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Liban

Melhem Riachi : Bassil devrait se souvenir d’Austerlitz !

Entente
20/09/2019

Melhem Riachi n’est plus ministre de l’Information, mais il est toujours dans les arcanes politiques. Ayant été avec le président de la commission parlementaire des Finances Ibrahim Kanaan l’un des principaux artisans de ce qu’on a appelé « l’entente de Meerab », conclue le 18 janvier 2016 et qui avait été à la base du soutien des Forces libanaises à la candidature du fondateur du Courant patriotique libre, Michel Aoun, à la présidence de la République, on aurait pu le croire aujourd’hui démotivé, voire déprimé. Bien au contraire : aujourd’hui, il est prêt à reprendre du service pour maintenir vivace l’esprit de cette entente. C’est dans une pâtisserie où il a ses habitudes que Melhem Riachi donne la plupart de ses rendez-vous. Mais il choisit un coin calme pour parler de l’entente de Meerab et de la possibilité de la sauver.

« C’est vrai qu’aujourd’hui, commence-t-il par dire, nous avons l’impression d’être revenus au point de départ, mais cela ne signifie pas qu’on ne peut rien faire. Au contraire, c’est maintenant qu’il faut agir ! »

Melhem Riachi fait ainsi allusion au fait qu’après des négociations qui ont duré des mois (il était le représentant du chef des Forces libanaises Samir Geagea), l’entente de Meerab a été officialisée avant l’élection présidentielle qui a eu lieu le 31 octobre 2016. Autrement dit, le candidat Michel Aoun ne l’aurait, selon lui, acceptée que dans l’objectif d’obtenir les voix des FL pour la présidence. Le ministre Gebran Bassil pourrait donc être tenté de rééditer l’expérience en relançant cette entente juste avant la nouvelle échéance présidentielle. Toutefois, à ses yeux, ce scénario ne peut plus marcher, car les FL ne se laisseront plus faire.

Pour l’ancien négociateur, dont toutes les parties saluent la diplomatie, il ne fait donc aucun doute que c’est le chef du CPL Gebran Bassil qui a violé les points de l’accord. Selon lui, le président Aoun et Samir Geagea sont comme des frères ennemis : ils se connaissent depuis longtemps, se sont battus l’un contre l’autre, mais finalement leur histoire commune a construit entre eux des liens. Ce qui n’est pas le cas avec le ministre des Affaires étrangères avec qui il faut de nouveau construire la confiance. Pour Melhem Riachi, c’est clair, il faut que Gebran Bassil change d’attitude et de comportement pour que l’on puisse rétablir les ponts coupés.

Cela l’attriste beaucoup de voir où en sont aujourd’hui les relations entre les deux formations chrétiennes. « Je ne dis pas cela en me basant sur ce qui se passe sur les réseaux sociaux, où chacune des formations possède son armée électronique. Mais je pense plutôt au climat général, qui au lieu de s’assainir se couvre de plus en plus. Le passé revient en force et s’impose au présent, ravivant les blessures et portant un coup à la réconciliation que nous avions eu du mal à réaliser. »


(Pour mémoire : Entre le CPL et les FL, rien ne va plus...)

Les « petites guéguerres »

Selon lui, c’est le chef du CPL qui porte la plus grande responsabilité dans la situation actuelle. S’il est vrai que lorsqu’un accident de voiture se produit, l’expert qui arrive sur les lieux ne fait jamais porter la responsabilité sur une seule partie, l’une des deux est néanmoins toujours plus responsable que l’autre. D’abord, parce que le CPL et son fondateur sont aujourd’hui au pouvoir et qu’ils ont donc davantage de moyens et de possibilités de tolérer et d’absorber les comportements des autres. Ensuite, parce qu’au final, en janvier 2016, c’est Samir Geagea qui a fait le plus grand pas en annonçant sa décision de voter en faveur de la candidature de Michel Aoun à la présidence. « En refusant d’adopter la candidature de Sleiman Frangié, il a permis à Aoun d’arriver à Baabda fort des voix chrétiennes », souligne Melhem Riachi, qui reconnaît toutefois que Michel Aoun aurait été élu avec ou sans ces voix. Mais celles-ci lui ont tout de même donné un poids supplémentaire sur la scène chrétienne.

