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Diplomatie

Opération séduction pour Poutine en Arabie

Le président russe doit s’entretenir avec Mohammad ben Salmane à Riyad aujourd’hui, avant de rencontrer Mohammad ben Zayed demain à Abou Dhabi.

Le président russe Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, lors de la Coupe du monde à Moscou, le 14 juin 2018. Pavel Golovniki/Getty Images/AFP

Cela fait douze ans que Vladimir Poutine ne s’était pas rendu en Arabie saoudite. Signe du rapprochement entre les deux pays deux ans après la visite du roi Salmane à Moscou, le président russe sera reçu aujourd’hui à Riyad avant de s’envoler demain pour les Émirats arabes unis. Au menu des discussions : la Syrie, le Golfe, le Yémen ou encore les prix du pétrole.

Prévu de longue date, le déplacement du maître du Kremlin intervient dans un contexte particulièrement agité, suite au lancement de l’offensive turque dans le nord-est de la Syrie mardi dernier dans l’objectif de déloger les forces kurdes des Unités de protection du peuple (PYG), branche syrienne du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et bête noire d’Ankara. Une opération qui n’aurait pas été possible sans l’aval de Moscou, estiment de nombreux observateurs et qui renforce un peu plus le statut de maître des horloges du dirigeant russe dans la région, compte tenu de la volonté des États-Unis de s’en désengager. Vladimir Poutine pourrait à ce titre profiter du climat de doute quant à l’effectivité du parapluie sécuritaire américain au Moyen-Orient, après l’abandon des Kurdes syriens et la non-réponse américaine suite à l’attaque, imputée à l’Iran, contre les installations d’Aramco en Arabie saoudite le 14 septembre dernier.

La Russie cherche ainsi à se présenter comme un allié plus solide que les Américains. Essayant de consolider son assise au Moyen-Orient, la Russie a d’ailleurs présenté un projet de sécurité collective dans le Golfe en juillet dernier, visant à établir une organisation pour la sécurité et la coopération dans la région. La capacité du Kremlin à avoir des contacts diplomatiques avec tout le monde dans la région n’a pas échappé au cours de ces dernières années aux pays du Golfe, qui affichent leur volonté de diversifier leurs relations et leurs intérêts. Le timing de la visite de Vladimir Poutine est d’autant plus opportun pour le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane est isolé par les Occidentaux, depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays en octobre 2018. Signe que le terrain diplomatique entre Moscou et Riyad est fertile en coulisses, Yuri Ushakov, conseilleur de Vladimir Poutine pour les relations étrangères, a précisé jeudi dernier que « le président Poutine et le roi Salmane communiquent régulièrement par téléphone ».



(Lire aussi : L’alliance américano-saoudienne dans la tourmente)



Une ligne entre 2007 et 2019
Ce voyage s’inscrit dans la continuité de l’impulsion donnée à la relation entre Riyad et Moscou lors de la venue en Arabie saoudite de Vladimir Poutine en 2007 pour rencontrer le monarque saoudien de l’époque, le roi Abdallah. Ce déplacement a marqué la première visite officielle d’un dirigeant russe sur le sol du royaume wahhabite. Dix ans plus tard, le roi Salmane rendait la pareille en se rendant en Russie, scellant leur rapprochement par une quinzaine d’accords militaires et stratégiques, dont l’un frayant le chemin pour l’achat du système antiaérien russe S-400.

« On peut tracer une ligne entre 2007, qui était un coup de maître en diplomatie, et 2019 », explique à L’Orient-Le Jour Theodore Karasik, conseiller à Gulf State Analytics, un cabinet de conseil géostratégique basé à Washington. Moscou devrait saisir les opportunités présentées par ce voyage pour évoquer le retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe, enjoignant l’Arabie saoudite de tendre la main à Damas.

Riyad et Moscou entretiennent par ailleurs une coopération étroite sur le plan énergétique alors que la Russie est partenaire de l’OPEP, dont Riyad est un poids lourd. La Russie va œuvrer avec l’Arabie saoudite contre toute « tentative de déstabiliser » le marché pétrolier, a assuré Vladimir Poutine, dans une interview à des chaînes de télévision arabophones, diffusée hier. « Si quelqu’un croit que les actes comme la saisie de pétroliers ou des frappes contre des infrastructures pétrolières pourraient affecter de manière quelconque la coopération entre la Russie et nos amis arabes (...), ils se trompent tous profondément », a déclaré M. Poutine, dont le pays est partenaire de l’Iran en Syrie.La visite de Vladimir Poutine devrait également être fructueuse sur le plan économique alors que 30 contrats et accords devraient être signés, a indiqué Moscou. Kirill Dmitriev, PDG du Fonds d’investissement direct russe, a affirmé jeudi dernier lors d’une conférence téléphonique que « la visite montrera le niveau sans précédent du développement des liens entre la Russie et l’Arabie saoudite dans de nombreux domaines ». Kirill Dmitriev a également précisé qu’une dizaine d’accords devraient être annoncés dans les domaines pétrochimiques, de l’agriculture ou encore des hautes technologies. Selon le Fonds d’investissement direct russe, Riyad a accepté d’investir deux milliards de dollars en Russie, faisant partie d’un engagement saoudien à hauteur de 10 milliards de dollars et dont 2,5 milliards ont déjà été encaissés. Vladimir Poutine doit également participer à un forum d’investissements russo-saoudien devant réunir « la plus grande délégation d’hommes d’affaires russes de l’histoire des relations russo-saoudiennes », a souligné l’institution.

