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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Un scrutin présidentiel sous haute tension en Afghanistan

Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah sont une nouvelle fois les deux favoris de l’élection.


Un soldat afghan dans les rues de Kaboul, hier. Omar Sobhani/Reuters

C’est le match retour de 2014 : Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah sont une nouvelle fois les deux favoris de la présidentielle afghane qui aura lieu aujourd’hui. Le climat sécuritaire s’est toutefois globalement dégradé au cours de ces cinq dernières années. L’actuel président et son Premier ministre s’affrontent alors que les États-Unis ont annoncé récemment la rupture de leurs négociations avec les talibans qui devaient conduire, à terme, au retrait des troupes américaines et à l’intégration politique de cette milice islamiste sunnite, qui contrôle aujourd’hui de vastes territoires à travers le pays et multiplie les attentats. L’ombre des talibans plane sur cette élection alors que, depuis leur renversement par les États-Unis en 2001, leur emprise sur le pays n’a jamais été aussi forte.

Avant même l’abandon des pourparlers, les talibans avaient juré, dans un communiqué du 6 août dernier, de perturber le déroulement de l’élection. Dénoncée comme une « comédie » orchestrée depuis l’étranger, cette élection n’a pas plus de légitimité à leurs yeux que le gouvernement de Kaboul, accusé d’être une « marionnette occidentale ». La milice a exhorté la population à éviter les rassemblements électoraux et les bureaux de vote. Le 17 septembre, une explosion à un meeting du président sortant, Ashraf Ghani, avait tué plusieurs dizaines de personnes. Le même jour, une attaque sur une base militaire de l’armée afghane avait fait 22 victimes. En ce mois de septembre, plus de 150 personnes ont péri dans des attaques afghanes, américaines et talibanes.

L’Afghanistan a déployé plus de 100 000 soldats et policiers pour protéger les bureaux de vote. Mais dans de vastes régions du pays contrôlées par les talibans et le groupe État islamique, le vote n’aura pas lieu : environ 1 500 bureaux de vote seront fermés car les forces de sécurité ne pourront pas y assurer la sécurité.


(Pour mémoire : Double attentat pendant la campagne électorale : au moins 48 morts)

Participation

Outre les deux favoris, seize autres personnalités politiques sont en lice. Parmi elles, on trouve le seigneur de guerre Gulbuddin Hekmatyar, surnommé le « boucher de Kaboul », sobriquet qu’il doit à son implication présumée dans les massacres de milliers de civils pendant la guerre des années 1990. Ahmad Wali Massoud, frère du célèbre commandant Ahmad Shah Massoud, est lui aussi candidat. Ashraf Ghani dispose de moyens logistiques et de ressources financières supérieures à celles de la plupart des candidats.

« Alors que beaucoup pensaient que l’élection présidentielle n’allait pas avoir lieu, M. Ghani est le seul à avoir pleinement mené sa campagne, espérant qu’une victoire le légitimerait à reprendre les pourparlers de paix », affirme à L’OLJ Thomas Ruttig, codirecteur du Réseau d’analystes de l’Afghanistan (Afghanistan Analysts Network, AAN). Car c’est une nouvelle fois le grand enjeu de ce scrutin : celui qui sera élu aura la lourde tâche d’essayer de redonner vie aux négociations de paix avec les talibans. Le faible taux de participation électorale pourrait toutefois contribuer à décrédibiliser le vainqueur. Seulement 9,6 millions des 35 millions d’électeurs, soit environ 27 % de la population, sont inscrits sur les listes électorales. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont peur d’aller voter. En Afghanistan, le doigt de l’électeur est marqué à l’encre indélébile, afin d’éviter que celui-ci ne vote deux fois. Or lors des élections de 2014, les talibans ont sectionné des doigts.

« La légitimation que tentent de s’arroger les candidats ne peut résulter que d’un scrutin acceptable, si ce n’est libre, équitable et accessible à tous. Les institutions et la culture politique afghane sont trop faibles pour permettre de telles conditions. Le futur gouvernement sera fragile, marqué par un déficit de crédibilité. Il restera dépendant du soutien militaire et financier de l’étranger », estime Thomas Ruttig.



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