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Moyen Orient et Monde - Entretien express

« Les Irakiens crient leur colère et réclament surtout de la dignité »

Myriam Benraad répond aux questions de « L’OLJ » sur les manifestations en Irak.


Un manifestant faisant le « V » de la victoire en agitant un drapeau irakien, le 1er octobre à Bagdad. Ahmad al-Rubaye/AFP

La tension monte entre les Irakiens et le gouvernement de Adel Abdel Mahdi. Les rues du pays ont été prises d’assaut depuis mardi par la population qui dénonce la corruption des hommes politiques et des conditions de vie déplorables. Myriam Benraad, chercheuse et spécialiste du Moyen-Orient à l’Iremam et auteure de L’Irak par-delà toutes les guerres : idées reçues sur un État en transition (Cavalier Bleu, 2018), décrypte la situation pour L’Orient-Le Jour.


Comment s’explique le timing du mouvement et son ampleur ?

Il y a trois temporalités dans cette contestation sociale. Celle qui est immédiate est liée à la difficile formation du nouveau gouvernement au terme d’une crise politique importante. Il y a eu une forte espérance sociale dans la foulée de la libération des territoires qui étaient sous l’État islamique, mais le bilan du gouvernement, pour le moment, est très décevant. Toutes les promesses faites pour l’amélioration du quotidien des populations, que ce soit dans les provinces sunnites ou chiites, n’ont pas été tenues. La récente mise au ban du général Abdel Wahhab al-Saadi (qui a mené plusieurs grandes opérations pour reprendre des territoires à l’EI et apprécié par la population) par des élites civiles perçues comme incompétentes et corrompues, a également enflammé la situation.

À moyen terme, ces contestations s’inscrivent aussi dans le mouvement né en 2011, dans la foulée des protestations à travers le monde arabe, qui traduisait déjà une demande sociale insatisfaite. Les revendications sont les mêmes : dégradation des conditions de vie, situation sanitaire déplorable, manque de services, problèmes d’alimentation en électricité et de sécurité, etc. À plus long terme, cela est le résultat de la période qui s’est ouverte en 2003 avec la guerre, l’effondrement des institutions de l’État qui ne s’en sont que partiellement relevées.


(Lire aussi : Téhéran accentue encore son emprise sur l’Irak)


Dans quelle mesure ces protestations pourraient-elles être récupérées politiquement par des opposants au gouvernement de Adel Abdel Mahdi ?

Ce n’est pas la première fois que l’on voit des contestations populaires de ce genre, à l’instar de 2011 et 2015. Si le mouvement protestataire est diffus et sans dirigeant clair, il est difficile pour les partis politiques et les coalitions de se réapproprier ce mouvement car il est aussi tourné contre eux. On entend notamment dans les slogans un rejet du communautarisme, du confessionnalisme. Ce dernier élément est considéré comme un instrument aux mains des élites corrompues au pouvoir, qui n’ont pas été capables de prendre en charge la transition et mettre en œuvre les réformes sociales primordiales. Les initiateurs du mouvement, comme ceux qui s’y sont ralliés, ne veulent pas tomber dans le giron d’un parti quelconque. Même s’il y a des tentatives de récupération et d’instrumentalisation, le mouvement vient de la base. À travers ce mouvement, les Irakiens crient leur colère et réclament surtout de la dignité. Une dignité qui, selon eux, est constamment bafouée par un système qui les prive du minimum vital depuis presque deux décennies.

Quelles pourraient être les conséquences pour le gouvernement si le mouvement était amené à grandir ?

Si le système ne se réforme pas et qu’il n’y a pas une amélioration en termes de gouvernance et de services, le mouvement ne pourra prendre que de l’ampleur. Le gouvernement ne va cependant sans doute pas tomber – aucun gouvernement en Irak n’est tombé auparavant – malgré ces protestations populaires. Cependant, il ne va sans doute pas avoir une longue durée de vie au-delà de son mandat. Son bilan sera probablement catastrophique aux prochaines élections, ce qui pourrait déclencher à nouveau une crise politique. Le gouvernement actuel est moins autoritaire et moins répressif que les gouvernements qui ont précédé, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un point de continuité. Le paysage politique n’a plus aucune crédibilité auprès de la population et on pourrait entrer dans une phase qui pourrait s’étendre et devenir une donnée durable de l’équation irakienne. Cela soulève la question de la gouvernabilité de l’Irak, qui a échoué à se reconstruire et à réformer un système politique défaillant. Ces manifestations ne sont pas non plus sans faire écho aux derniers événements qui ont eu lieu en Tunisie, en Égypte et au Liban et qui encouragent les Irakiens.


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La tension monte entre les Irakiens et le gouvernement de Adel Abdel Mahdi. Les rues du pays ont été prises d’assaut depuis mardi par la population qui dénonce la corruption des hommes politiques et des conditions de vie déplorables. Myriam Benraad, chercheuse et spécialiste du Moyen-Orient à l’Iremam et auteure de L’Irak par-delà toutes les guerres : idées reçues sur un État...
commentaires (3)

Les soubresauts d'une politique défaillante au moyen orient , remplacée par des soulèvements à "l'ukrainienne", un peu partout en Russie , en Chine et en Irak en ce moment . Tous les vendredis en pays usurpé à Gaza on tue de sang froid , ça fait 2 ans et demi , personne n'en parle , parce que la souffrance d'un peuple usurpé est paraît il moindre que celle d'un peuple qui réclame sa "dignité ". Si ces jeunes sont en recherche de dignité , les palestiniens pourront leur expliquer ce que cela veut dire en pays usurpé . LA VENGEANCE DES IRAKIENS SUR LES FRAPPES EFFECTUEES SUR LEUR RESISTANCE PAR L'USURPATION NE FERA PAS DEFAUT MEME SI "ON" AGITE PAR REMOTE CONTROL CE GENRE DE MANIF.

FRIK-A-FRAK

11 h 22, le 03 octobre 2019

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Commentaires (3)

  • Les soubresauts d'une politique défaillante au moyen orient , remplacée par des soulèvements à "l'ukrainienne", un peu partout en Russie , en Chine et en Irak en ce moment . Tous les vendredis en pays usurpé à Gaza on tue de sang froid , ça fait 2 ans et demi , personne n'en parle , parce que la souffrance d'un peuple usurpé est paraît il moindre que celle d'un peuple qui réclame sa "dignité ". Si ces jeunes sont en recherche de dignité , les palestiniens pourront leur expliquer ce que cela veut dire en pays usurpé . LA VENGEANCE DES IRAKIENS SUR LES FRAPPES EFFECTUEES SUR LEUR RESISTANCE PAR L'USURPATION NE FERA PAS DEFAUT MEME SI "ON" AGITE PAR REMOTE CONTROL CE GENRE DE MANIF.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 22, le 03 octobre 2019

  • LA DIGNITE SEULE NE REMPLIT PAS LES ESTOMACS !

    LA LIBRE EXPRESSION

    11 h 21, le 03 octobre 2019

  • Apres avoir detruit la Syrie,l Iran s en prend maintenant a l Irak.

    HABIBI FRANCAIS

    10 h 52, le 03 octobre 2019

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