Selon Theodore Karasik, « ce voyage fait aussi partie d’une poussée majeure de la Russie en direction des États du Golfe pour aller en Afrique, juste avant le sommet Russie-Afrique à Sotchi », qui doit se tenir les 23 et 24 octobre courant. Présentant des intérêts économiques et géostratégiques, l’Afrique est en ligne de mire de Riyad et Abou Dhabi qui y ont déjà investi plusieurs milliards de dollars tandis que les Émirats disposent de bases aéronavales en Érythrée et au Somaliland. À l’instar de la Russie, les EAU sont aussi particulièrement actifs en Libye où ils soutiennent tous deux le maréchal Haftar face au gouvernement libyen d’union nationale reconnu par la communauté internationale.


Cela fait douze ans que Vladimir Poutine ne s’était pas rendu en Arabie saoudite. Signe du rapprochement entre les deux pays deux ans après la visite du roi Salmane à Moscou, le président russe sera reçu aujourd’hui à Riyad avant de s’envoler demain pour les Émirats arabes unis. Au menu des discussions : la Syrie, le Golfe, le Yémen ou encore les prix du pétrole....

commentaires (6)

Disait-on que les rencontres entre un clown et un illuminé étaient des rencontres entre un charcutier et un truand ? Hahahaha Travestir l'Histoire ne la rendra pas plus juste , Poutine n'en a que faire des bensaouds , des iraniens ou des syriens , mais pourquoi on se met à l'aimer de Paris à Djeddah de Beijing à Berlin ? Pourquoi le clown "délaisse" t- il au génie les "fruits" qu'il n'arrive pas à consommer sans modération, peut être que le clown commence lui aussi à tomber amoureux du génial Poutine . Amère-risque de déprime !

FRIK-A-FRAK

14 h 22, le 14 octobre 2019

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Commentaires (6)

  • Disait-on que les rencontres entre un clown et un illuminé étaient des rencontres entre un charcutier et un truand ? Hahahaha Travestir l'Histoire ne la rendra pas plus juste , Poutine n'en a que faire des bensaouds , des iraniens ou des syriens , mais pourquoi on se met à l'aimer de Paris à Djeddah de Beijing à Berlin ? Pourquoi le clown "délaisse" t- il au génie les "fruits" qu'il n'arrive pas à consommer sans modération, peut être que le clown commence lui aussi à tomber amoureux du génial Poutine . Amère-risque de déprime !

    FRIK-A-FRAK

    14 h 22, le 14 octobre 2019

  • POUTINE RAMASSE LES FRUITS DELAISSES PAR LE POLICHINELLE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 02, le 14 octobre 2019

  • Quand Poutine vous dira: MBS est un homme bien, au meme titre qu'Assad, on verra tout les moutons des deux cotés de l'hemicycle chanter leurs louanges. Quelle tristesse de voir combien les ideaux s'effritent de nos jours au profit de l'image de 'l'homme fort'. Faute des reseau sociaux? peux etre. Il ne faudra tout de meme pas oublier que la Russie n'est qu'une puissance regionale et a enormement de probleme a regler de son coté, la Russie etant devenue "the junior partner of the Chinese" et ensuite sa se dit NPM looool.

    Thawra-LB

    13 h 48, le 14 octobre 2019

  • Rencontre au sommet entre le coupeur de tetes et l empoisonneur.

    HABIBI FRANCAIS

    11 h 47, le 14 octobre 2019

  • Il est tellement génial qu'on a peur de lui mettre l'œil. Quelle différence avec l'autre là, son rival là qui fait pitié au point où ceux qui l'idôlatraient à ses débuts, prient aujourd'hui de le voir disparaître . LA STRATÉGIE DE POUTINE AU GOLFE ARABE SERA SOIT VOUS VOUS RANGEZ À MOI SOIT VOUS SEREZ BALAYÉ PAR VOTRE ACTUEL PROTECTEUR CLOWN . A CEUX QUI VEULENT ENTENDRE , SALUT !

    FRIK-A-FRAK

    09 h 45, le 14 octobre 2019

  • Sacré Poutine ...Saint Vladimir gagne à tous les coups , admirable chef d'état ! Il faut le suivre aveuglément , on ne sort gagnant qu'avec lui !

    Chucri Abboud

    09 h 16, le 14 octobre 2019