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Liban

Bou Saab se défend face aux accusations de Geagea sur les corridors de contrebande

Polémique

Les députés Ziad Assouad (CPL) et Antoine Habchi (FL) échangent des propos acerbes par médias interposés. Un signe de plus de la détérioration des relations entre les deux partis.

20/08/2019

La tension entre les Forces libanaises et le Courant patriotique libre est encore montée d’un cran hier. Le ministre de la Défense Élias Bou Saab a tenu à répondre lors d’une conférence de presse au chef des Forces libanaises Samir Geagea, au sujet des couloirs de contrebande à la frontière libano-syrienne. Au même moment, les députés Antoine Habchi (FL) et Ziad Assouad (CPL) s’écharpaient par médias interposés. Ces joutes verbales à répétition risquent-elles de remettre en cause l’accord de Meerab, conclu en 2016 entre Michel Aoun et le leader des FL ?

« J’ai clarifié à plusieurs reprises le travail en cours au niveau des points de passage illégaux et j’ai effectué de nombreuses visites à la frontière, mais nous entendons toujours des propos inexacts sur le travail entrepris par l’armée libanaise », a déclaré M. Bou Saab, dans une critique claire des dernières déclarations de M. Geagea à ce sujet. Ce dernier était revenu à la charge jeudi dernier sur la nécessité de fermer les principaux couloirs de contrebande et de contrôler le transit via le port de Beyrouth.

« J’ai commencé à sentir qu’une campagne visait à m’attaquer en tant que ministre de la Défense, comme si je n’accomplissais pas mon devoir », a estimé M. Bou Saab. « Lorsqu’ils attaquent le ministre de la Défense, cela signifie qu’ils attaquent l’institution militaire parce que l’armée est concernée par la mise en œuvre des décisions, a encore dit le ministre. Je parle ici des Forces libanaises. Cette attaque est une attaque politique contre moi et contre l’institution militaire. »

« Je suis prêt à tout assumer et je n’ai pas à me cacher derrière l’institution militaire. Je suis celui qui a lancé le dossier des frontières illégales avant les Forces libanaises et je suis celui qui a présenté les missions de l’armée libanaise devant le Conseil des ministres et qui les a expliquées au député (FL) Georges Adwan », a ajouté le ministre de la Défense.


(Lire aussi : Le chef des FL exhorte Aoun et Hariri à mener une opération de sauvetage du pays)



« Les décisions prises pour fermer les points de passage ont montré que les propos de M. Geagea sur l’absence d’une décision politique sont erronés, a martelé M. Bou Saab. Si Geagea ne comprend pas ce que je dis, qu’il revienne au communiqué du commandement de l’armée. »

Selon M. Bou Saab, « il y a 150 points de passage et 4 à 5 sont illégaux ». L’armée a réussi, depuis le 1er janvier 2019, à contrecarrer 350 opérations de contrebande, à arrêter 488 passeurs et 6 000 soldats ont été déployés à la frontière », a-t-il ajouté.

En outre, M. Bou Saab a annoncé que « l’armée a préparé un plan qui doit être approuvé en Conseil des ministres ». Selon lui, ce plan, pour être mis en œuvre, « nécessite un amendement des lois pour que la contrebande soit qualifiée de crime et non de délit, ainsi que la création d’un point de passage légal et la délimitation des frontières qui requiert des négociations avec les autorités syriennes, l’augmentation du nombre des soldats et l’augmentation du budget de l’armée ».

Contacté par L’Orient-Le Jour, un responsable au sein des FL a estimé que les explications de M. Bou Saab n’avaient nullement répondu aux interrogations des FL. « Le ministre de la Défense a fait une conférence de presse pendant 40 minutes et au final, on n’a rien compris à ce qu’il voulait dire, a déclaré le responsable. À chaque fois que nous lui adressons une critique, il réagit en racontant des histoires. Nous avons une question principale à laquelle il n’a pas répondu : nous voulons savoir pourquoi les passages illégaux n’ont pas encore été fermés. Tout ce qu’il a fait, c’est essayer de mettre les FL en confrontation avec l’armée. Il faut une décision politique pour que les corridors de contrebande soient fermés et cette décision est entre ses mains », a estimé le responsable FL. « La relation entre nous et le CPL n’est pas au beau fixe. Le contact n’est certes pas rompu, mais ce n’est pas la lune de miel non plus », a-t-il ajouté, tout en assurant que « la réconciliation de Meerab tient toujours. C’est l’accord politique qui en a découlé qui n’est plus de mise, parce que le chef du CPL, Gebran Bassil, ne l’a pas respecté ».


