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À La Une - Diplomatie

Le G20 est-il encore "assez utile"? L'édition 2019 jette le doute

La grand-messe des vingt économies majeures a ces dernières années des difficultés à prôner l'union et à condamner le protectionnisme dans les échanges commerciaux.

Photo des dirigeants des pays du G20 réunis à Osaka. Photo AFP

Le jeu solo du président américain Donald Trump et la multiplication des rencontres bilatérales ont une nouvelle fois jeté le doute cette semaine sur la pertinence des sommets du G20, censés apporter une réponse unie aux crises mondiales.

La grand-messe des vingt économies majeures, avancées et émergentes, tenue vendredi et samedi à Osaka au Japon a été littéralement prise en otage par la rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, qu'oppose depuis des mois un différend commercial.

"C'est maintenant la deuxième rencontre du G20 dont le principal événement est un rendez-vous qui n'a rien à voir avec le G20", s'est exclamé Thomas Bernes, du Centre d'innovation pour la gouvernance internationale, un groupe de réflexion canadien, en référence au précédent sommet fin 2018 à Buenos Aires où Xi et Trump avaient déjà volé la vedette.

Osaka a aussi été marqué par une série de rencontres à deux qui ont éclipsé les séances de travail communes, tandis que les représentants des pays de l'Union européennes y ont continué leurs propres tractations pour le renouvellement des principaux postes à Bruxelles.

"Aujourd'hui, de fait, le G20 est devenu un exercice qui s'apparente à l'Assemblée générale des Nations unies, qui permet à des décideurs de se rencontrer dans des bilatérales et d'échanger des vues sur les dossiers importants", a admis le président français Emmanuel Macron, estimant que le G20 n'était "pas assez utile" et appelant à une "réflexion collective" à ce sujet. M. Trump a ainsi mené sa barque individuellement, lançant dans un tweet, avant de voir M. Xi vendredi, une invitation à rencontrer le leader nord-coréen Kim Jong Un, rencontrant le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammad ben Salmane.


(Lire aussi : Au G20, le front des pays engagés pour le climat a frôlé la rupture)


Protectionnisme
Plus largement, le G20, qui compte pour plus 85% du PIB mondial et deux tiers de la population de la planète, a ces dernières années des difficultés à prôner l'union et à condamner le protectionnisme dans les échanges commerciaux dans sa déclaration finale. La rédaction de ce texte plein de bonnes intentions, exercice diplomatique de haute voltige, est devenue presque impossible depuis l'entrée en fonctions début 2017 de Donald Trump.

Il y a plus de dix ans en novembre 2008, les dirigeants du G20 (Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie et Union européenne) avaient lors de leur première réunion défendu le "multilatéralisme". Cette promesse, pourtant bien vague et consensuelle, est à présent presque impensable. "Les différends bilatéraux, en particulier entre les Etats-Unis et la Chine menacent d'éroder de manière sensible le système de commerce mondial fondé sur des règles et construit sur plusieurs décennies", estime Adam Slater, analyste d'Oxford Economics. Selon les estimations de son cabinet d'études la croissance du commerce mondial est tombée à zéro début 2019, contre 6% en glissement annuel début 2018.


(Pour mémoire : L’engagement pour le climat loin d’être acquis à Osaka)



"Sur le carreau"

Autre grande crise et urgence sur laquelle devaient avancer les membres du G20, le climat souffre des faiblesses du G20. "L'accord de Paris a fait date mais le paysage de la politique mondiale a changé de façon spectaculaire en particulier depuis le début de la présidence Trump", commente Takehiko Yamamoto, professeur honoraire à l'Université Waseda de Tokyo.

Les membres du G20 ont conclu samedi à Osaka un accord sur le climat, à l'exception des Etats-Unis comme lors des deux précédents sommets, sans plus. "La conséquence regrettable sur le changement climatique souligne les limites du G20: ils sont sur le même bateau mais avec des intérêts différents", résume M. Yamamoto.

"Les Japonais, du fait de leurs propres préoccupations avec les Etats-Unis sur les questions commerciales et la Corée du Nord, n'ont clairement pas voulu contrarier les Américains. On a vu cela sur le commerce, on voit cela sur le climat", ajoute M. Bernes faisant remarquer que la situation avait été similaire avec l'Argentine et risque de perdurer en Arabie Saoudite, où se déroulera le G20 en 2020. "Je suis certain qu'ils adopteront la même position qui consiste à ne pas mettre Trump dans une situation difficile. Ce qui signifie que c'est le reste du G20 qui restera sur le carreau", a-t-il lancé, incitant à "explorer de nouveaux modèles de coopération, plurilatéraux ou régionaux".

Pour mémoire

 G20 : Macron fixe une "ligne rouge" sur le climat


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