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Économie - Pétrole

Poussée par le duo Moscou-Riyad, l’OPEP va prolonger sa baisse de production

Le cartel et ses alliés avaient décidé, en décembre, d’abaisser leur offre cumulée de 1,2 million de barils/jour pour soutenir les cours.

Les 14 pays de l’OPEP et leurs dix alliés vont garder le cap des limitations de production jusqu’à mars 2020. Photo AFP

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés, réunis à Vienne, ont fait bloc hier derrière la proposition russo-saoudienne de prolonger de neuf mois les baisses de production en vigueur pour soutenir les cours, même si l’influence du duo Moscou-Riyad irrite l’Iran.

Les quatorze pays de l’OPEP et leurs dix alliés emmenés par la Russie « soutiennent tous la proposition » de garder le cap des limitations de production jusqu’à mars 2020, a annoncé le ministre russe de l’Énergie Alexandre Novak, après une première réunion hier à Vienne.

Ces 24 pays regroupés sous l’appellation OPEP+, qui pompent la moitié du pétrole du globe, avaient décidé en décembre d’abaisser leur offre cumulée de 1,2 million de barils/jour pour soutenir les cours. Un accord qu’ils s’apprêtent à reconduire aujourd’hui après deux jours de réunions dans la capitale autrichienne, à l’heure où le prix du baril reste sous pression entre demande morose et offre abondante, et malgré les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Le suspense était d’emblée limité : le président russe Vladimir Poutine avait annoncé dès vendredi, en marge du G20 d’Osaka, un compromis avec l’Arabie saoudite pour prolonger les baisses de production. L’extension devrait être décidée pour neuf mois, selon un consensus confirmé hier par plusieurs membres du cartel, dont les Émirats arabes unis, le Nigeria et l’Arabie saoudite. « Cela garantira une certitude accrue au marché », et la visibilité « réduira la volatilité des cours », a expliqué la représentante du Nigeria, Folasade Yemi-Esan.

« Neuf mois nous donne suffisamment de temps pour rééquilibrer le marché », a insisté le ministre saoudien de l’Énergie, Khaled al-Falih, louant l’effet d’entraînement du compromis d’Osaka qui a permis de « susciter un consensus » à Vienne. Mais tous n’approuvent pas l’ascendance de la Russie, deuxième producteur mondial, et de l’Arabie saoudite, chef de file du cartel, alliées depuis trois ans pour enrayer l’effondrement des cours.



(Lire aussi : Poutine s’entend avec les Saoudiens pour prolonger la baisse de production)



Contre le solo de Riyad
À Vienne, le ministre iranien du Pétrole Bijan Namdar Zanganeh a ainsi dénoncé le caractère selon lui « unilatéral » de l’entente Moscou-Riyad. « L’OPEP va mourir avec un tel processus » de décision piloté en solo par l’Arabie saoudite, grand rival régional de Téhéran, a tancé le ministre. Une analyse vigoureusement contestée par Mme Yemi-Esan, selon qui l’OPEP reste « une coopération d’États souverains ».

« L’OPEP est plus vibrante que jamais ! Les annonces de sa mort se sont toujours révélées très exagérées », renchérissait le ministre saoudien al-Falih, jugeant que « personne ne dicte la ligne », soumise à « la concertation de tous ». Il a également défendu l’alliance élargie : « Regardons la réalité : l’OPEP seule, c’est moins de 30 % de la production mondiale. L’influence de la Russie, grand exportateur de brut, est bienvenue », a-t-il plaidé. Le ministre irakien Thamer al-Ghadban a d’ailleurs confirmé qu’une « charte » formalisant les relations de l’OPEP+ était « en discussion ».

L’Iran, lui, s’est dit farouchement opposé à ce stade à tout accord de coopération visant à pérenniser le partenariat entre l’OPEP et ses alliés. Pour autant, Téhéran lui-même soutient le renouvellement des plafonds de production, d’autant que le pays en est jusqu’ici exempté, compte tenu du retour des sanctions américaines qui étranglent ses exportations.



(Lire aussi : Équation délicate pour l’OPEP, entre tensions irano-US et demande morose)



Demande morose
Pour les pays producteurs de pétrole, l’équation est complexe : côté offre, l’intensification des tensions dans le Golfe (attaques de tankers, drone américain abattu par l’Iran...) ravive les craintes sur la sécurité des approvisionnements de brut, mais sans provoquer de flambée des prix.

De fait, les risques géopolitiques semblent éclipsés par le vif essoufflement de la consommation pétrolière, sur fond de guerre commerciale sino-américaine et de ralentissement de l’économie mondiale. Face à cette demande affaiblie, l’offre de brut reste abondante : la production américaine de pétrole de schiste ne cesse de grimper, concurrençant l’OPEP et gonflant des stocks mondiaux déjà élevés.

Inquiète, l’Arabie saoudite a réduit son offre bien au-delà des baisses de production imposées dans l’accord, pompant en mai 9,70 mbj, très en dessous des 10,31 mbj convenus. C’est le cas de la plupart des pays liés par l’accord.

La stratégie de l’OPEP+ s’est jusqu’ici révélée payante, puisque le prix du baril de Brent a pris quelque 20 % depuis janvier. Et l’annonce de l’accord russo-saoudien a permis au cours du baril de pétrole WTI de dépasser hier 60 dollars pour la première fois depuis mai. Un niveau très en deçà, cependant, des 85 dollars que nécessiterait le budget saoudien.



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