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Liban

Melhem Khalaf, un bâtonnier hors normes à un tournant de l’histoire du Liban

Portrait

Tout au long de son parcours, le fondateur d’Offre-Joie a défendu les valeurs brandies aujourd’hui par le soulèvement populaire.

19/11/2019

« Nul ne pourra nous voler nos rêves. » En lançant cette phrase dimanche soir devant les avocats en liesse à la suite de son élection, le nouveau bâtonnier de l’ordre des avocats Melhem Khalaf n’a fait que résumer son propre parcours. Une carrière placée sous le signe de l’engagement envers les nobles causes et le refus de céder à une réalité parfois déprimante, tout simplement parce qu’il croit que les rêves peuvent se réaliser et qu’il faut se battre pour les préserver.

Selon ses proches, Melhem Khalaf a longtemps été trop occupé par ses combats pour un avenir meilleur, pour plus de justice et de tolérance sociale ainsi que pour les droits de l’homme en général. En mai, il a donc surpris ses proches par sa décision de présenter sa candidature au titre de bâtonnier. Des amis le lui ont déconseillé en disant qu’en général, il faut avoir fait plusieurs mandats en tant que membre du conseil de l’ordre avant de songer au titre de bâtonnier. Mais il n’a rien voulu entendre et dimanche soir, le miracle a eu lieu. Pour la sixième fois dans l’histoire de l’ordre des avocats qui fête son centenaire, un candidat qui n’a jamais été membre du conseil est devenu bâtonnier (les autres cas sont Béchara el-Khoury, Petro Trad, Deaïbès el-Murr, Gebrayel Nassar et Wajdi Mallat)). S’il en était heureux, Me Khalaf ne l’a en tout cas pas manifesté, se montrant plutôt conscient des lourdes responsabilités qui pèsent désormais sur ses épaules et qui consistent à redonner aux avocats en colère une place de choix dans la construction d’un Liban nouveau, loin du système confessionnel qui a favorisé à plusieurs égards la corruption. Juste après l’annonce des résultats des élections, il a jeté un regard sur l’insigne de la petite colombe accroché sur son col (qui concrétise la dimension spirituelle de tous ses actes) et a demandé aux jeunes volontaires de l‘association qu’il a fondée, « Offre-Joie », de nettoyer le Palais de justice après la longue journée électorale. En une demi-heure, tout était propre, et Melhem Khalaf a pu se consacrer aux nombreux avocats venus le féliciter. Il est comme cela, disent ses amis, même dans les moments les plus importants, il ne perd pas de vue les détails concrets et le sens du devoir.

La vie de cet homme né à Ras Beyrouth en 1962 est d’ailleurs jalonnée de moments forts et de petits détails qui ont, à ses yeux, leur importance, tant il est soucieux que le tableau final ne soit entaché d’aucune imperfection. Il y a aussi son immense sens de l’amitié, mais en même temps son entêtement et la solidité de ses convictions. Un de ses amis, qui avait spontanément décidé de prendre en charge sa campagne électorale, voulait le pousser à prendre certaines initiatives, mais il semblait dans un autre monde, confiant, comme s’il était « habité » d’une force intérieure qui le poussait à croire en la victoire parce qu’il croit en sa mission sur cette terre.

Un autre ami confie que pendant cette période, il lui a rappelé le Melhem Khalaf des années 80 lorsqu’il s’était engagé dans la Croix-Rouge et qu’il acceptait les missions les plus dangereuses, sans jamais hésiter. Même les miliciens de l’époque, qu’il devait côtoyer dans l’exécution de certaines missions, reconnaissaient qu’il était exceptionnel, sans peur et toujours prêt à discuter pour comprendre l’autre et se faire comprendre de lui. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il a fondé l’association Offre-Joie en 1985 ayant pour devise trois mots : Amour-Respect-Pardon.


(Lire aussi : Le fondateur d’Offre-Joie, un habitué des combats sociétaux)


Un projet de Liban unifié

Tous les Libanais connaissent désormais Offre-Joie, née au cœur de la guerre civile, regroupant des jeunes de toutes les régions et de toutes les confessions pour se retrouver dans un projet de Liban unifié où il y a de la place pour les valeurs fondamentales. Au fil des années, Offre-Joie n’a cessé de grandir, multipliant les missions, comme celle d’offrir pour Noël un pull à chaque détenu dans plusieurs prisons du Liban, ou encore celle d’organiser pour les jeunes délinquants emprisonnés un camp de vacances à Kfifane (Batroun). Il y a eu aussi le grand projet de restaurer la fameuse rue de Syrie entre Bab el-Tebbané et Baal Mohsen à Tripoli, détruite par des combats et par la haine, et que Melhem Khalaf et ses volontaires ont réussi à transformer en un lieu de passage, de rencontre et de retrouvailles. De même la restauration de la rue derrière la place Sassine à Achrafieh, où a eu lieu l’explosion qui a tué le général Wissam el-Hassan en 2012. En quelques heures, plus de mille volontaires ont répondu à l’appel d’Offre-Joie pour effacer les stigmates de l’attentat. On notera aussi l’installation de panneaux au Liban-Sud après la libération (2000) et les nombreuses manifestations pour privilégier le dialogue et le pardon entre les Libanais à l’occasion de la fête de l’Indépendance, mais aussi pour la fête islamo-chrétienne de l’Annonciation, le 25 mars, dont, avec l’ancien ministre Michel Eddé, récemment décédé, il est l’un des fervents promoteurs. De son expérience à la Commission de l’ONU contre la discrimination raciale à Genève, dont il a été élu membre en 2013 puis vice-président en 2017, il est devenu encore plus convaincu de la nécessité d’agir pour préserver le Liban dans sa diversité et dans son rôle. Il est donc revenu à Beyrouth, habité d’une foi encore plus grande dans le destin unique de son pays. Dimanche, cette foi immense a fait bouger l’ordre des avocats, suscitant un véritable élan chez les jeunes et les moins jeunes, au point que de nombreux avocats n’ont pas respecté les consignes de leurs partis respectifs et ont voté en sa faveur. Il est vrai que tout au long de son parcours hors normes, Melhem Khalaf a défendu les valeurs brandies aujourd’hui par le soulèvement populaire. C’est sans doute pourquoi ses amis le qualifient de « phénomène », mais lui se contente de toucher du doigt la colombe accrochée à son col.


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Chucri Abboud

Il me semble que j'ai lu quelque part que le nouveau bâtonnier a été vigoureusement appuyé par Berri et Samy Gemayel . Son election n'est donc pas totalement dénuyée d'appui politiques .

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