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Moyen Orient et Monde - Éclairage

L’Iran serait-il prêt à mettre ses missiles balistiques sur la table des négociations ?

Les missiles sont devenus, depuis la révolution de 1979, la colonne vertébrale du programme de défense de Téhéran et un vrai instrument de la politique régionale du régime des mollahs.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’adressant hier à des religieux à Téhéran. Photo HO/Khamenei.ir/AFP

Téhéran ouvre une brèche dans le mur de ses rapports avec Washington et l’Occident. Au lendemain de la déclaration du président iranien Hassan Rohani, indiquant que la porte n’était pas complètement close pour un éventuel dialogue avec les États-Unis, c’est au tour du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif de se prêter à l’exercice.

Dans une interview accordée lundi soir (heure de New York) à la chaîne américaine NBC News, le chef de la diplomatie iranienne, actuellement à New York pour une réunion de l’ONU, a laissé entendre que son pays pourrait mettre sur la table des négociations son programme de missiles balistiques dans le cadre de discussions avec les États-Unis. Il a néanmoins imposé des conditions draconiennes en contrepartie, à savoir : l’arrêt des ventes d’armes américaines à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. « Ce sont des armes américaines qui entrent dans notre région, la préparant à l’explosion (…) Donc, s’ils veulent parler de nos missiles, ils doivent d’abord cesser de vendre toutes ces armes, y compris les missiles, à notre région », a affirmé M. Zarif, cité par l’agence Associated Press, établissant une comparaison entre les budgets dédiés à la défense de Riyad, d’Abou Dhabi et de Téhéran, respectivement de l’ordre de « 67, 22 et 16 milliards de dollars ».

Les exigences énoncées par le chef de la diplomatie iranienne s’expliquent par l’importance que la République islamique accorde à ses missiles. Critiqués depuis des années par les chancelleries occidentales, ils sont la colonne vertébrale du programme militaire iranien. Même si Téhéran martèle qu’ils sont uniquement développés à but défensif, les missiles sont en fait devenus, au fil des ans, un véritable vecteur de puissance pour l’Iran qui permet de compenser la faiblesse des autres secteurs de son armée, et ce même si l’Iran a procédé ces derniers mois au développement de nouveaux avions et navires de combat. Ces missiles sont également devenus une arme de propagande pour le régime des mollahs qui n’hésite pas à en faire la promotion pour rappeler à la population iranienne qu’il est la seule défense que le pays possède face à une éventuelle agression extérieure. Il est surtout devenu un instrument pour le développement de la politique régionale de l’Iran, alors que son influence au Moyen-Orient s’est largement accrue au cours de ces dernières années. En Irak, en Syrie, au Yémen ou encore au Liban, la République islamique a transféré à des milices qui lui sont fidèles un grand nombre de ces missiles ayant chacun une portée de plusieurs centaines de kilomètres et pouvant atteindre Riyad, Tel-Aviv ou encore les bases américaines dans la région.


(Lire aussi : L’UE fait bloc pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien)



Propos symboliques

Être prêt à les mettre sur la table des négociations est ainsi un geste de grande ampleur de la part de M. Zarif. C’est la première fois qu’un responsable iranien se dit prêt à négocier sur la question du programme balistique. Jusqu’à présent, tous ceux qui ont osé le remettre en cause se sont attiré les foudres de Téhéran. Cela représente également un effort d’ouverture de la République islamique envers les États-Unis, avec qui les tensions ont redoublé d’intensité ces dernières semaines, non seulement dans la région du Golfe, mais aussi sur le dossier du nucléaire et de l’accord signé en 2015, aujourd’hui en péril. Toutefois, les propos de M. Zarif sont avant tout symboliques.

Les conditions iraniennes énoncées par M. Zarif sont irréalisables. Le président américain Donald Trump n’est certainement pas prêt à renoncer à son commerce d’armes avec Riyad et Abou Dhabi. Il suffit pour cela de se rappeler des milliards de dollars de contrats d’armements conclus avec le royaume wahhabite et l’image montrant l’étalage, par le locataire de la Maison-Blanche, des armes américaines vendues aux Saoudiens lors de la visite à la Maison-Blanche du prince héritier Mohammad ben Salmane, en mars 2018.


(Lire aussi : Paris peut-il jouer les intermédiaires entre Washington et Téhéran ?)



