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Homme de liberté

Ardent patriote. Maronite jusqu’à l’os, oui, mais tout aussi passionnément attaché à la pluralité religieuse du Liban comme à la solidarité arabe, en parfaite harmonie avec la pensée de Michel Chiha, son père spirituel. Défenseur acharné de la cause palestinienne, vouant néanmoins à une même malédiction sionisme et antisémitisme. Plusieurs fois ministre à la compétence et la probité proverbiales, qualités fort rares, il est vrai, par les temps qui courent. Insondable puits de connaissances et de culture, doublé d’un juriste de grand renom. Et last but not least, mécène d’une discrétion exemplaire, toujours prêt à secourir des familles dans le besoin.

Bien connues, et seront remémorées longtemps encore, ces diverses facettes de Michel Eddé, que l’on met en terre aujourd’hui. Dès lors, c’est du patron de presse que ces lignes se veulent une évocation aussi émue que fidèle. Cet homme fortuné n’était pas le propriétaire de L’Orient-Le Jour, se contentant d’en détenir une substantielle partie des actions, car son sens de la démocratie lui interdisait toute sorte de monopole. Il n’en était pas moins le lanceur d’alerte financière, le premier contributeur, le diligent moteur des fréquentes reconstitutions de capital apportées au fil des années de guerres et de crises pour assurer la survie et l’autonomie de ce journal francophone dédié à la défense des libertés publiques et d’une image certaine du Liban.


Pour l’avoir côtoyé durant près de trois décennies, je me dois de témoigner qu’en dépit d’une brillante carrière politique qui lui autorisait les plus hautes aspirations, le grand disparu n’a jamais requis (ni même escompté !) le moindre traitement de faveur dans nos colonnes. Mieux encore, il se prêtait volontiers à la discussion, aux débats les plus animés, alternant colères homériques et pointes d’humour accompagnées de clins d’œil complices. Tout président-directeur général qu’il était cependant, il savait, sans rien perdre de son prestige – bien au contraire –, se ranger souvent au point de vue de la rédaction. Ce profond respect de la profession, il l’a farouchement défendu face aux plus puissants. Au Premier ministre de l’époque Rafic Hariri qui lui faisait reproche de l’opposition pratiquée par L’Orient-Le Jour, Michel Eddé, pourtant membre du gouvernement, répondait avec superbe, pour son honneur comme pour le nôtre : Mais ce sont des journalistes, pas des employés !


De cet admirable parcours, l’image forte que nous retenons est celle d’un gestionnaire avisé certes, mais conscient aussi, et l’actionnariat avec lui, du fait qu’une entreprise de presse ne saurait être gérée sur le modèle d’une quelconque affaire commerciale. Qu’un excellent administrateur n’est pas forcément, pas toujours, un bon journaliste, et que l’inverse est évidemment tout aussi vrai.


C’est cette longue tradition de solidarité dans les beaux comme les mauvais jours, de sacrifices partagés, d’efforts redoublés que Michel Eddé s’est obstiné à raffermir. Ce pacte moral, plus intangible que tous les contrats de travail, est l’inestimable legs qu’il laisse à la grande famille de L’Orient-Le Jour.


Issa GORAIEB
[email protected]


Ardent patriote. Maronite jusqu’à l’os, oui, mais tout aussi passionnément attaché à la pluralité religieuse du Liban comme à la solidarité arabe, en parfaite harmonie avec la pensée de Michel Chiha, son père spirituel. Défenseur acharné de la cause palestinienne, vouant néanmoins à une même malédiction sionisme et antisémitisme. Plusieurs fois ministre à la compétence...