Selon l’édition 2017 du rapport national sur la drogue, les drogues les plus saisies au Liban sont la cocaïne, le Captagon et l’ecstasy. Photo tirée de la page Facebook de l’armée libanaise
Les troubles liés à consommation de substances psychoactives constituent un sérieux problème de santé publique. En fait, non seulement ils ont un impact sur les consommateurs de ces substances et leurs familles, mais ils ont aussi des répercussions sur la société en raison des coûts liés aux soins de santé et à la baisse de la productivité.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 271 millions de personnes – soit près de 5,5 % de la population mondiale âgée entre 15 et 64 ans – ont consommé des substances illicites au moins une fois en 2016. De plus, environ 35 millions de consommateurs de drogues souffrent des troubles liés à ces substances. Toujours selon l’agence onusienne, l’usage de drogues a causé la mort de près de 585 000 personnes en 2017. L’OMS définit l’abus de substances comme « une consommation néfaste et dangereuse de substances psychoactives, comme l’alcool et les drogues illicites qui peuvent mener à une dépendance ». « Les troubles liés à la consommation des substances surviennent lorsque le recours récurrent à ces produits entraîne une détérioration significative de l’état de santé, un handicap et une incapacité à assumer ses responsabilités au travail, à la maison ou dans les études », estime l’OMS.
Le Liban n’est pas en reste de ce fléau dont l’ampleur n’est pas bien définie, en l’absence de chiffres officiels. Des études ont toutefois été menées dans ce cadre. Dans son numéro d’août du Bulletin de surveillance épidémiologique au Liban (Lebanese Epi-Monitor), rendu public hier, le bureau de l’OMS à Beyrouth cite plusieurs de ces travaux. Ainsi, selon une étude menée en 2008, la prévalence des troubles liés à la consommation de substances psychoactives au cours de la vie frôle les 2,2 %. Une autre étude effectuée sur des personnes âgées entre 13 et 17 ans et publiée en 2017 a conclu que 3,6 % de ces jeunes consomment ou ont déjà essayé des produits illicites.
Toujours selon les chiffres rapportés dans le Bulletin de l’OMS, les hommes étaient plus susceptibles de consommer de la drogue que les femmes (5,8 % contre 1,7 %). De plus, 74 % des élèves ayant signalé avoir déjà essayé la drogue ont confié l’avoir fait la première fois avant l’âge de 14 ans et 12 % ont affirmé avoir eu accès à des substances illicites, principalement le cannabis. Selon l’édition 2017 du rapport national sur la drogue, les drogues les plus saisies sont la cocaïne, le Captagon et l’ecstasy.
La publication de ce bulletin coïncide avec les mesures judiciaires prises la semaine dernière par le juge d’instruction du Liban-Nord, Dany Zeenny, contre cinq écoles à Beyrouth et dans sa périphérie, au voisinage desquelles des écoliers sont suspectés d’avoir vendu de la drogue. Quatre élèves libanais et cinq autres tunisiens avaient été arrêtés pour trafic de drogue.
(Lire aussi : Jabak appelle les hôpitaux à ne pas signaler les cas d’overdose)
Suspension des poursuites pénales
L’OMS a rappelé que le Liban avait déjà promulgué une loi en 1998 conformément à laquelle les poursuites pénales sont suspendues à l’encontre d’une personne toxicomane, si elle réclame son droit au traitement et demande une aide médicale. Une commission des toxicomanies a été formée au ministère de la Justice comportant des représentants des différents ministères concernés, de la Société libanaise de psychiatrie et des ONG œuvrant pour la sensibilisation et la lutte contre la toxicomanie. Selon cette commission, à ce jour, 1 045 patients ont été dirigés vers des hôpitaux dont 785 ont été traités avec succès. Les 260 autres sont toujours sous traitement.
Par ailleurs, le Liban a introduit en 2011 les traitements de substitution aux opiacés. Selon le ministère de la Santé publique, 2 170 patients en ont bénéficié à ce jour. Plus encore, un observatoire national des drogues et des toxicomanies a été formé et a publié son rapport en 2017. Le ministère de la Santé publique a également lancé sa stratégie interministérielle pour la gestion de l’addiction 2016-2021.
Sur une note plus sombre, une étude récente a montré que les personnes qui ont des problèmes d’addiction « ont peur de rechercher une aide médicale craignant d’être poursuivis ». Par conséquent, le ministère de la Santé publique a publié en 2016 une circulaire appelant les directions des hôpitaux à ne pas alerter les Forces de sécurité intérieure (FSI) en cas d’admission dans les établissements hospitaliers d’une personne en overdose. Ce même appel a été réitéré par le ministre de la Santé Jamil Jabak, il y a un mois à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation à l’overdose, fixée au 31 août. De son côté, la ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan a adressé une lettre à la direction générale des FSI l’invitant à communiquer la circulaire du ministère de la Santé à ses agents concernés.
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