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Économie - Rapports

Les chantiers qui attendent le Liban, selon Fitch et S&P

Un quartier du centre-ville de Beyrouth. Fitch et Standard & Poor’s (S&P) ont publié leurs rapports respectifs sur le Liban vendredi soir. Photo P.H.B.

Fitch et Standard & Poor’s (S&P), deux des trois principales agences de notation américaines avec Moody’s, ont publié vendredi soir, peu après 23 heures, heure locale, les mises à jour de leurs évaluations respectives de la situation financière du pays, mettant un terme à plusieurs semaines d’attente.

S&P a maintenu la notation souveraine du pays du Cèdre à « B- » avec perspective « négative », tandis que Fitch a abaissé la note du pays d’un cran, à « CCC », sans accoler de perspective conformément à ses conventions. Moody’s avait dégradé la note en janvier (« Caa1 », « Stable »).S&P, qui avait dégradé la perspective du pays en mars de « stable » à « négative », a clairement laissé entendre dans son rapport vouloir accorder un sursis de quelques mois aux dirigeants libanais, qui doivent en principe bientôt démarrer la préparation du budget de 2020. Elle a en outre expliqué être préoccupée par l’érosion de la « confiance » vis-à-vis du pays qui se reflète sur l’activité de dépôts ou les réserves de devises de la Banque du Liban (BDL). S&P s’interroge aussi sur la capacité réelle des dirigeants libanais à lancer les chantiers nécessaires pour redresser la situation financière du pays. Chantiers qu’ils se sont engagés à mettre en œuvre lors de la conférence de Paris d’avril 2018 (la CEDRE). « Les déposants non résidents et les investisseurs resteront méfiants, à moins que le gouvernement se montre capable de surmonter les différends en son sein sur le plan politique et de mettre en place les réformes structurelles lui permettant de réduire le déficit public et d’améliorer l’environnement des affaires », a commenté l’agence.


(Lire aussi : Notations de Fitch et S&P pour le Liban : conséquences et réactions)


De fait, la décision de l’agence de maintenir pour le moment la note du pays ne semble tenir qu’à deux facteurs : tout d’abord le fait que les réserves en devises de la BDL soient encore suffisantes pour permettre de financer le déficit et celui de la balance commerciale pendant les 12 prochains mois. Ensuite, le fait que les dirigeants libanais aient déjà posé les bases de certains chantiers, dont celui de la réforme de l’électricité adopté au printemps, ou la réduction de certaines dépenses publiques actée dans le budget pour 2019 voté le 19 juillet.

S&P précise enfin qu’elle n’a pas tenu compte dans son évaluation des éventuels résultats des premiers travaux de forage dans le bloc 4 de la zone économique exclusive du Liban, dans le cadre de l’exploitation des ressources d’hydrocarbures offshore au large des côtes libanaises. En termes de prévisions, S&P mise sur une croissance (réelle, qui tient compte de l’inflation) de 0,2 % en 2019, un ratio déficit/PIB de 10 % sur cet exercice (loin des 7,6 % inscrits dans le budget) et un ratio dette/PIB de 146 %.



Rôle de la BDL
Fitch, qui avait également abaissé la perspective du pays dans les mêmes proportions que S&P en décembre 2018, a dressé de son côté un constat plus dur, soulignant d’emblée que la dégradation de la note qu’elle attribue au Liban reflète « la pression croissante sur le modèle financier libanais et les risques concernant la capacité du gouvernement à assurer le service de la dette ». Elle souligne en outre que la « dépendance croissante » du pays aux opérations financières « non conventionnelles » de la BDL pour attirer les dépôts – courant juillet, le gouverneur Riad Salamé a confirmé que ses ingénieries financières se poursuivaient depuis 2017 – était une des manifestations de ces pressions.

L’agence juge en outre les mesures adoptées dans le budget 2019 insuffisantes et appelle à l’élaboration d’une stratégie à moyen terme qui soit « crédible » pour stabiliser le ratio dette/PIB – qu’elle a estimé à 152 % à fin 2018.

Pour Fitch, le ratio déficit/PIB devrait se stabiliser autour de 9,2 % à la fin de l’année, jugeant les prévisions de revenus inscrites dans le budget « optimistes compte tenu de la situation économique » – l’agence table sur une croissance nominale (sans compter l’inflation) de 3,3 %, contre 5,7 % pour le gouvernement dans le budget 2019 – et de « l’inefficacité » de l’État à collecter les impôts. L’agence juge par ailleurs que même si les objectifs fixés dans le budget étaient tous atteints, cela ne constituerait « qu’une première étape » vers une stabilisation durable de l’endettement du pays.Parmi les rares points positifs, Fitch relève tout de même l’existence d’une « volonté politique réelle » de régler le problème de l’électricité (qui a absorbé près de 2 milliards d’avances du Trésor en 2018), rappelant qu’il s’agit d’un des principaux engagements qui permettront au pays de débloquer les 11 milliards de dollars de prêts et dons réservés lors de la CEDRE par les soutiens du pays. L’agence estime que l’État sera en mesure de réduire le déficit d’Électricité du Liban de 3 % du PIB en 2018 à 1,9 % en 2021.

Ce n’est, enfin, qu’en cas d’amélioration de la tendance au niveau des flux de dépôts et de la dynamique d’endettement – à travers une réduction du déficit ou un boost de la croissance – que Fitch pourrait envisager de relever la note du pays, affirme l’agence.


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