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Projet

Addictions : une unité mobile verra bientôt le jour à l’hôpital Rafic Hariri

Le projet sera réalisé en coopération avec une équipe de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière en France.

Rima Tarabay (deuxième à partir de la gauche) avec l’équipe de la Pitié-Salpêtrière et des responsables de l’hôpital Rafic Hariri. Photo Ilias Roncière

Le Liban souffre d’un problème incapacitant en matière de suivi médical pour les personnes souffrant d’addiction. La prise en charge est assurée dans le cadre privé, mais elle fait largement défaut dans le secteur public. Une équipe libano-française compte remédier au problème, en créant une unité mobile à l’hôpital gouvernemental universitaire Rafic Hariri.

À l’origine du projet Rima Tarabay, docteure en géographie, psychologue clinicienne et activiste, qui souhaite que sa démarche « s’inscrive dans la continuité de celle de (l’ancien Premier ministre assassiné en 2005) Rafic Hariri », auprès de qui elle a travaillé pendant de longues années, mais également de celle de l’association portant son nom et tenue par sa femme, Nazek Hariri.

Pour ce faire, Mme Tarabay collabore avec une équipe de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière en France, formée d’Yves Edel, psychiatre et chef d’unité, Grégory Pfau, pharmacien, et Cora Von Hammerstein, psychologue clinicienne. Ensemble, ils comptent mettre en commun leur expertise et la transmettre au service du Liban. Aussi, la semaine dernière, l’équipe libano-française s’est rendue à l’hôpital Rafic Hariri pour présenter son projet. Il consiste à « mettre en place de manière durable une unité de liaison mobile d’addictologie, chargée d’assurer un suivi complet et efficace pour les personnes souffrant d’une addiction », explique Mme Tarabay. Elle comptera un large éventail d’experts pouvant proposer au patient un suivi cohérent et fiable à tout moment et très facilement.

Le critère de mobilité constitue un « point essentiel, car celle-ci permet à l’équipe médicale d’aller vers le patient sans attendre qu’il fasse la démarche de venir vers elle», souligne Mme Tarabay. «De plus, elle lui autorise également l’accès à d’autres services comme les urgences ou même d’autres hôpitaux dans les cas où il serait nécessaire d’intervenir rapidement», poursuit-elle.

En effet, chaque cas est unique, puisque l’addiction est différente et ne nécessite pas toujours les mêmes compétences. C’est pourquoi, le Dr Edel a proposé trois niveaux à mettre en place. Il s’agit du niveau de proximité qui correspond à des soins primaires et concerne la majorité des cas. Dans cette étape, plusieurs corps de métier sont indispensables, comme les assistantes sociales, les pharmaciens, les psychologues et les addictologues. Le but est de travailler personnellement et efficacement sur le comportement à risque du patient, comme la consommation incontrôlée et excessive de tabac ou d’alcool.

Le deuxième niveau concerne les soins d’urgence ou les comportements psychiatriques nécessitant une intervention médicale. Ce niveau est destiné « aux cas plus problématiques, qui restent toutefois moins courants et relève du domaine des psychiatres et des infirmières », précise le Dr Edel. Enfin, le troisième niveau concerne l’enseignement et la formation universitaire que nécessite tout ce travail. Car il faut que l’équipe puisse assurer une pérennité des postes et ainsi perdurer. Pour cela, Rima Tarabay cherche à développer un diplôme universitaire d’addictologie à l’Université libanaise. Ainsi, « ce projet pourra s’inscrire dans le temps et le Liban développera de lui-même des solutions durables », note-t-elle.

Prévention

Il existe bien évidemment un gros travail de prévention qui s’inscrit a priori et de manière indépendante du suivi. Cependant, il reste selon les experts un travail énorme à fournir pour chaque Libanais. C’est celui des stigmatisations, de l’absence de dialogue et de la pression que peut ressentir le consommateur. Il ne doit pas se sentir jugé, accusé et repoussé. Pour eux, « malgré la loi de moins en moins sévère sur la détention et la consommation de substances addictives illégales, la bienveillance générale est plus que nécessaire pour lutter contre ce fléau ». Ils estiment que « le consommateur qui souhaite s’en sortir doit être aidé et ne doit pas se sentir jugé tant par l’équipe médicale que par ses proches ». Pour cela, « il est nécessaire d’aller vers le patient, et c’est tout l’intérêt de l’équipe de proximité ». « Il s’agit de comprendre les faiblesses et les forces de chaque individu en souffrance, et ainsi lui permettre de détenir seul les clefs de son rétablissement », affirme Mme Von Hammerstein.

Le projet a dépassé l’étape de la réflexion. Aujourd’hui, Mme Tarabay dispose du soutien de beaucoup d’acteurs. Elle affirme que l’idée a été très bien reçue par le ministère de la Santé, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), l’association Skoun qui fait déjà un travail énorme dans ce sens. L’hôpital Rafic Hariri a également donné son accord pour installer la première équipe de liaison. Aujourd’hui, « c’est l’heure de trouver des financements » afin de concrétiser une bonne fois pour toutes cette future avancée médico-sociétale. Il s’agit là d’une première étape pour Rima Tarabay, qui souhaite par cette démarche « renforcer les institutions publiques et notamment celles de la santé au Liban ».

Ce magnifique projet est en train de voir le jour pour le grand bien de tous ceux qui en bénéficieront et tous ceux pour qui les problèmes pourront être évités.


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