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Lifestyle - Rencontre

« Transporter ses goûts dans ses valises » : la cuisine façon Noha Baz

Dans « La Nuit de la pistache », la pédiatre et gastronome libanaise revisite son enfance alépine à travers les mets qui l’ont marquée. Rencontre avec cette auteure au parcours riche et dont l’ouvrage vient d’être primé.

Noha Baz et son ouvrage « La Nuit de la pistache », lauréat du Gourmand Award. Photo DR

Des madeleines de Proust culinaires ? Noha Baz en a à l’infini ! Elle se rappelle ainsi avec bonheur de la crème caramel des déjeuners dominicaux, ou des galettes de pain brûlé, indissociables de ses étés d’enfance à la montagne et dévorées sur fond de Fayrouz et de vastes paysages verdoyants. « C’est ce genre de choses, explique-t-elle, que j’ai eu envie de reproduire pour mes enfants quand il faisait gris à Paris. » Pour la pédiatre et gastronome, la cuisine est avant tout une histoire de souvenirs, et surtout de transmissions. Cela a été son arme pour conserver son identité culturelle et ainsi résister aux nombreux exils qui ont jalonné sa vie, avec le départ de son Alep natale d’abord, à six ans, puis celui de Beyrouth, trois ans plus tard, pour la Suisse et la France. « On a passé nos vies à transporter, dans nos valises, nos goûts ! » s’exclame Noha Baz. Lors des exils en Europe, alors qu’elle était enfant, c’est autour de la table qu’elle voyait ses parents retrouver leur joie de vivre, grâce au goût du zaatar, par exemple, qui réveillait tant d’anecdotes passées.

Guérir par la médecine et la cuisine

Devant les tragédies et drames humains engendrés par les guerres, Noha Baz a choisi d’être pédiatre, affirmant que la médecine, comme la cuisine, est un excellent moyen pour aider à cicatriser. Dans sa vie, l’une comme l’autre sont nécessaires et complémentaires, comme le montre l’association « Les Petits Soleils » qu’elle a fondée pour soigner les enfants défavorisés qui ne possèdent pas de couverture sociale ; les fonds des ventes de ses livres sont ainsi intégralement versés à cette ONG.

Face à la destruction d’Alep, Noha Baz a tenu à « rappeler au monde combien cette ville était une oasis d’art de vivre et de douceur ». Ainsi est née La Nuit de la pistache, un livre dédié « à tous les enfants que la politique des grands a contraints un jour à l’exil », et « en particulier aux enfants de Syrie ».

Paru aux éditions Noir Blanc etc. en 2018, l’ouvrage est plus qu’un simple livre de cuisine. Les recettes s’y déclinent chronologiquement, selon les événements qui rythmaient l’année alépine : le jour de l’An, avec ses « zlébiehs » et ses « khabissas », les « ghrabybehs » du dimanche de Pâques… Noha Baz se concentre ici spécifiquement sur 1967, année où elle quitte la Syrie pour le Liban. Les chapitres sont ainsi accompagnés d’anecdotes personnelles, familiales et même politiques qui, sous une plume très poétique, font joliment revivre l’enfance de l’auteure. Comme si l’évocation de ces mets permettait de délier la mémoire.

Macao, une « fête de l’humain » où le Liban est à l’honneur

Mais Noha Baz ne s’attendait pas à gagner le prix du meilleur livre du monde dans la catégorie cuisine, le Gourmand Award, décerné par Édouard Cointreau, fondateur de la récompense. La surprise est alors totale le 4 juillet, à Macao, en Chine, lors de la remise du prix. Elle voit s’afficher d’abord « Lebanon » sur l’écran, puis le titre de son livre, devant une salle comble. « C’est une victoire pour le Liban, avec un livre francophone », souligne-t-elle. Le dîner de gala, qui a suivi la cérémonie, est alors une véritable « fête de l’humain », où les autres participants, venus du monde entier, célèbrent son livre et saluent le discours qu’elle vient de faire. Des mabrouk résonnent partout, avec des accents mexicains, autrichiens ou marocains… Et le dîner de gala, où sont pourtant servis des plats cantonnais traditionnels, est transformé en soirée typiquement libanaise : un tel se souvient avoir visité le Liban dans les années soixante, un autre parle de son amour du zaatar… Un grand grand chef argentin, Chakkal, va même se rappeler de ses origines libanaises et tenter de discuter avec Noha Baz avec les bribes d’arabe qu’il connaît ! « La table, pour rassembler, il n’y a pas mieux. Là où la politique échoue, la cuisine réussit ! » s’enthousiasme-t-elle.

Alors, la cuisine, un art nostalgique ? On ne peut pas ne pas avoir de la nostalgie en cuisinant, mais « c’est une nostalgie heureuse », explique-t-elle, car « le pays de notre enfance, on ne le quitte jamais, et il ne faut pas le quitter ». D’ailleurs, Noha Baz a conclu son discours à Macao en précisant que La Nuit de la pistache était avant tout un livre sur ses souvenirs d’enfance. Et que l’enfant était encore là, qu’il se tenait juste devant eux, leur enjoignant de suivre leurs rêves.


Pour mémoire

Noha Baz, la cuisine pour transmettre une culture...


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