Le chef de la diplomatie iranienne n’a par ailleurs pas de marge de manœuvre quant à une éventuelle décision impliquant les missiles balistiques puisqu’ils sont sous le contrôle direct du guide suprême iranien Ali Khamenei et des gardiens de la révolution islamique (GRI, pasdaran). « Même s’il fait partie du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohammad Javad Zarif se classe parmi les derniers de la “chaîne de décision” quant à l’utilisation des missiles balistiques », explique Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran pour le site Etopia, contacté par L’Orient-Le Jour. Les propos du chef de la diplomatie iranienne relèvent davantage de la « déclaration politique pour démontrer que les Iraniens sont prêts à négocier et que ce sont eux qui font le plus d’efforts pour tenter de trouver un accord, montrant par la même occasion que les Américains ne veulent pas apaiser la situation », estime-t-il.

« La seule raison qui pousserait l’Iran à renoncer à son programme de missiles balistiques serait la conclusion d’un accord régional qui pousserait chaque pays de la région à renoncer ou limiter leurs programmes respectifs », souligne l’expert, ajoutant que « le Moyen-Orient est une zone où il n’y a aucun contrôle réel sur la production et l’utilisation de certaines armes ». Mais un tel accord, compte tenu du contexte géopolitique actuel, est impossible à mettre en place parce que aucune négociation n’est pas possible entre les différents acteurs. Ces négociations mêleraient par ailleurs l’Iran, les pays du Golfe mais aussi Israël. L’État hébreu ne semble néanmoins pas près de renoncer à son arsenal nucléaire, considérant, selon lui, la menace persistante de l’Iran dans la région.


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Téhéran ouvre une brèche dans le mur de ses rapports avec Washington et l’Occident. Au lendemain de la déclaration du président iranien Hassan Rohani, indiquant que la porte n’était pas complètement close pour un éventuel dialogue avec les États-Unis, c’est au tour du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif de se prêter à l’exercice.Dans une interview...
commentaires (4)

ILS VONT DISCUTER ET DES ARMES BALISTIQUES ET DES MILICES QU,ILS ENTRETIENNENT DANS LES PAYS ARABES ET AUTRES. LES SANCTIONS FONCTIONNENT SUPERBEMENT.;

LA LIBRE EXPRESSION

13 h 50, le 17 juillet 2019

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Commentaires (4)

  • ILS VONT DISCUTER ET DES ARMES BALISTIQUES ET DES MILICES QU,ILS ENTRETIENNENT DANS LES PAYS ARABES ET AUTRES. LES SANCTIONS FONCTIONNENT SUPERBEMENT.;

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 50, le 17 juillet 2019

  • Illusoire aussi bien que les efforts (limites) des occidentaux attaches au maintien de l'accord sans les USA.. L'Iran a trop d'enjeux politiques de domination au proche et moyen orient...pour abandonner une carte maîtresse L'Ayatollah voudrait t il revenir au "pré carre strictement national" qu'il ne pourrait le faire...contrarié par institutions militaires et para militaires qui dominent le pays... Le pré carre, pour les iraniens ssrait insuffisant au moins en popularité...pour faire accepter "au peuple" le désordre économique du pays et les frustrations... Déjà le Chah avait des vues "expansionnistes" se disant être unes de plus grandes puissances La République Islamique ne peut pas faire moins... Elle a créé des ennemis mortels (Israël, Arabie Saudite...plus) pour montrer le changement...il lui faut maintenir des "ennemis" pour faire accepter les sacrifices imposés au peuple

    Chammas frederico

    13 h 37, le 17 juillet 2019

  • Malin de reprendre la main par une suggestion apparemment "raisonnable" mais mais évidemment impossible à réaliser Jeu de dupes Nous sommes loin de la paix...mais pas encore en guerre... Quid après la possible réélection de Trump?

    Chammas frederico

    13 h 13, le 17 juillet 2019

  • Si l'Iran accepte de le faire , croyez moi ce sera pour le faire payer très cher . Poser ce genre de question de façon aussi anodine et naïve en voulant faire croire à une capitulation c'est rever en couleur . On ne brade pas ce qui fait trembler ses ennemies.

    FRIK-A-FRAK

    09 h 51, le 17 juillet 2019

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