La Bundesanwaltschaft, à Karlsruhe, a inculpé deux Syriens, proches du régime, de crimes contre l'humanité. dpa / Uli Deck/AFP/dpa
Deux Syriens, anciens membres des services secrets de Bachar el-Assad, ont été mis en accusation pour crimes contre l’humanité en Allemagne, ouvrant la voie au premier procès au monde de responsables syriens pour les exactions commises depuis le début du sanglant conflit en 2011. Les deux hommes, Anwar Raslan et Eyad el-Gharib, avaient été arrêtés en février en Allemagne, tandis qu’un troisième suspect, Abdulhamid A., avait été interpellé le même jour en France. Le principal suspect, Anwar Raslan, dirigeait une prison à Damas où, selon le parquet, « au moins 4 000 personnes » ont subi des actes de torture entre fin avril 2011 et début septembre 2012. « Au moins 58 personnes sont mortes suite aux sévices » qu’elles ont subis. Dans cette geôle, les détenus, qui pour beaucoup avaient participé aux manifestations réclamant liberté et démocratie, ont reçu « des coups de poing, de bâton, de câble, de fouet » et subi « des électrochocs », détaille le parquet. Anwar Raslan « a approuvé et surveillé (...) le recours à ces tortures brutales et systématiques », précise encore la justice. Il aurait fait défection en 2012, prenant ses distances du régime d’Assad avant de quitter la Syrie en décembre de cette année-là et de venir en Allemagne comme réfugié en juillet 2014. L’autre suspect, Eyad el-Gharib, est accusé d’avoir à l’automne 2011 participé à l’interpellation et à la torture « d’au moins 30 personnes » lors d’une manifestation à Douma, fief rebelle près de Damas. Il avait quitté la Syrie en février 2013 avant de rejoindre l’Allemagne en avril 2018. En France, le suspect interpellé en février avait été mis en examen et écroué peu après pour « complicité de crimes contre l’humanité ».
Ces trois arrestations étaient intervenues dans le cadre d’une enquête franco-allemande directement liée aux investigations de « César », un ancien photographe de la police militaire syrienne exfiltré sous ce pseudonyme.
Cette décision du parquet fédéral allemand, annoncée hier, constitue un « signal important en particulier pour les victimes du système de torture d’Assad », s’est félicité Wolfgang Kaleck, secrétaire général de l’ONG allemande ECCHR, qui a appuyé des plaintes de Syriens réfugiés en Allemagne contre des dirigeants de leur pays. Le procès, qui devrait se tenir à Coblence (Ouest), devrait débuter début 2020, selon l’ONG.
Ces recours s’appuient sur le principe juridique de la compétence universelle qui permet à un État de poursuivre les auteurs de crimes quels que soit leur nationalité et l’endroit où ils ont été commis. L’Allemagne et la France figurent parmi les rares pays au monde à appliquer ce principe.


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