« Malheureusement, confie-t-il, ils sont en train de donner la priorité aux petites victoires, aux dépens de la stratégie. Chaque fois que je rencontre le chef de l’État, je lui dis cela... » Il précise sa pensée : « Nous avons gagné une grande bataille avec la réconciliation entre le CPL et les FL et nous la détruisons pour de petites guéguerres ! »

Pour Melhem Riachi, grâce à leur entente, le CPL et les FL avaient réussi à obtenir 16 ministres choisis par eux dans le premier gouvernement du mandat Aoun, c’est-à-dire la moitié plus un des ministres. « C’est comme s’ils avaient redonné aux chrétiens leurs prérogatives de la Première République, sans avoir eu besoin d’amender les textes. » Or cet acquis a été bradé à cause de la lutte intestine menée actuellement et qui a un impact désastreux sur tous les chrétiens. « Lorsqu’en 2016, j’avais lancé le slogan “Fais attention à ton frère”, je l’avais fait en connaissance de cause, sachant que dans chaque maison chrétienne, il y a des partisans de Michel Aoun et d’autres des Forces libanaises. L’affaire de Qabr Chmoun a hélas montré que les chrétiens sont de nouveau soumis aux équations sunnite et chiite. »

Mais pourquoi en est-on arrivés là? Selon Melhem Riachi, le président Aoun aurait dû rééditer le scénario de l’ancien président Élias Sarkis avec Bachir Gemayel. Avant un rendez-vous avec le vice-président syrien de l’époque Abdel Halim Khaddam, raconte-t-il, Élias Sarkis avait demandé à Bachir Gemayel de monter au palais en treillis. Cette « complicité positive » avait largement contribué à sauver le pays... Michel Aoun, lui, a préféré combattre Samir Geagea plutôt que de conjuguer ses forces avec lui.



(Lire aussi : Geagea : Le mandat Aoun n’a pas été à la hauteur de nos attentes)


Une crise de confiance

« Bien entendu, en concluant l’accord de Meerab, précise Melhem Riachi, Samir Geagea avait en tête un partage du pouvoir, ce qu’il appelle “power share”. D’ailleurs, le point “z” de l’accord de Meerab, qui porte toutes les signatures en bas de page, prévoit la formation d’une équipe de travail commune entre le CPL et les FL pour coordonner les actions du mandat et ses politiques, selon les points de vue des deux parties. »

Or, pour l’ancien négociateur, après la formation du premier gouvernement dans lequel les FL avaient obtenu trois ministres et un allié (Michel Pharaon), le chef du CPL a entamé à leur encontre une politique d’exclusion. Il rejette les accusations portées par le CPL sur le fait que les ministres FL ont systématiquement cherché à détruire leurs collègues aounistes. « Ils ont critiqué, dit-il, quand il fallait le faire. Mais ils avaient toujours la main tendue et c’est le CPL qui la refusait... Ce qu’il continue de faire aujourd’hui. » Selon lui, la coopération entre les deux formations est existentielle pour les deux. « Samir Geagea a toujours la main tendue. Mais c’est Gebran Bassil qui doit choisir s’il veut la saisir ou non » , ajoute-t-il.

Melhem Riachi reconnaît qu’il y a désormais une crise de confiance entre les deux parties, « mais la situation n’est pas irréparable. Il faut seulement de la bonne volonté et le respect des engagements ».

Il conclut en lançant : « Le problème avec Gebran Bassil, c’est qu’il ne voit que la victoire. Il ne cherche pas à penser au jour d’après. Alors que c’est le plus important. » Melhem Riachi rappelle aussi qu’il ne faut jamais se sentir trop fort. « À Austerlitz, l’armée de Napoléon était considérée comme la plus faible comparée à celle des deux autres empereurs (russe et autrichien). C’est pourtant elle qui a gagné... »


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES INEPTIES ET LES COUPS BAS GENDRISSIMAUX !

LA VERITE

POURQUOI CE SECRET DANS LE DEAL DE MERAAB?

PUBLIEZ LE ET LE PEUPLE ( ET DU MOINS LES CHRETIENS ) JUGERONT QUI A TRAHI QUI

ET QUI DEVRA LE PAYER AUX PROCHAINES ELECTIONS

MAINTENIR CE FLOU EST NEFASTE

Marionet

Bonne idée d'avoir donné la parole à MR. Il parle sans langue de bois et soulève un coin du voile du deal FL/CPL.

Amère Ri(s)que et péril.

Très intéressante interview qui ne donne pourtant pas le beau rôle à Bassil .

Je trouve Melhem sympa dans son analyse , pondéré attendant peut être son heure .

Cela ne rend pas Bassil plus antipathique, vous savez, j'ai appris une chose qui avait interpelé ma conscience, c'est quand on m'avait invité à visiter le Liban non-chiite , pour que je me rende compte combien le hezb libanais de la résistance était détesté ou rejeté, je pense que Melhem vient de me donner une idée de ce qui se pense dans ce Liban nouveau, c'est nous dit il , un peu comme
"sunnite-chiite" , en pays chrétien .

Cela ne m'empêchera pas d'y aller de visu renforcé par ce témoignage.

Bon week-end Scarlett et permettez moi une bise affectueuse sur chaque joue.

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