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Nos lecteurs ont la parole - Par Georges Boustani

L’Europe dite chrétienne, l’islam et la tolérance

Depuis la fin du XXe siècle, l’Europe est durement touchée par un terrorisme provoqué par des mouvements islamistes radicaux. Plusieurs attentats ont eu lieu et ont provoqué des milliers de morts et des destructions massives. Dans ce contexte, l’islamophobie se propage dans plusieurs milieux européens qui considèrent que l’extrémisme islamique trouve ses origines dans la foi de la religion musulmane, et que cette radicalisation extrémiste est alimentée par des textes religieux, ajoutant à cela la doctrine chrétienne et les paroles de Jésus sur l’amour du voisin, pour induire que l’Europe chrétienne est une civilisation de paix, d’amour, et que l’islam est la religion de la violence et du refus, de par sa constitution.

Le but de cet article est de revenir à l’histoire de l’Europe chrétienne et du monde islamique pour voir laquelle des deux civilisations a été plus tolérante envers la différence religieuse.

Du côté occidental, les juifs ont subi les terreurs, dès la première croisade (1096 à 1099), accusés d’être responsables de la mort du Christ. Les persécutions des juifs commencent à grande échelle, et plusieurs épisodes se succèdent jusqu’au XXe siècle lorsque plusieurs communautés ont été contraintes de vivre en ghetto. De 1274 à 1791, les juifs du pape vivaient dans le Comtat venaissin et à Avignon, renfermés dans des « carrières » sous la surveillance du pape et sa protection et dans des conditions humiliantes. Le but du pape n’était pas de sauver la communauté, mais de la garder comme « peuple témoin » à la crucifixion de Jésus. C’était la seule communauté juive autorisée en France. Au début des années 1290, des juifs en Suisse sont accusés à tort de meurtre rituel, puis de la peste noire, ce qui a mené à l’expulsion de plusieurs juifs, dès 1349, de Suisse.

En 1492, les juifs sont expulsés de l’Espagne, avec les musulmans, par les royaumes chrétiens, alors qu’ils cohabitaient historiquement en paix avec les musulmans et les chrétiens sous la domination musulmane en Andalousie. Une partie d’entre eux a été bien accueillie par les Ottomans musulmans. La dernière persécution date de la Shoah qui a été organisée par les Nazis de 1933 à 1945. Le sort des juifs de l’Europe orientale n’était pas mieux, surtout en Lituanie et les pogroms russes. L’histoire témoigne de l’atrocité des croisés envers les autres religions.

Concernant le monde islamique, l’expansion de l’islam contre l’Empire romain d’Orient a démarré de la péninsule arabe pour occuper entre 636 et 698 la Palestine, la Syrie, l’Égypte et l’Afrique du Nord. À l’inverse de la croyance populaire, cette expansion était pacifique envers les citoyens des pays occupés, et les envahisseurs n’avaient pas l’intention d’imposer leur propre religion. L’islamisation des territoires conquis s’est déroulée à des vitesses variées. Les chrétiens et les juifs restaient majoritaires, jusqu’à un peu plus de 300 ans, sous le règne islamique. Le statut des chrétiens et juifs était protégé par la loi islamique et ils étaient autorisés à conserver leur foi en tant que « gens du Livre ». Cependant, ils devaient payer des taxes spéciales qui leur donnaient droit à la protection de l’État. Il n’y avait aucune restriction sur leur activité économique et ils occupaient les meilleurs postes dans l’administration. De plus, ils ne vivaient pas dans des ghettos et ils n’ont subi aucun déplacement démographique majeur, ni des persécutions, comme cela a été le cas des juifs en Europe.

