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Économie - Situation financière

Notations de Fitch et S&P pour le Liban : conséquences et réactions

Plusieurs responsables libanais ont commenté les deux rapports publiés vendredi soir par deux des trois principales agences de notation financières américaines.

Le président Michel Aoun à Beiteddine samedi. Photo Dalati et Nohra

Publiés vendredi soir, les rapports de Fitch et Standard & Poor’s, deux des trois principales agences de notation financières américaines avec Moody’s, ont un peu plus mis en exergue la fragilité de la situation financière du Liban.

Si S&P a décidé de maintenir la note du pays du Cèdre à « B- » avec perspective « négative », Fitch a, pour sa part, décidé de dévaluer ses obligations, désormais notées « CCC » (les perspectives ne s’appliquent plus dans cette catégorie de notes, selon la nomenclature de l’agence). Fitch rejoint ainsi Moody’s, qui avait déclassé en janvier dernier la note souveraine du pays d’un cran, à « Caa1 » avec perspective « stable ».



Secteur financier protégé
Les conséquences de la dégradation de Fitch devraient rester limitées à court terme. Le 16 août, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé avait assuré avoir pris les devants en menant des actions permettant de « protéger le secteur financier » et la livre – arrimée au dollar depuis 1997 – face à la perspective d’une dégradation. Si la décision de Fitch, combinée avec celle de Moody’s, devrait avoir pour effet de rabaisser le ratio de solvabilité des banques libanaises de 16 % à environ 12 %, ces dernières resteront toutefois conformes à la réglementation de Bâle III, qui impose un ratio de fonds propres d’un minimum de 10,5 %. Les banques libanaises sont en effet les principales détentrices avec la Banque centrale de la dette publique, qui a atteint 85,73 milliards de dollars à fin juin (+3,4 % en rythme annuel).

Selon un expert financier anonyme contacté samedi par L’Orient-Le Jour, « les banques auront toutefois besoin de se recapitaliser et le feront sans doute en gardant les dividendes dans leur bilan en bénéfices non répartis », soit en termes comptables, des bénéfices qui demeurent à l’intérieur de l’entreprise. Toujours selon cet expert, les établissements bancaires devraient également continuer de réduire leurs portefeuilles de prêts – les crédits octroyés au secteur privé ont atteint 56 milliards de dollars à fin juin, soit une baisse annuelle de 6 % – toujours pour optimiser leur ratios de solvabilité. Une stratégie qui devrait impacter un peu plus une croissance déjà moribonde et dont le gouverneur de la BDL a estimé qu’elle avait été « nulle » au premier semestre. Enfin, le déclassement des obligations libanaises par Fitch ne devrait en outre avoir que peu ou pas d’effet sur les prix des titres de dette émis par l’État en devises (les eurobonds), qui ont déjà été ajustés dans le sillage de la dégradation de Moody’s.



Budget 2019 peu convaincant
De fait, la décision de Fitch, comme les critiques formulées par S&P, sonnent surtout comme un ultime avertissement pour les dirigeants libanais. Ces derniers s’étaient engagés lors de la conférence de Paris d’avril 2018 (la CEDRE) à lancer d’importantes réformes pour juguler la dette du pays, restructurer l’économie et assainir la gouvernance. Mais près d’un an et demi après, les chantiers en cours – adoption au printemps du plan de réforme pour l’électricité, vote du budget 2019 en juillet, principalement – n’ont pas permis de rassurer les agences de notation quant à la capacité du pays à atteindre les objectifs fixés lors de la CEDRE – notamment la réduction du déficit public d’un point par an pendant cinq ans.

« La réaction de Fitch démontre que les mesures adoptées dans le budget 2019 sont peu convaincantes et que les dirigeants doivent redoubler d’efforts pour réduire les dépenses publiques, et ce dès 2020 », a commenté samedi pour L’Orient-Le Jour le directeur du département de recherche de la Byblos Bank, Nassib Ghobril. « Les priorités du pays sont claires depuis longtemps et il est regrettable qu’on en soit arrivé à ce point », se désole-t-il, citant par exemple la nécessité d’améliorer la gouvernance ou de lutter contre la corruption (qui a coûté 5 milliards de dollars au Liban en 2018, selon une étude du gouvernement). En effet, si le déficit public affiche en apparence une bonne trajectoire (2,39 milliards de dollars à fin mai ; -18,3 % en un an), les agences de notation estiment que le ratio déficit/PIB ne devrait pas être très éloigné de celui de 2018 (11,2 % pour un déficit à 6,2 milliards de dollars, largement au-dessus des 4,8 milliards prévus dans le budget prévisionnel pour cet exercice).



