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Liban

Michel Eddé, patriote indomptable, modèle de générosité chrétienne

Éclairage
Fady NOUN | OLJ
05/11/2019

« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » Ce logion, attribué par saint Paul à Jésus, ne se trouve dans aucun des quatre Évangiles, mais dans les Actes des Apôtres. Si cette parole est authentique, et elle l’est presque certainement, le Liban pleure aujourd’hui, en Michel Eddé, la disparition du plus heureux des hommes.

Homme de foi, modèle de générosité comme il n’en existe probablement que quelques-uns par siècle, il donnait dans l’allégresse, allant même jusqu’à demander à couvrir les impayés de certains hôpitaux et à créer des fonds d’aide particuliers, comme pour le village de Qaa. Ses proches ne savent où commencer pour en parler. Élèves et étudiants, ONG en nombre, congrégations religieuses, dispensaires, couvents et églises (de Rmeich à Deir el-Ahmar, en passant par Haret Sakhr), ont bénéficié de ses largesses. Ne parlons pas des « profiteurs » et faux jetons qui abusaient de sa bonté.

Son don le plus visible – avec d’autres fortunes maronites – reste la restauration de la cathédrale Saint-Georges des maronites, dans le centre-ville de Beyrouth, et la construction à son voisinage immédiat d’un campanile surmonté d’une croix qui égale en hauteur les quatre minarets de la mosquée Mohammad al-Amine.

Tout Michel Eddé est là. Intransigeance sur la présence des maronites au Liban, intransigeance sur le Liban comme patrie du « vivre-ensemble ». Inséparablement. « Attention, rappelait-il sobrement, pour Jean-Paul II, c’est le Liban qui est le message, pas les maronites. »


(Lire aussi : Homme de liberté, l'éditorial de Issa GORAIEB)


Une vie en commun authentique
En fait, tout entretien avec Michel Eddé conduisait invariablement à parler du Liban et du vivre-ensemble. Il y a quelques années, au lancement d’un prix Michel Eddé de la bonne gouvernance publique à l’USJ, il y était revenu :

« Cette vie en commun est authentique, elle est antérieure à tous les événements, antérieure même aux événements de 1860, avait-il assuré. C’est cela le Liban, c’est un exemple pour toute l’humanité. Personne au monde n’est dans cette situation exceptionnelle. Dans ce domaine, bien entendu. Hélas, dans d’autres domaines, il y a beaucoup d’erreurs, de corruption, et bien d’autres choses, mais dans ce domaine, le Liban est un exemple pour l’humanité. »


(Lire aussi : Michel Eddé, le cœur et l’espritl'édito de Nayla DE FREIGE)


Avec l’audace d’un homme qui sait qu’il en sait plus long que les autres, et carte du corps expéditionnaire français de 1860 à l’appui, il précisait : « En 1920, les Français ont pensé avoir créé le Grand Liban. Mais non, ce Liban avait existé avant eux ! Tous nos cazas actuels figurent sur cette carte que vous voyez là. Il n’y a pas eu de proclamation du Grand Liban. Il y a eu tout simplement le retour au Liban. »

Et de rappeler que certains membres de la délégation libanaise à la conférence de Versailles (comme Émile Eddé) souhaitaient exclure de la nouvelle nation le Sud, « peuplé de chiites ». Une perspective à laquelle le patriarche maronite Élias Hoyeck avait opposé un refus catégorique : « Je veux le Liban tel quel. Entièrement. »


(Lire aussi : Michel el-Khoury : Il a consacré sa vie à la défense de la formule libanaise)


La base démographique du pluralisme
Ce Liban intégral, Michel Eddé ne l’a pas souhaité moins ardemment que le patriarche Hoyeck. Mais après les hémorragies humaines de la guerre 1975-1990, c’était à la recherche des maronites qu’il fallait aller cette fois. Ce fut la raison d’être de la Fondation maronite dans le monde, créée en 2008 avec le patriarche Nasrallah Sfeir, l’une de ses initiatives les plus ambitieuses. Pour ce patriote indomptable, il fallait consolider le Liban en fournissant au pluralisme la base démographique dont il a besoin pour demeurer crédible et fructueux. Heureusement, son exemple et sa force de conviction avaient réussi à entraîner d’autres grandes fortunes maronites dans cette aventure.

Sur le « vivre-ensemble », Michel Eddé aimait aussi rappeler une anecdote.

Se trouvant en 1989 à Genève en visite privée, il y avait rencontré Saëb Salam, alors réfugié politique. Évoquant la vague sans précédent de départs de chrétiens du Liban – plusieurs centaines de voyageurs prenaient le bateau, à l’époque, du port de Jounieh – « Votre rêve se réalise », avait-il lancé à Saëb Salam. « Tais-toi Michel, avait répliqué Saëb Salam. Même si vous n’étiez que 5 %, nous serions toujours moitié-moitié. »


(Lire aussi : Michel Eddé, l’incarnation d’un humanisme politique libanais)



Statue de saint Maron à Rome
Grande croix de Saint-Maron, que le patriarche lui a remise, exceptionnellement, à son domicile, en raison de son état de santé, Michel Eddé avait présidé, côté libanais, la cérémonie d’installation d’une statue de saint Maron dans une niche de la façade extérieure de la basilique Saint-Pierre de Rome, le 9 février 2011. Il y avait répété son éternel leitmotiv : « L’initiative historique de Sa Sainteté (nous étions sous le pontificat de Benoît XVI) conforte également les maronites dans la conviction que leur présence agissante, ancienne ou actuelle, ne peut mûrir, aujourd’hui comme à l’avenir, qu’en affrontant résolument deux éléments contraires : l’isolationnisme et la dilution. Tous deux sont mortels : l’isolement, le repli sur soi, abolit notre message, notre mission ; et la dilution supprime tout porteur d’une telle vocation. »

Nul doute que de son séjour actuel, il se penche sur le Liban des jours cruciaux que nous vivons, pour en ajuster certains discours.


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Antoine Sabbagha

Un Michel Eddé comme on en a besoin ces jours -ci pour sauver ce pays divisé entre l’isolationnisme de ses responsables super vieux et la dilution par tous les moyens du soulèvement populaire .

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