Le patriarche Raï entouré des membres du conseil de l’ordre des journalistes.
C’est un véritable cri du cœur qu’a adressé hier le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, aux autorités du pays, à travers le président de l’ordre des journalistes et les membres du conseil de l’ordre. « La situation est devenue inacceptable ! Ôtez vos mains des services de sécurité et de la justice, et cessez de les politiser et de les confessionnaliser », a-t-il dit, avant de s’adresser directement au directeur général des FSI, Imad Osman, pour lui demander s’il accepte que « des dossiers soient fabriqués contre des personnes d’une même confession et que des détenus soient torturés... ».
Les propos du patriarche maronite étaient totalement inattendus pour le président de l’ordre Joseph Kossayfi et les membres du conseil, surtout qu’ils ont été prononcés dans un décor serein et paisible, à partir du siège patriarcal d’été, perché sur le flanc de la montagne dans un paysage qui donne un avant-goût du paradis.
Mais à Dimane, dans ce paysage d’une beauté à couper le souffle, il y a aussi la vallée dite sainte, où des patriarches maronites se sont réfugiés et ont lutté pendant des années contre le joug des mamelouks puis celui des Ottomans pour préserver leur foi. Et c’est en pensant à eux et à leur combat que le patriarche Raï ne peut s’empêcher de crier aujourd’hui sa colère, dans l’espoir de réveiller les consciences des responsables mais aussi de la population.
Du haut de sa terrasse qui surplombe la vallée dite des patriarches, le cardinal Raï ne peut qu’évoquer la mémoire de ses prédécesseurs, tous ceux qui ont nourri cette terre de leur sang pour qu’elle continue à être celle de l’entente, de la tolérance, des droits et des libertés. En parlant de leur combat, le patriarche Raï ne peut que se demander si aujourd’hui nous ne sommes pas en train de brader l’héritage qu’ils nous ont laissé. « Dix-sept patriarches, dit-il, sont enterrés ici, là où ils ont lutté pendant des siècles pour aboutir finalement au patriarche Élias Hoayek qui a joué un rôle déterminant dans la création du Grand Liban en 1920. Le centenaire que le Liban devrait célébrer l’an prochain est donc le fruit d’un long parcours... »
Toutefois, selon le patriarche, aujourd’hui, au lieu de célébrer dans la confiance et l’espoir dans l’avenir le centenaire du Grand Liban, une grande inquiétude étreint tout le monde. « Je suis triste pour tous ceux qui sont morts pour le Liban, car aujourd’hui j’ai l’impression que nous sommes revenus en arrière. On dirait que nous n’avons rien appris », lance Mgr Raï.
« Le Liban a connu la guerre, rappelle-t-il, et elle s’est terminée par l’accord de Taëf. À cette époque, le patriarche (Nasrallah) Sfeir a été mis devant un choix difficile : soit l’accord de Taëf, soit la continuation de la guerre. Il a évidemment choisi la première option. Indépendamment du jugement que l’on peut porter sur cet accord, on peut dire aujourd’hui qu’il n’a pas été appliqué, ni dans les textes ni dans l’esprit. Cet accord comporte aussi des lacunes et aujourd’hui nous n’avons pas un pouvoir qui gouverne. »
« Le problème, déclare encore le patriarche, c’est que l’autorité ne tranche pas. Preuve en est, l’affaire de Qabr Chmoun, qui paralyse le gouvernement et continue de susciter des polémiques sur les faits, sur la justice compétente, sur les prérogatives du président de la République et du Premier ministre, et les responsables continuent de violer la Constitution et les lois... »
Il ajoute : « La Constitution, le pacte national, les lois sont le chemin. Si nous ne les suivons pas, nous tombons dans les précipices. » Pour le patriarche, le monde a les yeux fixés sur le Liban pour l’aider, des conférences internationales sont organisées dans ce but. Le budget a été certes adopté, mais il n’est pas complet et les institutions sont paralysées. « Sommes-nous dans un État ou dans une ferme formée de confessions et de communautés ? Si un jugement nous plaît nous l’acceptons et s’il nous déplaît nous le rejetons ? Comment, dans ce même contexte, pouvons-nous accepter ce qui se passe sur le plan sécuritaire ? »
(Lire aussi : Raï aux responsables politiques : Revenez à la Constitution et au pacte national)
Les FSI
À ce stade, le patriarche Raï lance un appel au général Imad Osman, directeur des FSI, pour lui demander comment « il accepte que des dossiers soient fabriqués contre des personnes appartenant à une même confession et à une même religion ». Mgr Raï affirme qu’il est avec l’application de la loi, mais il se demande s’il est permis que les détenus soient torturés dans les caveaux des FSI et de son service de renseignements ? Il ne peut aussi s’empêcher de lancer que la situation est devenue « inacceptable, car nous nous éloignons de plus en plus du concept de l’État ».
