Les évaluations des locataires de la Maison-Blanche par les diplomates britanniques ont toujours eu lieu quel que soit le président américain. Leah Millis/Reuters
À peine une semaine après l’incident diplomatique qui a enflammé les relations entre Londres et Washington, des archives britanniques déclassifiées hier montrent qu’avant l’administration de Donald Trump, celle de Bill Clinton a bénéficié des mêmes appréciations peu flatteuses.
L’ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis Kim Darroch a dû démissionner le 10 juillet, victime des fuites dans la presse de ses câbles diplomatiques pas vraiment à l’avantage du président républicain et de la fureur de ce dernier qui l’a traité en retour « d’imbécile prétentieux ».
Donald Trump n’a guère apprécié que Kim Darroch écrive que « le chaos et les luttes féroces » qui agitent la Maison-Blanche sont « pour la plupart véridiques ». Mais les documents déclassifiés hier, couvrant la période 1994/1995, montrent qu’il n’y a rien de nouveau à l’horizon et que l’administration de son prédécesseur, de 1993 à 2001, Bill Clinton a bénéficié de la même évaluation.
« L’organisation de la Maison-Blanche reste chaotique », écrivait l’ambassadeur de l’époque Robin Renwick, à la suite de la démission de deux membres de l’équipe Clinton. « Une série de désastres en matière de relations publiques à la Maison-Blanche donne l’image d’une nouvelle administration sans but et désorganisée », écrivait-il encore.
Pour les défenseurs de Kim Darroch, les câbles qui ont fuité font donc partie d’une longue tradition nécessaire de franchise de la part des diplomates britanniques en poste à l’étranger.
Mais ses détracteurs estiment qu’il est allé trop loin en écrivant qu’il ne pensait « pas vraiment que cette administration va devenir plus normale, moins dysfonctionnelle, moins imprévisible, moins divisée, moins maladroite et inepte diplomatiquement ».
« Très intelligente »
Comme Trump, Clinton bataillait contre des accusations de comportement personnel inapproprié – avant même l’affaire Monica Lewinsky –, et pour l’ambassadeur Renwick, « les réactions maladroites de la Maison-Blanche aux allégations ont commencé à créer le soupçon de dissimulation ».
Alors que Kim Darroch a qualifié la politique de Trump envers l’Iran d’« incohérente et de chaotique », Robin Renwick critiquait aussi sévèrement la politique étrangère de Clinton.
« Clinton s’intéresse aux questions diplomatiques, mais d’une manière pas très naturelle. Au lieu de parler calmement et de se donner de vigoureux moyens de sanction, il est accusé de parler trop fort et de ne pas agir. »
Comme l’occupant actuel de la Maison-Blanche, Clinton se voit reprocher sa « préoccupation excessive » pour les médias.
Robin Renwick tenait des propos plus approbateurs sur l’épouse de Bill Clinton, Hillary Clinton, candidate malheureuse à la présidentielle contre Trump en 2016.
« Elle est très intelligente et très motivée, écrivait-il. Elle est très bien disposée et beaucoup plus amicale que ce que l’on dit d’elle. »
Les câbles, conservés aux archives nationales britanniques, révèlent aussi l’opinion de Bill Clinton sur le dirigeant italien Silvio Berlusconi.
« Nous ne devrions pas le sous-estimer », a-t-il dit au Premier ministre britannique de l’époque John Major selon un enregistrement de leur conversation, soulignant qu’il était apprécié du public et avait une épouse « renversante ».
Les documents publiés révèlent aussi la préoccupation permanente des Britanniques pour leur soi-disant « relation spéciale » avec les États-Unis. « On écrit beaucoup d’inepties sur la relation avec les États-Unis, écrivait Robin Renwick. Il y a toujours eu des désaccords intenses. » Toutefois, « il n’y a pas de doute que nous avons une relation particulièrement proche. La valeur pour nous de notre relation en matière de défense est incalculable », ajoutait-il.
James PHEBY/AFP


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10 h 56, le 21 juillet 2019