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Culture - À L’Affiche

Dis, grand-mère... raconte-moi

Qui n’a pas le souvenir d’une grand-mère aux ongles vernis de blanc nacré ? Qui n’est pas resté sur un

tabouret, les yeux écarquillés et les oreilles grandes ouvertes, pour l’écouter raconter sa vie ? Mais toutes les histoires ne se ressemblent pas, et celle de Nourhane est particulière. Au Metropolis Empire Sofil, du 17 au 23 juin, May Kassem déroule, dans « Nourhane, a Child’s Dream », le récit de sa grand-mère, qui fut un jour une artiste à sa manière.

La chanteuse Nourhane. Photo de la collection privée de l’artiste

C’est l’histoire d’une adolescente de 14 ans qu’on a mariée de force et qui, à l’âge de 15 ans, se retrouve enceinte. Mais comment une enfant va-t-elle savoir/pouvoir élever un enfant ? Elle ne le saura malheureusement pas, l’enfant décédant à l’âge de 4 ans. C’est l’histoire de cette adolescente finalement devenue grand-mère et qui revient sur son passé très lointain, pendant que les haricots verts se laissent écosser par ses mains ravinées. Un passé enfoui, oublié, volontairement, intentionnellement, et que sa petite-fille est venue déterrer. Une histoire en strates qui va se dévoiler et émerger à travers des interviews, des commentaires, des dessins et surtout des séquences animées truffées de sensibilité et d’amour.


Et un jour elle a tout abandonné
Elle était Nourhane. Cette chanteuse et actrice dans les années 50 et 60 qui enflammait le cœur des hommes et que les femmes enviaient. Elle avait acquis une immense popularité auprès du public arabe par le biais de la chanson et du cinéma, car elle était également une comédienne de grand talent ainsi qu’une femme de conviction qui assumait sa liberté. Pendant que les femmes étaient aux fourneaux, Nourhane réalisait des tournées dans toutes les capitales du monde arabe, du Caire à Damas en passant par Bagdad et la Palestine. Après deux mariages qui furent des échecs et une carrière florissante, elle décide brusquement de tout abandonner et de se retirer de la scène au milieu des années soixante. Plus jamais elle n’évoquera son passé qui sombrera dans l’oubli. Il restait à Nourhane une seule raison de vivre : donner le meilleur à Ziad (le père de la réalisatrice May Kassem), son fils d’un second mariage. Quand sa petite-fille, May, entre dans le monde du cinéma et découvre à 21 ans (après une visite chez l’acteur et réalisateur syrien Doreid Lahham) le passé de sa grand-mère, elle cherche à en savoir plus, et quelques années plus tard, réalisera son documentaire.


« Et un jour, j’ai tout découvert »
May Kassem est née à Beyrouth en 1975. Cinéaste, scénariste, productrice de radio, compositrice de musique et enseignante, elle a réalisé des films, des vidéos, des documentaires et des films d’animation au format 16 mm. Après un BA du département culture moderne et médias de l’Université Brown en art sémiotique, elle obtient son diplôme de maîtrise en cinéma et réalisation à l’Iesav.

Nourhane, un rêve d’enfant a remporté le 1er prix du Festival d’art féministe de Chouftouhonna à Tunis (2016), ainsi que le prix du meilleur documentaire au Festival phénicien de Lyon (2017) ; il a été primé meilleur documentaire au Festival du film mensuel de Copenhague et meilleur documentaire au Festival de Martinique. Il a également été projeté au Cairo Women’s Film Festival en 2017, était demi-finaliste au CineFest de Los Angeles et faisait partie de la sélection officielle du TrueDoc Documentary Film Fest du Sydney World Film Festival et du Hong Kong ArtHouse. Des efforts bien récompensés pour cette réalisatrice qui a pris son temps pour remonter le temps, dépoussiérer les albums photo, épousseter les cassettes, passer de nuits entières à visionner et à écouter ce qui fut la vie de sa grand-mère, et en particulier les raisons pour lesquelles sa grand-mère a quitté une carrière à son apogée. Elle réalise un film/documentaire en présence de sa grand-mère âgée de plus de 90 ans qui conserve, après toutes ces années, son humour percutant et son aura face à la caméra qui continue à tourner pour elle… grâce à l’amour de sa petite-fille.



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