
La solution sera alors libanaise et nous serons tous fiers de l’adopter.
Monsieur le Premier ministre, nous sommes tous concernés par le sauvetage de « notre Liban ».
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