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Moyen Orient et Monde

L’autoritarisme chinois, un modèle pour les pays arabes ?

30 ans après Tiananmen

Un pouvoir très centralisé qui refuse toute alternance, une absence de droits politiques, une forte contrainte sociale, une surveillance intense, voilà une partie des ingrédients du système chinois que l’on retrouve dans la majorité des régimes autoritaires de la région.

08/06/2019

La stabilité plutôt que la liberté. Le développement économique au détriment des droits politiques. La répression violente comme méthode de dissuasion. Le modèle chinois s’est en partie construit, il y a de cela 30 ans, sur ces trois grand choix politiques, au moment du massacre de Tiananmen. Il n’a rien inventé – l’histoire étant faite de régimes autoritaires ayant permis le développement de leurs entités politiques–, mais a proposé ce qui peut apparaître aujourd’hui comme une voie alternative au modèle occidental pour qui la démocratie est indissociable du progrès économique. Un modèle qui, à bien des égards, est susceptible de séduire bon nombre d’États aux quatre coins de la planète, et particulièrement dans le monde arabe. Revenons en arrière. Tiananmen, 4 juin 1989. Après sept semaines de manifestations d’étudiants et d’ouvriers réclamant des réformes démocratiques, le pouvoir central réprime violemment le mouvement, faisant des centaines de morts. La Chine, en plein développement économique, ferme la porte à tout processus de démocratisation. Les politologues font le pari que la transition politique finira par s’imposer d’elle-même en raison de l’apparition de la classe moyenne. Pari perdu. 30 ans après, la Chine est un géant capable de changer le destin du monde. Les aspirations démocratiques ont été étouffées, la surveillance accrue grâce au développement technologique, et le boom économique a fini d’asseoir la légitimité du pouvoir central.


(Lire aussi : L’ombre des pays du Golfe plane au-dessus du régime soudanais)


Contre-modèle

La Chine s’est imposée comme un contre-modèle par rapport aux Occidentaux. « Le modèle chinois, qui est un mélange de dictature organisée et de capitalisme, exerce une fascination pour bien des pays », assure Michel Duclos, conseiller spécial de l’Institut Montaigne et auteur de La longue nuit syrienne (éditions de l’Observatoire, 2019). Alors que la démocratie recule « dans toutes les régions du monde pour la treizième année consécutive », selon l’ONG Freedom House, une vague néo-autoritaire gagne du terrain un peu partout.

On a tendance à désigner Vladimir Poutine comme son parangon. Mais la Russie, malgré le rôle qu’elle occupe encore sur la scène internationale, est en voie de déclassement économique. Elle n’est plus la superpuissance d’antan qui pouvait inspirer, de gré ou de force, la moitié du monde. La Chine de Xi Jinping est la seule puissance à pouvoir réellement contester l’hégémonie du modèle occidental. « Il y a une volonté récente de présenter ce modèle comme une solution à des pays en voie de développement, que ce soit en Afrique ou ailleurs, avec l’idée de dire qu’il est possible de se développer économiquement sans avoir recours à la démocratie », note François Bougon, journaliste au Monde et auteur de La Chine sous contrôle (éditions du Seuil, 2019). « Mais il n’y a pas de projet d’exportation explicite ou une hégémonie qui s’impose comme cela de la part de Pékin », nuance-t-il.

Les pays arabes, dans leur ensemble, n’ont même pas besoin d’être convaincus de l’efficacité du modèle. Les régimes autoritaires de la région ont multiplié les « Tiananmen » au cours de ces dernières années, en réponse aux aspirations démocratiques qui ont accompagné les printemps arabes. On retrouve, dans la majorité d’entre eux, une partie des ingrédients du modèle chinois : un pouvoir très centralisé qui refuse toute alternance, une absence de droits politiques, une forte contrainte sociale, une surveillance intense. Mais cela ne s’accompagne pas forcément de l’ingrédient-clé, celui qui fait que la recette fonctionne : la croissance économique.

Les vieux régimes autoritaires arabes, à l’instar de ce qui existe en Syrie, en Algérie ou au Soudan, ont été fortement contestés en partie en raison de leur incapacité à compenser les injustices politiques par de bonnes conditions économiques. Les pays du Golfe, Arabie saoudite et Émirats arabes unis en tête, sont, dans une certaine mesure, beaucoup plus proches du modèle chinois. Les deux hommes forts du Golfe, Mohammad ben Salmane (MBS) et Mohammad ben Zayed (MBZ), considèrent que les populations arabes ne sont pas prêtes pour la démocratie, et ne se cachent pas pour le dire. Ils n’ont que le mot stabilité à la bouche et partagent une vision d’un Golfe arabe ultradéveloppé et à la pointe de la technologie, où tout est encadré par le pouvoir central. « Il y a également de fortes similitudes dans la personnalisation du pouvoir. Avec MBS, on a l’idée d’un homme nouveau saoudien comme les Chinois l’ont fait avec Xi Jinping », analyse Michel Duclos. « En ce qui concerne les Émirats, la ressemblance est plus orientée vers Singapour, un petit État qui est aussi un modèle autoritaire réussissant très bien économiquement », nuance Paul Salem, directeur du Middle East Institute. « La grosse, et non moins notable, différence entre la Chine et les pays de la région, c’est que Pékin est sous la domination du Parti communiste, très structuré et organisé », ajoute-t-il.

La comparaison a bien sûr ses limites, tant sur les aspects sociopolitiques que sur les dynamiques économiques. Les pays du Golfe restent très proches des États-Unis et la Chine demeure un acteur essentiellement économique au Moyen-Orient. Personne, dans la région, ne se réclame ouvertement de son modèle. Mais on ne racontera peut-être pas la même histoire dans trente ans.


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