Le Parlement européen à Strasbourg. AFP/Frederick Florin
Une poussée populiste aux élections européennes devrait se briser contre une digue formée au Parlement de l’UE par les partis pro-européens, mais les dissensions sur les nominations aux postes-clés de l’Union minent sa solidité, ont confié à l’AFP plusieurs responsables et analystes.
« Les souverainistes vont rester marginalisés au niveau européen par la victoire des forces pro-européennes au Parlement », soutient l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta, président de la Fondation Jacques Delors. « Mais il faut être réaliste. Il y a un risque que ce résultat soit tout de suite planté si les discussions sur les nominations (pour les présidences des institutions de l’UE) commencent avec des veto, des blocages et des représailles », a-t-il averti dans un entretien avec l’AFP.
Une réunion des dirigeants de l’UE a été convoquée le 28 mai. La consultation dira si un accord sur les nominations est possible pour le sommet européen des 20 et 21 juin, ou si les discussions sont conflictuelles, comme en 2014. Les résultats des formations anti-européennes, eurosceptiques et populistes vont peser sur ce processus. Elles sont au pouvoir en Italie, en Pologne, en Hongrie et fragilisent plusieurs gouvernements. Elles devraient aligner entre 173 et 200 élus selon les projections, contre 154 en 2014. Mais les additionner est une erreur, insistent les dirigeants du Parlement européen. Ils sont divisés en trois groupes depuis 2014 et un « cordon sanitaire » a été constitué pour éviter l’élection de candidats anti-européens aux présidences des commissions du Parlement.
Entente mise à mal
Cette entente risque cependant d’être mise à mal, car « une bataille se profile entre le Parlement européen et le Conseil (des dirigeants de l’UE) sur la nomination du président de la Commission européenne », avertit Gianni Bonvicini dans une analyse du centre de réflexion Affari Internazionali. Le Parlement vote pour désigner son président et pour le candidat du Conseil pour la Commission de Bruxelles qui doit obtenir une majorité de 376 votes pour être adoubé. Emmanuel Macron a déclenché les hostilités en refusant le candidat allemand désigné par les partis membres du PPE (droite), l’Allemand Manfred Weber, soutenu par Angela Merkel. Il considère qu’il n’a ni l’expérience ni l’autorité requises pour diriger l’exécutif bruxellois. Le président français et ses alliés libéraux refusent en outre de limiter leur choix pour le patron de la commission aux seuls candidats désignés par les partis du Parlement. Le PPE est ulcéré par cette position. « Qui décide qui est le meilleur ? L’Élysée tout seul ou les partis politiques ? » s’insurgent ses dirigeants. Aucune majorité ne sera possible dans le nouveau Parlement sans une alliance entre le PPE, les socialistes et les libéraux, rappelle son porte-parole Jaume Duch.
Les 48 heures de Weber
« Manfred Weber dispose de 48 heures pour être désigné », explique-t-on de source européenne. « Il va chercher le soutien du Parlement lors d’une réunion des présidents des groupes politiques mardi matin, juste avant le sommet. »
Un projet de déclaration leur sera soumis. Elle devrait dire que le Parlement européen ne votera pas pour un candidat choisi hors de la procédure dite du « spitzenkandidat » adoptée en 2014, a-t-on expliqué.
Toutes les familles du Parlement, à l’exception de l’Alliance des libéraux (ALDE), ont désigné un candidat pour la présidence de la Commission lors d’un congrès de leurs partis membres : le Néerlandais Frans Timmermans pour les socialistes, l’Allemande Ska Keller pour les Verts, le Tchèque Jan Zahradil pour les conservateurs, l’Espagnol Nico Cue pour la gauche radicale. « Si le Parlement renonce à cette règle, alors le Parlement est mort », ont averti de nombreux élus européens.
Dans le même temps, les instances du PPE vont se réunir à Bruxelles pour « réaffirmer que Weber est leur candidat ». Elles pourraient également annoncer leur soutien à l’élection du chef du groupe ALDE Guy Verhofstadt à la présidence du Parlement pour tenter de retourner un allié du président français. Le PPE mise sur l’incapacité d’Emmanuel Macron de bloquer la procédure. « Merkel a essayé en 2014 et elle a échoué. La tentative échouera aussi cette fois-çi », a prédit le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, membre du PPE. « Dans le cas contraire, il faut se préparer à un été de crise », prédit un dirigeant de la droite européenne.
Christian SPILLMANN/AFP


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