Mesures impopulaires
Les rapports de Fitch et S&P ont été commentés par une partie des responsables libanais pendant le week-end, dont les agences de notation ont également souligné l’impact négatif des tensions politiques chroniques qui ont régulièrement paralysé le fonctionnement des institutions ces dernières années. « Nous allons sortir de cette situation économique difficile à travers des décisions indispensables pour obtenir à nouveau la croissance », a promis samedi matin le chef de l’État, Michel Aoun, devant une délégation d’élus municipaux de villages du Chouf qu’il a reçus en sa résidence estivale au palais de Beiteddine. Toutefois, le chef de l’État n’a pas expressément fait référence aux verdicts des agences de notation.Selon l’Agence nationale d’information, le leader druze et chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt a déclaré à l’issue d’une réunion à Beiteddine avec le président Aoun que le chef de l’État était « concerné par la situation économique et monétaire du pays » et qu’il allait demander aux responsables libanais « d’assumer leurs responsabilités », notamment en commençant la préparation du budget pour 2020. « Nous devrons prendre des mesures impopulaires, en vue d’éviter un éventuel abaissement de la note du Liban », a-t-il ajouté.Le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, a pour sa part déclaré, lors d’une cérémonie en l’honneur des scouts islamiques, que le gouvernement libanais « s’engage à lancer un véritable chantier de réformes afin de poursuivre ce qui a été entamé dans le budget 2019 et à tout faire pour se retrouver en position de force devant les institutions internationales ». Le ministre avait été le plus prompt à réagir en déclarant à Reuters dans la foulée de la publication des deux rapports en assurant que le pays restait « engagé dans les réformes » et que les notations illustraient « la réalité » d’une situation déjà appréhendée par le gouvernement. Dans la matinée du même jour, il avait en outre déclaré, dans un discours prononcé à Saïda, que le pays n’était pas en faillite.



Confiance remise en question
« Qu’il s’agisse de la notation de Fitch ou celle de S&P, la conclusion est la même : il faut faire preuve de sérieux en assumant les responsabilités, en appliquant des réformes et en se chargeant des dossiers urgents afin de regagner la confiance », a pour sa part estimé le même jour Mohammad Choucair, ministre des Télécoms et président du patronat. « Il ne suffit pas que la communauté internationale soit avec nous. Nous devons nous-mêmes nous aider afin de ne pas rater une nouvelle fois l’opportunité et que nous ne perdions pas espoir », a-t-il ajouté.Le député Ibrahim Kanaan, président de la commission parlementaire des Finances et du Budget, a enfin estimé que les rapports de Fitch et S&P « mettaient en relief de manière positive les réformes et mesures d’austérité » incluses dans budget de 2019. Une voie qu’il a appelé à poursuivre avec le processus d’adoption du budget 2020. Le député a néanmoins reconnu que la « confiance » des agences envers l’État libanais avait été « remise en question », notamment par les tensions politiques.

Un moyen de regagner cette confiance consistera pour les dirigeants à adopter une loi de finances pour 2020 avant la fin de l’année comme le prévoit la Constitution, et qui adoptent des mesures plus « crédibles », pour assainir les finances publiques, pour reprendre les termes du rapport de Fitch.


Publiés vendredi soir, les rapports de Fitch et Standard & Poor’s, deux des trois principales agences de notation financières américaines avec Moody’s, ont un peu plus mis en exergue la fragilité de la situation financière du Liban.Si S&P a décidé de maintenir la note du pays du Cèdre à « B- » avec perspective « négative », Fitch a, pour sa part,...
commentaires (2)

Prenons notre calculette: déficit budgétaire entre 2 et 6 milliards et facture corruption 5 milliards. Donc le budget serait éxédentaire si la corruption est stoppée. Alors qu'est-ce qu'on attends? Qui vole? Et qui est victime? C'est triste.

PPZZ58

20 h 44, le 26 août 2019

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Commentaires (2)

  • Prenons notre calculette: déficit budgétaire entre 2 et 6 milliards et facture corruption 5 milliards. Donc le budget serait éxédentaire si la corruption est stoppée. Alors qu'est-ce qu'on attends? Qui vole? Et qui est victime? C'est triste.

    PPZZ58

    20 h 44, le 26 août 2019

  • IL FAUT REDOUBLER D,ENERGIE POUR APPLIQUER SANS RETARD LES MAIGRES MESURES ET REFORMES DU BUDGET 2019 ET METTRE EN MARCHE L,ETUDE DU BUDGET 2020 AVEC DE NOUVELLES MESURES ET DE REFORMES PLUS SERIEUSES ET PLUS CONCRETES POUR GAGNER LA CONFIANCE DES DONATEURS ET INVESTISSEURS DE LA CEDRE ET AUTRES EN REDUISANT SUBSTANTIELLEMENT L,ENORME DETTE DU PAYS. POUR CELA LA STABILITE POLITIQUE ET SURTOUT SECURITAIRE DU PAYS SONT REQUISES. ET LES FANFARONNADES SONT CONDAMNABLES.

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    08 h 55, le 26 août 2019

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