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La Dernière

Nightlife(s) libanaise(s)

Un peu plus
17/08/2019

Notre réputation de capitale de la fête n’est plus à faire. Pas un journal ni un magazine, du Telegraph au New York Times en passant par CNN ou GQ, qui n’ait pas fait l’éloge de Beyrouth, rappelant au passage que le Liban était une des meilleures party destinations. De notre côté, nous sommes à la fois enthousiastes quant à notre position dans ces classements, et sarcastiques quant à la « futilité » d’un tel intérêt. Les critiques fusent en permanence disant qu’on devrait s’atteler à autre chose que fanfaronner sur la notoriété de notre vie de nuit. Qu’on a des préoccupations plus importantes et que nos résultats en matière de corruption, de pollution ou de cherté de la vie sont loin d’être reluisants. Que si c’est tout ce qu’on a, on ne devrait pas en être fiers…

Eh bien si, on le peut. Puisque c’est (tout) ce qui nous reste, autant s’en vanter. Oui, notre nightlife est extraordinaire et elle attire des milliers de touristes chaque année, désireux de venir faire la fête au pays de Khalil Gebran. Et on les comprend. L’énergie qui se dégage des clubs, des bars, des concerts et autres festivals est extraordinaire et, comme partout ailleurs, elle atteint son apothéose en été. Malgré tous leurs tracas, leurs interrogations, leurs peurs et leurs envies d’exil, les Libanais ont un sens indéniable de la fête. Beyrouth entre dans une ébullition à faire pâlir les éruptions de l’Etna. Et elle n’est pas la seule à se transformer en gigantesque dancefloor. Batroun, Tripoli, Faraya, Jounieh, Jbeil (quand on ne les harcèle pas), Beiteddine, dans chaque recoin du pays, les lumières s’allument et la musique fait entendre ses premières notes. Les jeunes et les moins jeunes ont envie d’exulter, et ça leur réussit. De la tech à Kazem Saher, des oldies but goldies aux house parties, de Polo et Pan aux gigs de Solomun, de Five Islands à Decks on the Beach, du Ahm au Gärten, du B018 au Village d’Antélias, de l’Iris à Odin, du Cyrano au Torino, ça danse. Et si ça ne danse pas, ça boit, ça rit, ça drague, ça fume, ça papote. Et c’est contagieux. Et c’est surtout beau à voir.

Beau de voir les jeunes faire un pied de nez à tous ceux qui tentent (en vain) de les brimer. Beau de voir leurs corps onduler sur les tombes que leurs aînés rétrogrades essayent de leur creuser. Beau de les entendre dire « music is louder ». Et quand la musique est forte, la danse vient tout naturellement. Et quand la danse est là, partage et communion entrent dans une parfaite harmonie. Les corps deviennent émouvants, les mains se frôlent, les sourires se rendent. Les tensions et les dissensions disparaissent. On ne forme plus qu’un. Qu’on ait 45 ou 22 ans, 60 ou 32, la musique nous transcende. Comme face à Dephdude entre autres, le week-end dernier à Faraya, lors de ces deux jours de festival à 2 000 mètres d’altitude où les gens se promenaient sur cinq îles gorgées de musique et de lumière. Comme sous le DJ booth de Polo et Pan quand ils terminent leur set avec leur morceau Canopée et que tout le monde reprend en chœur, « heureux de vivre dans la canopée ». Comme au Palace à Hamra où jeunes et moins jeunes ont décidé d’unir leurs voix en entonnant Cavalry. Comme sur ces cafés-trottoirs où tout le monde se connaît un peu, où on salue les bartenders, embrasse les habitués. Comme sur les rooftops où la brise vient caresser les cheveux des belles demoiselles et faire voler les cendres des cigares des trentenaires en quête de maturité. Comme dans les antres de la house où la lumière du petit matin côtoie celle des néons qui éclairaient la piste jusqu’à il y a quelques instants. Comme dans ces montagnes et sur les bords de mer où les sunsets rendent le pays plus beau, plus doux. Comme dans ces rues bondées de gens qui trinquent à des lendemains meilleurs, bougeant un peu au rythme des morceaux qui sortent du bar devant lequel ils grillent une clope. Comme lors des concerts de la scène alternative où se révèlent les talents qui s’exporteront et feront se mouvoir d’autres ailleurs. Mais c’est ici qu’il faut continuer à tanguer sur le parquet ciré et honorer Terpsichore. Parce que comme l’avait dit Françoise Dorléac à sa sœur Catherine Deneuve, « c’est à Beyrouth qu’il faut aller danser ».

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OUI MAIS S,IL N,Y AVAIT PAS LE COTE NOIR DE L,OFFRE SEXUELLE QUI FAIT LE PLUS LA REPUTATION DE LA NUIT.

Wlek Sanferlou

Exciting! Bravo!

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