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"Zone de sécurité" en Syrie : un objectif réaliste ?

Questions-Réponses

Même si la Turquie ne cesse d'insister qu'elle doit être mise en place avant fin septembre, de nombreuses questions demeurent sur ses contours et sur l'utilisation qui en sera faite.

OLJ/Luana Sarmini-Buonaccorsi/AFP
29/09/2019

Ankara et Washington se sont mis d'accord en août sur la création d'une "zone de sécurité" dans le nord de la Syrie. 
Même si la Turquie ne cesse d'insister qu'elle doit être mise en place avant fin septembre, de nombreuses questions demeurent sur ses contours et sur l'utilisation qui en sera faite. 

Qu'est-ce que cette "zone de sécurité"?

Le président turc Recep Tayyip Erdogan appelle de ses voeux une zone longue de 480 kilomètres, et large d'une trentaine de kilomètres, selon une interview accordée à la presse turque à son retour de l'Assemblée générale de l'ONU cette semaine.
Son homologue américain Donald Trump a lui aussi évoqué une profondeur équivalente. Mais les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont plutôt évoqué une zone de cinq kilomètres de profondeur, voire jusqu'à neuf et 14 kilomètres à certains endroits entre Ras al-Aïn et Tal Abyad.
Le principal argument avancé par M. Erdogan est la nécessité pour Ankara de créer une zone tampon entre sa frontière et les territoires aux mains de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), fer de lance des FDS, considérée par la Turquie comme un "groupe terroriste" mais alliée des Etats-Unis.
Outre cet argument, M. Erdogan a insiste ces dernières semaines sur la possibilité d'y renvoyer jusqu'à 3 millions de réfugiés, vivant actuellement en Europe ou en Turquie (où ils sont environ 3,6 millions). Pour cela, il appelle à ce que cette zone soit étendue jusqu'à Raqqa et Deir ez-Zor, plus au sud en territoire syrien.


(Pour mémoire : La Turquie se dit prête à une opération en Syrie)



Cette zone verra-t-elle vraiment le jour?  

"Atteindre un accord acceptable à la fois par la Turquie et les YPG s'est révélé difficile. Leur revendications centrales semblent irréconciliables", estime Dareen Khalifa, analyste à l'International Crisis Group.
Les forces kurdes ont commencé fin août à se retirer de la frontière turque, avec notamment l'élimination de monticules de terre et le retrait de certaines unités des YPG.
Pour l'instant, les armées turques et américaines ont effectué deux patrouilles conjointes dans le nord-est de la Syrie, avec l'objectif de démonter des fortifications des YPG. "Toutefois, les Etats-Unis ont été très clairs sur le fait qu'ils n'ont pas approuvé d'accord qui impliquerait le rétablissement involontaire de Syriens dans cette zone", poursuit Mme Khalifa.

Pour Hasan Ünal, de l'Université de Maltepe, Ankara et Washington peinent également à se mettre d'accord. "Il ne semble pas y avoir d'accord clair et net entre les deux parties, et le compromis semble, pour dire le moins, fragile", explique-t-il. De plus, remarque l'analyste, M. Erdogan est revenu de New York sans avoir obtenu d'entretien avec M. Trump, donc, en quelque sorte, "les mains vides".
Il a pourtant martelé ces dernières semaines que si la "zone de sécurité" n'était pas mise en place avant fin septembre, la Turquie prendrait les choses en main, quitte à lancer une opération militaire dans le nord-est de la Syrie.
Ce serait la troisième menée en Syrie depuis 2016 par les forces turques, qui soutient l'opposition syrienne. Début 2018, elles ont notamment pris le contrôle d'Afrine, l'un des trois cantons de la région "fédérale" kurde autoproclamée en 2016.


(Lire aussi : Treizième veto russe, l'ONU se déchire à nouveau sur la Syrie)


 

Est-il possible d'y installer jusqu'à 3 millions de Syriens? 

Pour l'expert de la Syrie Fabrice Balanche, "il n'est pas possible d'envoyer 3 millions de personnes dans cette zone, où les zones habitables sont réduites puisque la majorité de l'espace est semi-désertique". Cependant, dans un projet présenté d'après les médias turcs à ses homologues lors de l'Assemblée générale de l'ONU, M. Erdogan a prévu la construction de villages et de villes pouvant accueillir un million de personnes.

"L'objectif d'Erdogan semble être de créer une +ceinture arabe+ pro-turque à la frontière turque par l'élimination des Kurdes de cette région", estime M. Balanche. D'après lui, la région compte actuellement 2,5 millions d'habitants, dont un peu plus d'un million de Kurdes, surtout installés près de la frontière turque.
"Si Erdogan veut installer les réfugiés à la frontière, quelques centaines de milliers voire un million, il va dissoudre la population kurde", affirme le chercheur.
Hasan Ünal souligne également le problème des terrains sur lesquels la Turquie a prévu de construire qui "appartiennent probablement à quelqu'un d'autre".
De plus, reste la question de qui voudra habiter ces complexes immobiliers.  Pour M. Balanche, "seuls les quelques centaines de milliers de personnes qui sont originaires de cette région pourraient y retourner à condition que les conditions économiques et sécuritaires soient rétablies". Et si la Turquie ne trouve pas un à trois millions de volontaires, le droit international n'autorise pas les retours forcés.


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HABIBI FRANCAIS

Une bande de gaza bis pour entasser les pauvres syriens.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OBJECTIF REALISTE S,IL ETAIT AVEC L,ACCORD DE LA SYRIE. DEUX ETATS ETRANGERS NE PEUVENT PAS AMPUTER UN PAYS D,UNE PARTIE SANS SON ACCORD.

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