Le patriarche reprend à son compte la fameuse phrase du président Fouad Chéhab qui conseillait toujours de revenir aux textes. « Or, dit-il, aujourd’hui, les textes semblent mis de côté et chacun fait ce qui l’arrange. Dans un tel désordre, le fort dévore le faible. Ce n’est pas cela la justice et l’égalité. »
Selon lui, le peuple a perdu confiance dans les institutions de l’État. Preuve en est qu’aux dernières élections législatives, seulement 49 % des électeurs ont voté. Et en général, ceux qui ont mis le bulletin dans les urnes sont les membres des partis en place...
Le patriarche comprend le désenchantement des Libanais, car selon lui « comment pourraient-ils faire confiance à un État qui met la loi de côté et fait ce qu’il veut ? Comment pourraient-ils songer à garder leurs enfants dans ce pays alors que tous les parents du monde devraient avoir le droit de voir leurs enfants grandir auprès d’eux ».
Le patriarche est aussi révolté par les disputes incessantes entre les différents protagonistes. « Ils se comportent comme des enfants, dit-il, et chaque responsable renvoie la responsabilité aux autres. Mais les enfants, au moins, se réconcilient entre deux disputes ! »
Pour Raï, la solution est donc de revenir aux textes, la Constitution et les lois. Lorsqu’on lui fait remarquer que les textes sont parfois vagues et ouverts à de multiples interprétations, Mgr Raï reconnaît que les lois ne peuvent pas parfois être précises. Mais ce qui compte c’est l’esprit dans lequel elles ont été rédigées. « Ce qui compte, dit-il, c’est l’esprit du pacte que Taëf a renouvelé. Aujourd’hui, on ne cherche plus cet esprit ! »
Pour le patriarche, on ne peut pas non plus dissocier ce qui se passe au Liban de la lutte ouverte que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran qui se répercute dans toute la région.
Il relève toutefois le fait qu’en dépit des tensions régionales, le Liban reste plus ou moins préservé. Mais ce n’est pas une raison pour que les institutions de l’État ne fonctionnent pas. À cet égard, le patriarche maronite se demande pourquoi le gouvernement ne se réunit-il pas depuis plus d’un mois. « La réunion du Conseil des ministres est une obligation, un devoir, pas un choix. Mais non, ils laissent le navire voguer sans capitaine... »
Pour Mgr Raï, « tout va à vau-l’eau et personne ne veut assumer les responsabilités. Tout est politisé et abordé sous l’angle confessionnel. Les droits élémentaires ne sont plus respectés et toute initiative doit passer par le filtre des passe-droits et du clientélisme ». « Est-ce ainsi que nous nous préparons pour le centenaire du Grand Liban ? » demande le patriarche. Lorsqu’on lui demande s’il pense que cette célébration aura effectivement lieu, il répond : « Nous, en tout cas, nous avons commencé les préparatifs. Mais il faut aussi que le cœur y soit. Or, actuellement, il n’y est pas vraiment, car ce qui nous manque le plus, c’est la culture, la morale et les valeurs de l’État et de ses institutions. »
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Inacceptable, pour sûr et pour tout commune mortel! Mais bien sûr pas aux Dieux de l'Olympe que sont nos illustres politi-riens et autres chefs de groupillions divins ou plus humains! Pour ceux là ce ne sont que tourments dont ils nous affligent pour le plaisir de nous voir gigotter sans espoir de nous en sortir. Le seul à rire est notre voisin du sud qui nous voit entrain de nous dévorer comme une bande de chiots enragés. Akh ya baladna...si balad il y a.
17 h 16, le 07 août 2019