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Économie - Focus

Malgré des tensions, des liens économiques forts entre Paris et Rome

Le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, lors d’une conférence de presse, à Paris, le 15 juin 2018. Photo Reuters

Le projet de mariage entre Fiat Chrysler (FCA) et Renault constitue un nouveau test pour les relations économiques mouvementées entre la France et l’Italie, marquées par des tensions, voire des crises, mais aussi de nombreuses « success stories ».

« Au-delà des diatribes et des conflits au niveau politique, le dialogue entre la France et l’Italie se déroule de manière soutenue et vertueuse d’un point de vue industriel et économique, assure Giuliano Noci, professeur de stratégie à l’école de commerce de Polytechnique à Milan. Les deux milieux industriels sont fortement interconnectés. »

La France est ainsi le principal investisseur étranger en Italie, où elle compte plus de 1 900 filiales, tandis que la péninsule, présente avec quelque 1 700 entreprises, est devenue l’an passé le 5e investisseur dans l’Hexagone. De ces liens particuliers est né en 1987 un des leaders européens des semi-conducteurs, STMicroelectronics, fruit d’une fusion entre groupes français et italien, ou encore le géant de l’optique EssilorLuxottica, issu du rapprochement fin 2018 du français Essilor et de l’italien Luxottica. Une fusion FCA-Renault créerait quant à elle le numéro trois mondial du secteur automobile, et même numéro un si Nissan et Mitsubishi sont de la partie.

FCA est un groupe clairement international depuis la prise de contrôle il y a dix ans par Fiat de l’américain Chrysler, et avec la nomination l’été dernier d’un non-Italien à sa tête, l’Anglais Mike Manley. Mais le constructeur reste profondément italien : la famille Agnelli-Elkann en est l’actionnaire principal et il compte encore 16 sites de production dans la péninsule, sur un total de 102. FCA est déjà bien implanté en France : avec 7 000 salariés, il y est le principal employeur italien, à égalité avec l’assureur Generali.

Pourtant, malgré ces liens forts, des incompréhensions entachent les relations entre les deux pays. L’élément interculturel est extrêmement important et n’est pas assez pris en compte, ce qui peut provoquer des dégâts, selon Fabrizio Romano, président de l’Institut pour les relations économiques France-Italie (Irefi), qui conseille justement les entreprises dans ce domaine. « Nous en avons eu la preuve avec EssilorLuxottica, Vivendi dans les dossiers Telecom Italia et Mediaset, et STX-Fincantieri », souligne-t-il. Le géant de l’optique a été fragilisé ces derniers mois par de vives tensions entre ses dirigeants français et italien, conduisant même à une demande d’arbitrage, avant que la situation ne s’apaise.

Paradoxe de la proximité

« C’est le paradoxe de la proximité. En Chine, vous vous attendez à des différences, avec l’Italie, non. On est tellement proches qu’on ne voit pas l’autre comme il est. C’est un piège, qu’il faut éviter, en se parlant et en définissant une méthode de travail commune », note M. Romano. Parfois, le diable se cache dans les détails. Le Français, voulant être efficace, envoie un courriel bref et très direct. L’Italien, pour qui la forme est importante, peut le ressentir comme une insulte. « L’interculturel, on pense que c’est de la théorie, mais cela peut coûter des milliards d’euros. Le titre EssilorLuxottica a perdu 10 % en Bourse à un moment, et Vivendi se retrouve bloqué en Italie », détaille M. Romano.

Le géant des médias a réussi à se mettre à dos tant le monde économique que politique italien en prenant le contrôle de l’opérateur Telecom Italia et en montant au capital du groupe de télévision Mediaset lors d’un raid qualifié d’« hostile » par la famille du magnat Silvio Berlusconi, son principal actionnaire. Son attitude, considérée comme arrogante, a renforcé le sentiment d’une « campagne française en Italie », venant s’ajouter aux achats faits par les géants du luxe LVMH ou Kering, qui se sont emparés ces 20 dernières années de Fendi, Bulgari, Gucci ou Bottega Veneta.

D’où une incompréhension totale, souligne le professeur Noci, quand le président Emmanuel Macron, à peine élu, est revenu sur l’accord passé avec le précédent gouvernement français sur le rachat des chantiers de l’Atlantique (ex-STX France) par l’italien Fincantieri, alors même qu’ils étaient déjà en mains étrangères, en l’occurrence coréennes. Le gouvernement italien, Matteo Salvini en tête, a régulièrement ravivé ce ressentiment, en particulier à l’approche des élections, comme avec récemment le possible intérêt du français Lactalis pour un grand nom du parmesan italien.

Céline CORNU/AFP

Le projet de mariage entre Fiat Chrysler (FCA) et Renault constitue un nouveau test pour les relations économiques mouvementées entre la France et l’Italie, marquées par des tensions, voire des crises, mais aussi de nombreuses « success stories ».« Au-delà des diatribes et des conflits au niveau politique, le dialogue entre la France et l’Italie se déroule de manière soutenue et vertueuse d’un point de vue industriel et économique, assure Giuliano Noci, professeur de stratégie à l’école de commerce de Polytechnique à Milan. Les deux milieux industriels sont fortement interconnectés. »La France est ainsi le principal investisseur étranger en Italie, où elle compte plus de 1 900 filiales, tandis que la péninsule, présente avec quelque 1 700 entreprises, est devenue l’an passé le...
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