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« Falling Walls Lab » décloisonne la recherche et l’innovation

RECHERCHE

La 1re édition libanaise de la compétition internationale « Falling Walls Lab » a permis à seize jeunes candidats de présenter leur projet de recherche, de modèle d’entreprise ou d’initiative,le 11 juin à la Bibliothèque nationale de Beyrouth.

22/06/2019

Trois jeunes femmes ont remporté les trois premières places de la compétition Falling Walls Lab qui a rassemblé, le 11 juin, 16 participants – des femmes en majorité – , des chercheurs et doctorants, aux côtés de jeunes entrepreneurs et professionnels.

Les candidats ont été sélectionnés parmi les 80 projets soumis à la compétition organisée par le bureau libanais de DAAD (le service d’échange universitaire allemand) ainsi que par le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS – Liban) et par Dawrek’n (l’Observatoire national de la femme dans la recherche au sein du CNRS), avec le soutien de l’Office allemand des affaires étrangères.

À travers cette compétition, « au-delà de l’appui aux femmes, nous soutenons la culture scientifique, l’innovation, la communication et la vulgarisation de la recherche », affirme Tamara el-Zein, directrice des bourses de doctorat au CNRS et coordinatrice de Dawrek’n.

Devant le jury et un large public, les participants – qui avaient suivi deux formations dispensées par Dawrek’n – ont, tour à tour, pris la parole, appuyés par des images diffusées en arrière-plan. Dans une ambiance détendue, chacun a expliqué son projet, veillant à respecter la limite de temps imposée, alors que défilaient les secondes projetées sur l’écran. Car les fondements de cette compétition internationale consistent à présenter son travail d’une façon confiante et décontractée, tout en mettant en valeur son aspect innovateur et son impact, en seulement 3 minutes ! « Il ne suffit plus d’avoir une idée novatrice et d’en être convaincu. Si nous ne sommes pas en mesure de la communiquer correctement aux autres et de capter immédiatement leur attention, nous ne serons jamais entendus ni vus : l’idée reste invisible. Nous rivalisons pour attirer l’attention dans un laps de temps limité », explique Bahar Sayas, directrice du bureau libanais de DAAD.

Par ailleurs, ce qui a captivé également le public, c’est la diversité des thématiques que les participants ont couvertes, médicales, technologiques, informatiques, environnementales, sociales et culturelles... « Le Liban a un potentiel de recherche et d’innovation considérable, note Bahar Sayas. Il s’agit aujourd’hui de démolir les murs et de construire des ponts, ouvrant la voie à l’innovation qui est un élément-clé dans la société. »

Les présentations achevées, c’était au tour du jury de se prononcer. Après délibération, ce sont trois jeunes femmes qui ont remporté les trois premières places ! Le 1er prix consiste en un voyage en Allemagne, pour participer à la conférence internationale de Falling Walls Lab, offrant un accès unique aux percées scientifiques et sociales, ainsi qu’à la compétition finale de Falling Walls Lab à Berlin, en novembre. Quant aux 2e et 3e prix, il s’agit d’une tournée de deux jours en Allemagne, parrainée par le Centre d’innovation Hamm.

Des prix pour des candidates dans le domaine médical

Comme critères de sélection, les jurés se sont basés sur trois indicateurs. « Les gagnantes ont réussi à convaincre le jury de l’aspect innovant de leur projet, de l’impact qu’elles peuvent réaliser et de leur performance qui a été remarquable lors de la compétition », explique Tamara el-Zein, également jurée.

Ainsi, en 1re place, Amani al-Outa a également remporté le prix du public pour son intervention « Briser le mur du cancer avec une mouche des fruits ». Cette doctorante en sciences biomédicales a présenté, lors de la compétition, sa thèse qu’elle prépare à la faculté de médecine de l’AUB. Son travail porte sur les nouveaux médicaments de la leucémie en prenant comme modèle la mouche des fruits. « Nous avons transmis à la mouche des fruits l’oncogène responsable de la leucémie myéloïde chronique, et dans une première phase, nous l’avons placé dans son œil. Nous avons pu observer au microscope les lésions qui en ont résulté. Nous lui avons administré par conséquent les médicaments prescrits aux patients atteints de cette leucémie, et nous avons eu des résultats positifs », explique Amani qui obtiendra son doctorat cet été. La validation de ce modèle instaure une nouvelle approche qui est plus rapide que les méthodes usuelles. « Elle permettra de dépister un large éventail de médicaments potentiels afin d’en filtrer ceux qui subiront de nouveaux essais et validations sur des systèmes plus avancés », ajoute-t-elle.

Lauréate du 2e prix pour son intervention « Briser le mur de la mort globale », Asma Serhane a présenté son projet d’appareil portable qui surveille les signes vitaux du patient et les affiche sur une application mobile. Utilisé surtout dans les cas de maladies non transmissibles, il peut aussi avertir l’utilisateur par une alerte. « La valeur ajoutée de cet appareil réside dans le fait qu’il est de très petite taille et qu’il donne des résultats de bonne qualité. Je suis en train de lui ajouter deux caractéristiques importantes : la mesure de la pression artérielle et un défibrillateur externe automatisé et portable. Il peut donc aider tout patient en cas d’urgence », explique cette étudiante en génie biomédical à l’Université islamique du Liban.

Quant à la 3e lauréate, Hiba Douja Chehadé, dans sa présentation « Briser le mur des douleurs neuropathiques », elle a exposé le travail qu’elle entreprend dans le cadre de son doctorat, au Laboratoire de recherche en neurosciences (Laren) de la faculté de médecine de l’USJ. Son objectif : traiter d’une façon efficace les douleurs chroniques dues à une lésion ou une maladie qui touche le système nerveux, à travers la neurostimulation – application d’un courant électrique – d’une région du cerveau qui s’appelle l’insula dont le rôle dans l’interprétation de la douleur est désormais établie. « Jusqu’à ce jour, l’insula n’est que très peu étudiée dans le contexte de neurostimulation, donc déjà le fait de travailler dessus est une nouveauté. De plus, la technique que nous utilisons au Laren permet un accès direct à cette région cérébrale, sans aucun risque de destruction ou de modification des régions environnantes. Notre recherche s’intéresse surtout à comprendre les mécanismes d’action à l’origine de l’effet antalgique de la stimulation de cette région », explique cette doctorante en 3e année.

Pour ces lauréates, comme pour les autres participants, la compétition a constitué une opportunité non seulement de diffuser un travail qui, d’ordinaire, reste confiné dans un cadre universitaire, mais d’en discuter également avec le public. « La participation au Falling Walls Lab m’a permis de faire parvenir ce projet au grand public qui n’est d’ailleurs pas nécessairement scientifique. C’était une chance aussi de montrer la grande qualité du travail scientifique sortant des laboratoires au Liban », souligne Hiba. Asma confirme : « Falling Walls Lab a mis en valeur mon travail et m’a aidée à créer un réseau de relations. » Pour Amani, enceinte et mère d’une fillette, cet événement lui a permis « d’encourager les femmes de (son) domaine et de leur montrer que malgré les difficultés auxquelles une femme est confrontée en essayant de trouver un équilibre entre les besoins de sa famille et la recherche, elle peut toujours faire entendre sa voix si elle croit en ce qu’elle fait ».

Le Liban figure parmi une soixantaine de pays qui participent au Falling Walls Lab. Lancé par l’ONG allemande Falling Walls Foundation, ce forum international réunit de jeunes chercheurs, doctorants et professionnels, toutes disciplines confondues, allant des sciences et de la gestion jusqu’à la politique, le social et l’art.



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