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Moyen Orient et Monde

À Idleb, le quotidien d’une « prison pour hommes libres »

Syrie

À Kafranbel, localité située dans le sud d’Idleb, l’appel à la prière du soir est depuis plusieurs semaines largement boudé.

OLJ/Hachem OSSEIRAN/AFP
29/06/2019

À Idleb, la réalité diffère parfois complètement en quelques kilomètres : si le sud de cette région syrienne est le théâtre de bombardements massifs du régime, le Nord s’est transformé en campement à ciel ouvert, tandis qu’en son centre, elle grouille de vie. Dominé par les jihadistes, cet ultime bastion anti-Assad, dans le nord-ouest de la Syrie, abrite environ trois millions de personnes, toutes affectées aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre, par l’escalade militaire qui dure depuis fin avril. À Kafranbel, localité située dans le sud d’Idleb, l’appel à la prière du soir est depuis plusieurs semaines largement boudé. Les rues restent vides et les volets clos. Dans ce « désert éclairé uniquement par la Lune (...), personne n’ose sortir », affirme Mohammad al-Cheikh, un militant âgé de 28 ans.


Ville fantôme

Cette cité n’a pourtant pas toujours été une « ville fantôme ». Il y a à peine cinq mois, son principal terrain de football accueillait encore des centaines de spectateurs exaltés, se souvient Mohammad. Mais depuis que le régime syrien et son allié russe ont intensifié leurs frappes sur le sud d’Idleb et ses environs, la majorité des 20 000 habitants ont pris la fuite. Marchés, hôpitaux, écoles, boulangeries et maisons, aucune structure n’a été épargnée par les frappes de l’aviation syrienne et de celle de son alliée russe. Les habitants restés sur place vivent terrés chez eux ou dans des abris, selon M. Cheikh. Depuis la montée des violences, ce militant de longue date ne va lui-même plus à la mosquée par crainte de raids ciblés. Comme la plupart des habitants de Kafranbel, il évite également les marchés à ciel ouvert. « Vous devenez un prisonnier dans votre propre maison », affirme-t-il. Mais « une prison pour hommes libres », tempère-t-il non sans fierté. En septembre dernier, la région d’Idleb a fait l’objet d’un accord entre la Russie et la Turquie sur la création d’une « zone démilitarisée », ce qui a empêché une offensive d’envergure du régime.


(Lire aussi : A Idleb, les jihadistes contrôlent les rouages de la vie publique)



Zone refuge

Mais le régime de Damas, soutenu par l’aviation russe, a accru ses frappes depuis que le groupe Hay’at Tahrir al-Cham (HTC), dominé par l’ex-branche syrienne d’el-Qaëda, a étendu son pouvoir à l’ensemble du bastion en début d’année. Plus de 70 combattants du régime syrien et des milices alliées ainsi que des groupes rebelles et jihadistes ont été tués hier dans des affrontements entre les deux camps, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Des combats au sol ont lieu, en parallèle, dans quelques zones de cet ultime bastion anti-Assad, notamment le nord de la province de Hama. C’est là que des affrontements, déclenchés vendredi à l’aube suite à des bombardements menés par Damas, ont fait 40 morts parmi les forces du régime et les milices alliées, et 31 dans le camp des rebelles et jihadistes. Depuis fin avril, les bombardements ont tué 490 civils, selon l’ONG. Et d’après l’ONU, l’escalade militaire a fait quelque 330 000 déplacés. Dans le nord d’Idleb, frontalier de la Turquie, les oliveraies se sont, elles aussi, transformées en refuge pour des milliers de familles parmi les plus démunies fuyant les bombardements.En mai, Abdel Menhem al-Chamaa y a élu domicile avec ses deux parents, son épouse et ses cinq enfants. Originaire du village de Maaret Horma, la famille vit aujourd’hui sous un arbre, se servant d’une bâche en guise de toit. Juste après leur arrivée, la femme de Abdel Mehem a donné naissance à leur cinquième enfant dans cet abri en plein air, raconte-t-il. L’homme de 37 ans passe ses journées à chercher de la nourriture et à solliciter des aides auprès des ONG et des conseils locaux. Quand ses efforts s’avèrent infructueux, il puise dans son modeste fonds de 18 dollars qu’il avait épargnés avant de fuir, dit-il. « Tout a changé, regrette ce père de famille. J’habitais dans une maison qui est maintenant détruite (...). J’avais l’habitude de dormir (en sachant que) le ventre de mes enfants (était) plein mais, maintenant, le sommeil se fait rare et la faim est grande. »


(Lire aussi : Pour survivre, des déplacés syriens contraints de vendre leurs meubles)



Effervescence

L’atmosphère est radicalement différente près de la capitale éponyme de la province d’Idleb. Dans la ville de Binnich, « les marchés sont animés, les gens sont dans la rue et dans les restaurants », raconte Khayriya Ninal, enseignante de 22 ans. Cette zone du centre d’Idleb est désormais d’autant plus vivante que des milliers de personnes y ont afflué ces dernières semaines, dit-elle. « Les gens à l’extérieur (d’Idleb) pensent que les bombardements signifient que la vie s’est arrêtée. » « Parfois, c’est le cas, mais les gens ont tendance à poursuivre leur vie de manière étonnamment rapide », ajoute la jeune femme.

L’an dernier, sa maison a été visée par un raid aérien quelques jours avant la fête du Fitr marquant la fin du mois de ramadan. « Nous l’avons néanmoins célébrée », dit-elle. Sa famille organise, à l’heure actuelle, le mariage de son frère, prévu le mois prochain. Mais le spectre d’une éventuelle offensive du régime règne tout de même sur les préparatifs. « Nous essayons de précipiter les noces (...) avant que la violence ne s’étende jusqu’ici », note-t-elle.

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Marie Claude

On a bcq d autres problèmes planétaires et pays en danger que la...Syrie et les syriens chaque jour!!
c est le troc ou la monnaie courante d auj?!?

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