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Ces jeunes qui partent étudier ou travailler à l’étranger comptent-ils rentrer au Liban ?

TÉMOIGNAGES

Ils sont des milliers d’étudiants à prendre la route de l’exil annuellement pour entamer une licence, entreprendre un master ou rechercher un emploi stable. Certains s’établissent définitivement à l’extérieur, d’autres reviennent, de plein gré ou acculés.

05/10/2019

Frustrés, ils sont nombreux à décider de quitter le pays. Leurs objectifs : la poursuite d’études supérieures dans l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de travail ultérieurement, l’obtention d’un travail avec un salaire qui répondrait à leurs compétences, ou tout simplement l’acquisition d’une autre nationalité qui leur ouvrirait de plus larges horizons. Après l’obtention de leurs diplômes ou d’une première expérience professionnelle, ces jeunes comptent-ils retourner au pays du Cèdre ?

« Absolument pas, affirme fermement Anthony Bou Abboud qui a entrepris un master en économie politique internationale à Londres, il y a deux ans, et qui, acculé, a été contraint de retourner travailler au Liban, l’été dernier. L’expérience que j’avais effectuée auparavant au Liban, dans le cadre de mes stages, m’avait complètement découragé. De plus j’ai réalisé que les opportunités et les rencontres que l’on fait dans le cadre du travail sont beaucoup plus intéressantes à l’extérieur, et nous offrent une plus grande ouverture à l’international. » Mélanie Tohmé, actuellement installée à Madrid, étudiante en master de gestion intitulé « expérience client et innovation », affirme qu’elle ne compte absolument pas retourner au Liban, et ferait tout pour rester en Europe et y travailler. « C’est vrai qu’au Liban nous menons une vie beaucoup plus facile, entourés de notre famille, bénéficiant d’un certain confort et d’un luxe que nous n’avons pas en Europe, mais les connexions internationales et les rencontres très importantes que l’on fait dans ces pays-là sont essentielles si l’on veut faire carrière, sans oublier les salaires de loin plus motivants. »

Mais d’autres, à l’instar de Joe Nassar, voudraient bien retourner au Liban une fois diplômés. Ce dernier, qui poursuit actuellement un master en finances à Londres, affirme sans hésiter que son « rêve » est de revenir vivre dans son pays, enviant tous ses copains étrangers qui étudient avec lui à Londres et qui, une fois leur diplôme en poche, peuvent retourner travailler dans leur pays auprès de leur famille. « Au Liban, c’est impossible, à moins d’ouvrir sa propre société, ou de travailler dans la compagnie familiale », estime-t-il.

Tiffany Geara, elle, est retournée travailler au Liban, après avoir complété un master en transport et développement durable chez Renault à Guyancourt. La jeune femme qui détient également une licence en génie civil de l’ESIB, avoue pourtant qu’elle a « adoré sa vie à l’étranger », surtout qu’elle a eu la possibilité d’entreprendre un stage de six mois au Technocentre de Renault à Rouen, où elle a participé dans le cadre de sa recherche à la première expérimentation des véhicules autonomes de demain. « Et là, on constate les opportunités qui s’ouvrent à nous et que, malheureusement, on n’aura jamais au Liban », affirme-t-elle.

Les jeunes et le marché du travail au Liban

Que déplorent  ces jeunes le plus dans le marché du travail au Liban ? « Le manque de professionnalisme dans le travail », « le chaos et le stress au quotidien », mais surtout « la frustration des salaires offerts aux jeunes fraîchement licenciés ». Une vraie insulte à leurs compétences et leurs capacités, assurent-ils à l’unanimité. « On investit des milliers d’euros pour entreprendre des études qui ne sont même pas reconnues à leur juste valeur, s’écrie révoltée Mélanie Tohmé. Pour le même poste et les mêmes responsabilités à l’extérieur, nous sommes nettement mieux payés et certainement plus appréciés. »

Rayan Seif, qui a poursuivi des études à l’École hôtelière de Genève, révèle le salaire que lui a payé l’un des plus prestigieux hôtels de Beyrouth. « 680 dollars, avoue-t-il rageusement, un peu plus que le salaire minimum. Alors que je possède trois langues, l’expérience et le savoir-faire suisses, et plus d’un an de stage dans les plus grands hôtels et restaurants suisses. Rien de tout cela n’a été pris en considération par la direction de l’hôtel. » Idem pour Karim el-Cheikh, qui, avec un diplôme en architecture d’intérieur, s’est vu proposer un poste à 900 dollars le mois. « Comment voulez-vous qu’on s’investisse avec des salaires pareils ? Comment pouvoir bâtir une vie à deux ? » s’indigne-t-il encore.

De retour au pays

Certains sont retournés convaincus, d’autres contraints de le faire ont dû s’y résigner. La raison principale ? « La difficulté d’obtenir un permis de travail pour les ressortissants étrangers n’ayant pas de passeport européen », comme l’affirme Rayan Seif qui a dû quitter le territoire suisse, une fois son diplôme obtenu, ou encore « le manque de connaissance de la langue du pays », souligne Carla Salamoun, qui a entrepris son master en développement du talent et ressources humaines à Madrid et a également dû quitter l’Espagne, faute de parler l’espagnol. Mais d’autres l’ont fait par choix, pour revenir travailler dans la compagnie familiale, à l’instar de Tiffany, qui reprend les rênes de la compagnie paternelle avec des conditions non négligeables, ou Anthony Bou Abboud qui s’est résigné à quitter Londres, travaille à Caritas-Liban, et ne regrette pas son choix.

Beaucoup espèrent encore retourner au pays, à l’instar de Raya Kanaan, qui a entrepris des études en gestion hôtelière à Lausanne et qui, depuis l’âge de 16 ans, rêve d’ouvrir sa boutique hôtel au Liban. « Je sais que, pour l’instant, c’est un projet irréalisable à cause de la situation économique du pays, mais j’ai toujours espoir dans le Liban, et je ne suis pas la seule. » 



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