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Liban

Tammam Salam à l’ordre des rédacteurs : Le climat politique actuel est pourri

Rencontre

L’ancien Premier ministre fustige le populisme et affirme que nul au Liban ne cherche à affaiblir les chrétiens.


26/06/2019

Même dans un appartement de location, en attendant que les travaux de rénovation de son domicile historique à Basta soient terminés, Tammam Salam ne démérite pas de son titre de bey. Aussi bien dans son art de recevoir les membres du conseil exécutif de l’ordre des rédacteurs menés par le président Joseph Kosseifi que dans ses propos, qui privilégient toujours l’ouverture, la sagesse, la modestie et la modération. En ces temps de polémiques politiciennes et confessionnelles, l’ancien Premier ministre, qui participe activement aux réunions des anciens présidents du Conseil et qui vient d’accompagner, en sa qualité de président du groupe d’amitié libano-saoudienne, une délégation du Parlement saoudien en visite au Liban, a voulu s’exprimer sur les grandes questions politiques, laissant transparaître un grand désenchantement. C’est d’ailleurs avec une certaine tristesse que Tammam bey Salam constate une régression dans les propos politiques et affirme que le climat général actuel du pays est assez rebutant, voire inquiétant. S’adressant aux membres du conseil de l’ordre des rédacteurs, il a souhaité que l’ordre reprenne l’initiative dans le domaine des médias qui connaît un grand désordre en raison notamment de la crise économique et du développement des réseaux sociaux. Selon lui, après les dernières élections du conseil, qui ont été « un modèle de démocratie et qui ont produit un conseil diversifié et expérimenté », il faut maintenant agir, car la période actuelle est difficile, en raison de ce qu’il appelle « la pollution politique ».

Pourtant, rappelle-t-il, la politique est au départ une fonction noble qui vise à la fois à servir les citoyens, mais aussi la nation. Or, aujourd’hui, l’action politique se limite à « se lancer dans des polémiques, à s’entêter et à se livrer au populisme ». Aujourd’hui, ajoute-t-il, un climat de défiance règne. Or le budget de l’État n’est pas une simple question de chiffres, mais une question de confiance. Par exemple, la question des déplacés syriens, au lieu d’être une cause nationale qui rassemble, est devenue un marché de surenchères, regrette-t-il.

Tammam Salam rappelle que le Liban est formé de composantes communautaires que l’on est en train de réduire à des composantes confessionnelles. Il repose sur un équilibre précis, dans lequel chaque composante s’épanouit. Les problèmes et les troubles se produisent lorsque l’une des composantes est affaiblie ou lorsque l’une d’elles se croit trop forte et cherche à en profiter aux dépens des autres.


(Pour mémoire : Mobilisation politique sunnite autour de Hariri)


« C’est vrai qu’il y a eu des élections, ce qui favorise la relance des institutions et le principe d’alternance au niveau du Parlement et du pouvoir en général. Mais aujourd’hui, de nouvelles pratiques qui font fi des dispositions de la Constitution se multiplient, et c’est ce qui nous pousse (les trois anciens Premiers ministres) à prendre position. » « La logique de la force et du plus fort ne peut que provoquer des problèmes, dit-il, car ce pays a surtout besoin de modestie et d’ouverture. Et puis, on est fort contre qui ? Contre ses propres concitoyens? »

Alors que certains critiquent sa participation à des réunions à caractère confessionnel (les trois anciens Premiers ministres), Tammam Salam se défend d’avoir eu, tout au long de sa carrière, un comportement sectaire. Sa participation à ces réunions part d’une « logique nationale », pour appeler à rectifier les déviations confessionnelles qui détournent l’esprit de Taëf. « Je n’ai jamais été confessionnel ou sectaire, précise-t-il, et cela m’a coûté cher. En 1992, avec l’ancien Premier ministre Salim Hoss, nous étions les plus forts à Beyrouth, sur le plan populaire. Nous aurions pu nous partager les sièges parlementaires sans difficulté. Mais j’ai préféré ne pas me présenter, en guise de solidarité avec les parties politiques chrétiennes qui boycottaient le scrutin. Je me suis ainsi privé d’un bloc parlementaire de 8 députés, parce que je sentais qu’une des composantes du pays allait mal. Plus tard, pendant les trois années où je suis resté Premier ministre, je n’ai jamais eu un comportement confessionnel. Mon seul objectif était de remettre la fonction intacte, en dépit de la période difficile. »

