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Liban

Face aux forces de l’ordre, la guérilla des routes s’installe

Circulation

La coupure nocturne des axes routiers comme instrument de pression sur la classe politique prend de plus en plus d’ampleur.

Fady NOUN | OLJ
01/11/2019

Dégarnies l’avant-midi, les places de Beyrouth et du Liban se sont à nouveau progressivement remplies durant la journée dans l’ensemble des régions de mobilisation. Le soir, la place Riad el-Solh, cœur battant du soulèvement avec la place des Martyrs, résonnait de nouveau de chants patriotiques, tandis que sous les tentes, les tables rondes discutaient ferme sur la suite à donner au mouvement. À Tripoli, la place el-Nour s’est également remplie de manifestants plus déterminés que jamais à faire tomber le régime, aux sons mixés du « DJ de la Révolution ». Toutefois, c’est la coupure des routes comme instrument de pression sur la classe politique qui prend de plus en plus d’ampleur.

Mercredi soir, l’annonce de la démission de Saad Hariri avait démobilisé une partie de la rue, bien que certains groupes fussent restés hostiles à la réouverture des routes. Prenant avantage de ce flottement et capitalisant sur la détente relative provoquée par la décision de M. Hariri, l’armée et les Forces de sécurité intérieure avaient forcé cette réouverture, tandis que les banques et les universités annonçaient la reprise de leurs activités. Toutefois, prises de court par la valse-hésitation des manifestants, certaines institutions avaient changé d’avis en cours de soirée et décidé par précaution de rester fermées.

Ainsi, si durant la journée la vie normale a semblé reprendre ses droits dans les grandes villes du pays, surtout dans le Mont-Liban, cœur économique du pays, la circulation y était restée fluide, en raison de la poursuite de la fermeture des écoles et des banques et, en partie, des universités et des commerces.

Comme pour leur donner raison, le matin certains groupes de veilleurs restés sur les places avaient réussi à compromettre momentanément le retour à la normale en certains points chauds, et il a fallu que l’armée et la brigade antiémeute des FSI interviennent énergiquement pour y imposer la réouverture des axes routiers. Ces interventions fermes, sans être musclées, ont permis le démantèlement des entraves à la circulation à Zouk, Jal el-Dib et au carrefour Chevrolet.

Sur le Ring, la voie rapide qui relie les deux parties est et ouest de Beyrouth, la partie a été plus délicate. Il a fallu que les forces de l’ordre évacuent en les transportant les protestataires allongés sur le sol. Mais en soirée, les manifestants des places du centre-ville ont de nouveau réussi à déborder sur la voie rapide et y ont bloqué la circulation.


(Lire aussi : Les odieux du stade, le billet de Gaby NASR)


Nabil Nicolas appelle à l’aide

Toujours en soirée, des manifestants se sont attroupés dans le parking de l’immeuble où se trouve le bureau de l’ancien député aouniste Nabil Nicolas, à Jal el-Dib. Redoutant pour sa sécurité, ce dernier a demandé à la police municipale et à l’armée de disperser l’attroupement. Le député FL, Eddy Abillama, a démenti que son parti ait tenté « d’encercler » le bureau de M. Nicolas, précisant que des jeunes de tous horizons qui se trouvaient sur place s’étaient attroupés sur les lieux pour écouter le discours du chef de l’État.

La situation hier soir se présentait assez mal pour les automobilistes, livrés aux opérations ponctuelles d’une véritable guérilla. Ainsi, des manifestations volantes ont réussi à couper l’autoroute de Jiyé, au niveau du carrefour de Barja, dans les deux sens, ainsi qu’à Naamé et Khaldé ; au fil de la soirée, on apprenait que les routes de la Békaa étaient coupées à Bar Élias, Jdita et Taalabaya, après avoir été momentanément rouvertes durant le jour.

Beyrouth non plus n’était pas épargnée, avec en plus du Ring, un barrage de pneus enflammés aux feux de signalisation de Gemmayzé.

Du reste, à Abdé (Akkar), une foule en colère bloque la circulation depuis 24 heures.

Au Liban-Nord, durant le jour, l’autoroute avait été fermée dans les deux sens de la circulation au niveau de l’hôtel Palma. La route menant de Tripoli à Denniyé (Akkar) avait également été bloquée au niveau du carrefour de Kfar Aabbou par un barrage de pneus enflammés et de voitures garées au milieu de la route.

À Saïda, le calme était revenu dans la matinée après une nuit de tensions entre les manifestants et l’armée. La troupe s’efforçait le matin de maintenir ouvertes toutes les routes de la ville.

Écoles toujours fermées

Si le ministre de l’Éducation nationale a laissé aux chefs d’établissement le soin de décider de l’ouverture des écoles, selon leur situation particulière, le secrétariat des écoles catholiques, plus prudent, a maintenu hier le mot d’ordre de fermeture des écoles. Par ailleurs, l’Université Saint-Joseph et l’Université libanaise sont restées fermées, contrairement à l’AUB, où les cours ont repris dans certaines facultés.

À ceux qui redoutent que l’année scolaire soit compromise, on assure dans les milieux concernés que les journées perdues seront compensées notamment par la réduction des congés de Noël et de Pâques.

À Tripoli, des groupes de manifestants ont obtenu la fermeture des bureaux de l’Éducation nationale, qui fonctionnaient normalement.


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