(Lire aussi : Les FL déterminées à « aller jusqu’au bout » sur le dossier des passages illégaux)



Bassil, « un personnage de passage »

Sur un autre plan, un échange verbal acerbe entre les députés Ziad Assouad et Antoine Habchi est venu cristalliser hier les tensions sous-jacentes entre les FL et le CPL, notamment dans le rapport des FL avec M. Bassil. Dans une interview accordée à la chaîne al-Jadeed hier, Antoine Habchi a tiré à boulets rouges sur le chef du CPL, le qualifiant de « personnage de passage » sur la scène politique. « Gebran Bassil est un personnage de passage. Nous n’avons pas conclu d’accord avec lui mais avec le CPL et une partie de la population », a-t-il dit, en allusion à la réconciliation de Meerab entre Samir Geagea et Michel Aoun.

« Cher M. Habchi, vous avez trouvé un accord avec Gebran (Bassil) et avec le CPL à travers lui. Vous ne vous êtes pas entendus uniquement avec le CPL », a rétorqué Ziad Assouad sur Twitter. « Cher collègue, il n’y a pas de cœurs noirs. Seuls les cimetières sont noirs. Gardez votre cœur blanc. Blanc et noir, ça devrait marcher », a encore dit le député CPL, dans un jeu de mots qu’il a relié à son nom de famille, Assouad voulant dire noir en arabe.


(Lire aussi : Contrebande : Samy Gemayel interpelle le ministre des Finances)



Pour l’ancien député FL Antoine Zahra, « ce n’est pas Gebran Bassil qui s’est réconcilié avec les FL, c’est Michel Aoun qui l’a fait. Il a demandé à M. Bassil de signer l’accord parce que ce dernier était devenu chef du CPL à l’époque ». « L’âge de M. Bassil ne lui a pas permis de faire partie des conflits (de la guerre civile), mais il veut quand même faire partie des réconciliations. Il se comporte comme si certains événements historiques n’avaient pas eu lieu avant son arrivée aux commandes », a ironisé M. Zahra. « Il n’y a pas de recul face à l’accord de Meerab. Cette entente interchrétienne était essentielle, mais ses effets politiques n’existent plus car M. Bassil ne les a pas respectés », a-t-il encore dit à L’OLJ.

Par ailleurs, l’ancien député Joseph Maalouf (FL) s’en est également pris hier à Gebran Bassil dans une déclaration à Radio Liban libre. « M. Bassil possède une pensée narcissique visant à éliminer les autres », a dit M. Maalouf. Il a également demandé au chef du CPL de lever le voile sur ses comptes bancaires. Ce à quoi le CPL n’a pas tardé à répondre dans un communiqué, en insistant sur le fait que M. Bassil « a été le premier à demander la levée du secret bancaire en ce qui le concerne ».


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Pierre Hadjigeorgiou

En effet Mr. Bou Saab n'a pas répondu aux questions des FL. Le nombre de passages illégaux n'est pas le problème mais le fait qu'ils soient toujours actifs. Qu'ils soit 1, 2 ou 10 qui s'en fout! Il faut les fermer tous a commencer par le port et l’aéroport! Maintenant nous comprenons pourquoi le CPL et le Hezbollah ont peur de remettre des ministères important aux mains des FL! Ils servent l’état et le peuple alors que les Bou Saab et Raad ne servent que leurs poches et celles de leurs proches. Quand a Assouad, il a perdu une fois de plus la chance de se taire, ce le rendrait plus sympathique...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CES CORRIDORS ILLEGAUX DEVRAIENT ETRE HERMETIQUEMENT FERMES. GEAGEA A BIEN DIT CE QU,IL DEVAIT DIRE.

Yves Prevost

"Il faut une décision politique pour que les corridors de contrebande soient fermés et cette décision est entre ses mains". Ce n'est pas l'armée qui est en cause - elle ne fait qu'obéir - c'est le pouvoir qui refuse de lui donner des ordres. Si tous les points de passage sont contrôlés par l'armée, par où donc transitent les armes et miliciens du Hezbollah?

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