Cette coexistence pacifique entre les communautés religieuses et l’État islamique n’a pas toujours eu lieu. En effet, il y a eu des périodes courtes d’obscurantisme, comme durant les règnes du calife omeyyade Omar ibn Abd al-Azīz (717-720) et du calife Abbasside Jafar al-Mutawakil (847-861) qui ont imposé plusieurs lois discriminatoires envers les chrétiens et les juifs. Le plus sanglant était le calife fatimide al-Hakim bi-Amr Allah (996-1020) qui a suivi une politique contradictoire envers les « gens du Livre ». Avant 1014, il a détruit des églises en Égypte et en Palestine sans même épargner la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem et a aussi pris des mesures humiliantes contre les chrétiens et juifs. Cependant, après 1014, il a changé radicalement sa politique et est devenu le protecteur des chrétiens et juifs et a encouragé la construction de plusieurs églises.

La période des Mamelouks (1250-1517) a aussi été dure pour les « gens du livre » qui ont subi une sorte de vengeance pour la collaboration d’une partie des chrétiens avec les croisades. La grande partie de la conversion du christianisme à l’islam se déroulait au cours de ces périodes lorsque petit à petit, les musulmans deviennent majoritaires. Il faut mentionner que les persécutions des maronites aux VIIe et VIIIe siècles étaient commises par les chrétiens de Byzance, ce qui a causé leur exode au Liban et à Alep pour se protéger chez les musulmans.

La période ottomane était plutôt tolérante envers les autres religions, parce que la plupart des sultans ottomans avaient des mères chrétiennes de l’Europe orientale. Malgré le fait que les chrétiens et juifs étaient considérés comme de classe inférieure par rapport aux musulmans, ils s’organisaient en différentes communautés confessionnelles appelées millet, dotées d’une relative autonomie administrative et d’un pouvoir religieux. Cela leur a permis de s’épanouir culturellement, socialement et économiquement. Un grand nombre d’entre eux ont pu s’enrichir et leur nombre pendant la période ottomane s’était multiplié par quatre, alors que les musulmans avaient augmenté de 30 %.

Au XIXe siècle sous les Ottomans, plusieurs réformes ont eu lieu, connues sous le nom de « tanzimat de 1839 et 1856 ». Ces réformes s’achevèrent en 1876 et avaient pour objectifs : centralisation administrative, modernisation de l’appareil étatique, occidentalisation de la société et le plus important, la garantie de l’égalité entre tous les citoyens ottomans sans distinction de religion. Cela a permis aux non-musulmans d’entrer dans la fonction publique et de s’inscrire dans les écoles publiques tant militaires que civiles. Mais les résultats n’étaient pas toujours au niveau de l’espérance, car plusieurs émeutes communautaires se sont propagées, menées par certains musulmans qui refusaient de perdre leurs privilèges.

Le massacre des Arméniens par les Ottomans en 1915 était plus ethnique que religieux et l’un de ses buts était la turquification de l’Anatolie. Les Jeunes-Turcs (Comité union et progrès) qui gouvernaient l’Empire ottoman à l’époque étaient un parti politique nationaliste révolutionnaire et réformateur ottoman. Leur doctrine était inspirée par les mouvements nationalistes occidentaux qui sont contre l’idée de base de l’islam, unificateur de toutes les ethnies sous l’islam.

Le comportement des peuples envers l’autre ne dépend pas seulement de leurs croyances religieuses, mais de plusieurs facteurs complexes.

Georges BOUSTANI

Architecte D.P.L.G.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Depuis la fin du XXe siècle, l’Europe est durement touchée par un terrorisme provoqué par des mouvements islamistes radicaux. Plusieurs attentats ont eu lieu et ont provoqué des milliers de morts et des destructions massives. Dans ce contexte, l’islamophobie se propage dans plusieurs milieux européens qui considèrent que l’extrémisme islamique trouve ses origines dans la foi de la religion musulmane, et que cette radicalisation extrémiste est alimentée par des textes religieux, ajoutant à cela la doctrine chrétienne et les paroles de Jésus sur l’amour du voisin, pour induire que l’Europe chrétienne est une civilisation de paix, d’amour, et que l’islam est la religion de la violence et du refus, de par sa constitution.Le but de cet article est de revenir à l’histoire de l’Europe chrétienne et du monde...
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