Pour Tammam bey, l’objectif a été atteint et il a remis la présidence du Conseil à Saad Hariri après l’élection présidentielle et la formation d’un nouveau gouvernement. Mais depuis, la situation s’est détériorée. Et puis « Doha (2008) a imposé de nouvelles coutumes, qui affaiblissent le dispositif établi par Taëf. Aujourd’hui, le Premier ministre a les mains liées. Il souffre et fait plus de concessions qu’il n’en faut, alors que le Conseil des ministres a perdu de son prestige. » Justement, les communiqués publiés par les trois anciens Premiers ministres ne sont-ils pas dirigés contre Saad Hariri ? « Pas du tout, répond-il, nous cherchons au contraire à renforcer sa position et à le soutenir. »Selon lui, le système actuel de gouvernement dans lequel toutes les parties présentes au Parlement (ou presque) sont représentées ne fonctionne pas. Ce système a été instauré par l’accord de Doha qui était provisoire. Mais il dure encore et impose des gouvernements de coalition. Il préfère, de son côté, qu’il y ait un véritable système démocratique avec des parties au pouvoir et d’autres dans l’opposition, pour qu’il y ait une véritable surveillance de l’action de l’exécutif par le Parlement. Dans ce cas, pourquoi ne forme-t-il pas une opposition ? « Ce n’est pas aussi simple. Il faut un plan, un objectif. De plus, dans certains points de nos communiqués, nous adoptons des positions qui peuvent être considérées comme de l’opposition. »


(Pour mémoire : Hariri-Bassil : duel à rebondissements et partenariat obligé)


Mais ce qui le dérange le plus, ce sont les propos qu’il qualifie de « populistes dans le but de s’attirer la sympathie de la rue, en excitant ses instincts confessionnels, alors qu’elle est simple et de bonne foi. C’est pour cela qu’elle se laisse entraîner par les slogans ». Il vise en particulier les propos du chef du CPL sur les droits des chrétiens. Selon lui, on ne peut pas stopper la marche du pays parce qu’il n’y a pas de parité confessionnelle dans un concours ou dans certaines fonctions. « Si elle n’est pas réalisée dans un domaine, elle peut l’être dans un autre, dit-il. Il faut arrêter avec ces comportements. C’est vrai que dans la région, il y a un recul de la présence des chrétiens. Mais je suis catégorique sur le fait qu’au Liban, nul ne cherche à affaiblir les chrétiens. Il faut cesser de faire peur. Mon père (Saëb Salam) disait qu’il y a une différence entre avoir peur, qui est un sentiment légitime qu’il faut traiter, et faire peur, qui est un crime ! »

En réponse à une question sur la visite au Liban de la délégation du Conseil consultatif (Parlement) saoudien, Tammam Salam précise qu’il s’agit d’une visite d’amitié dont la portée est psychologique et morale. Elle intervient après la décision saoudienne de lever l’embargo sur l’arrivée des touristes saoudiens au Liban, et elle a eu lieu en dépit des attaques virulentes d’une partie influente au Liban contre les autorités saoudiennes. Ce qui montre bien l’étendue de l’amitié que l’Arabie porte au Liban. C’est donc un signe positif très important. Tout comme la visite du commandant en chef de l’armée à Riyad, qui pourrait avoir des conséquences sur la relance des aides saoudiennes destinées à l’armée libanaise. En tout cas, selon lui, l’Arabie est déterminée à renforcer sa relation avec le Liban.


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TrucMuche

Bien dit, clair, net et précis. Les politiciens au pouvoir devront rendre des comptes et comme l'économie va tellement bien, cela se fera plus tôt que ce qu'ils croient. Les printemps arabes n'auront été qu'un amuse gueule...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PLUS QUE POURRI. DÉGÉNÉRÉ ET INEXISTANT !

Yves Prevost

Paroles d'un sage.
Où est-il le temps où on confiait les ministères à des gens compétents?

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