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Liban

« Partez, pour que nous puissions revenir ! », lancent les Libanais à Paris

Reportage

A Paris, plus de 2.000 personnes se rassemblent en soutien à la « révolution » au Liban.

21/10/2019
« Vendredi, nous étions 10 à la réunion de préparation. Aujourd’hui, nous sommes plus de 2 000 ! ». Ce dimanche midi, la place du Trocadéro est noire de monde. Kulluna lil Watan, entonné par certains manifestants dès le trajet en métro, retentit en chœur face à la Tour Eiffel. Malgré une pluie battante, les Libanais de Paris ont répondu en masse à l’appel à manifester en soutien à la « révolution » au Liban.

« Nous sommes là pour dire aux manifestants au Liban qu’ils ne sont pas seuls, que nous sommes là. Le gouvernement doit démissionner, c’est tout", dit Christelle Tabet, une activiste féministe libanaise de 30 ans, arrivée à Paris il y a à peine un mois. "Ça fait 12 ans que je participe à des manifestations et que j’en organise au Liban ! Alors là, j’étais très frustrée que la révolution ait commencé alors que j’étais à Paris », ajoute-t-elle. Vendredi dernier, la jeune femme est tombée sur un message posté à 3 heures du matin sur un groupe Facebook de Libanais à Paris. Samar Youssef, du blog Une Libanaise à Paris, incite ses compatriotes à agir.

« En tant que Libanaise de la diaspora, privilégiée, je pensais avant que je n’étais pas légitime pour prendre la parole, car on vit loin et on ne vit pas les mêmes souffrances. Mais finalement si, on doit agir, déclare-t-elle, ses cheveux bruns trempés par la pluie. On voit les forets brûler. On voit que notre pays est obligé d’emprunter des canadairs et des hélicoptères à Chypre, là où d’ailleurs les gens doivent aller pour se marier, c’est complètement absurde. Il était trois heures du matin et je me suis dit qu’on ne pouvait pas rester les bras croisés simplement parce qu’on est loin. »

Samar Youssef, qui se dit non politisée et qui n’a jamais organisé de manifestation de sa vie, poste alors le message sur Facebook dans la nuit de jeudi à vendredi. Quelques heures plus tard, à 7 heures du matin, la voici à la préfecture de Paris pour demander une autorisation de manifester. « Je viens de Tyr, et là-bas, les gens ne descendent pas dans la rue d'habitude. Si eux ont pu le faire ces deux derniers jours, on doit le faire aussi », poursuit-elle.

A quelques mètres d’elle, Maurice Beaïno le reconnaît aussi : un mur de la peur a été brisé. « J’ai participé à la lutte anti-syrienne à Beyrouth en 2005, se souvient ce consultant de 36 ans, travaillant entre Paris et Beyrouth. On pensait qu’une fois les Syriens partis, la situation s’améliorerait. Mais ça n’a pas été le cas et franchement, depuis quelques années, j’avais perdu espoir ». Ces jours-ci l’espoir est revenu pour le jeune homme, alors que des drapeaux libanais flottent dans le vent parisien. « Le monde doit savoir que la caste politique est corrompue », dit-il encore. « Ils sont fous ces politiciens ! », peut-on d’ailleurs lire sur une pancarte avec un dessin d’Obélix le Gaulois, ou « votre puanteur est arrivée jusqu’à Paris ! », ou encore « Partez, pour que nous puissions revenir ! ».

Un peu à l’écart de la foule qui scande « révolution », « le peuple veut la chute du régime » et autres slogans fleuris à destination de la classe politique libanaise, se tient Rami Wehbé, venu avec sa femme et ses quatre enfants. « J’ai quitté le Liban en 2004, à cause de la situation. Pour trouver un travail, il fallait que je sois pistonné, explique cet ingénieur de 35 ans. Ici, à Paris, mes enfants sont admis à l’hôpital sans qu’on nous demande si nous sommes riches ou pas. Pourquoi ce n’est pas le cas au Liban ? Parce que des gens s'en mettent plein les poches. Quand on voit ce qui existe ici en France, on se demande pourquoi ça n’existerait pas dans notre pays ? ».


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UN APPEL DU COEUR !

Honneur et Patrie

Lors des bombardements sauvages syriens sut les villes ennemies de Beyrouth et Zahlé en 1981, les Libanais de Paris avaient organisé une manifestation Place de la Concorde. Devant les Chevaux de Marly, un Français s'approche de nous et nous dit d'un ton peu aimable : Cela ne sert à rien de manifester à Paris, allez le faire à Beyrouth !
Depuis cette date, je n'ai participé à aucune manifestation libanaise en France.

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