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Économie

Réforme de l’électricité : Boustani dévoile et défend le plan amendé

Énergie

Approuvée lundi dernier par le Conseil des ministres, la stratégie, qui tient sur un document d’environ 25 pages dont des copies ont été distribuées aux personnes présentes, doit être examinée ce mercredi par le Parlement.

15/04/2019

La ministre de l’Énergie et de l’Eau, Nada Boustani, a présenté samedi lors d’une session questions/réponses, organisée devant plus de 200 personnes à l’Université Saint-Esprit de Kaslik, les principaux axes de la version amendée du plan pour la réforme du secteur de l’électricité, qui ne comporte quasiment pas de changements par rapport à ce qui avait été annoncé jusqu’à présent. Approuvée lundi dernier par le Conseil des ministres, la stratégie, qui tient sur un document d’environ 25 pages dont des copies ont été distribuées aux personnes présentes, doit être examinée ce mercredi par le Parlement. Mme Boustani a en outre assuré que le plan serait « rapidement » publié sur le site du ministère.

La réforme de l’électricité est l’une des plus importantes que le Liban doit lancer, conformément aux engagements que ses dirigeants ont pris lors de la Conférence de Paris

(CEDRE) en avril 2018. Électricité du Liban (EDL), l’établissement public qui gère la production et la distribution du courant, affiche un déficit cumulé de 30 milliards de dollars à fin 2018 et n’est pas en mesure d’alimenter tous les foyers libanais 24 heures sur 24, ce qui contraint la population à faire appel à des exploitants de générateurs privés.

S’inscrivant dans le prolongement du plan Bassil pour l’électricité adopté par l’exécutif en 2010, le plan Boustani s’articule sur trois axes : réduction des pertes techniques et non techniques ; hausse de la production à travers le déploiement de centrales temporaires puis durables ; et hausse des tarifs, qui sont figés depuis 1994.

Contrats signé « à la fin de l’année »

Au niveau de la production, le plan Boustani prévoit, comme prévu, le lancement d’un nouvel appel d’offres pour la signature d’accords d’achat d’énergie à long terme (Power Purchase Agreement). Les sociétés candidates devront dans la même offre proposer une solution temporaire pour assurer une hausse de la production de 1 450 MW supplémentaires dès début 2020 (soit plus de 20 heures de courant par jour à partir de cette période) et une solution à long terme, à travers la construction de nouvelles centrales durables pour répondre à un besoin total de 3 100 MW « à long terme ».

Mme Boustani a indiqué que le ministère de l’Énergie avait déjà commencé à préparer les cahiers des charges pour cet appel d’offres, qui devra ensuite être soumis à la Direction des adjudications (DDA) qui le validera. Cette dernière sera en outre chargée d’examiner et d’évaluer les offres avec un comité technique formé par des experts choisis par le ministère de l’Énergie. Sauf surprise, les contrats devraient être signés « avant la fin de l’année », a assuré la ministre.

Si le choix de la solution temporaire n’a toujours pas été arrêté (plusieurs options sont envisagées), le calendrier détaillé dans le plan (pages 6 et 7) confirme ce que la ministre avait déjà communiqué lorsqu’elle avait présenté son plan pour la première fois il y a deux semaines. Celui-ci programme notamment la construction de plusieurs centrales « respectueuses de l’environnement et fonctionnant au gaz naturel » avec de nouvelles centrales à Hraiché, Selaata et Zahrani, le remplacement des centrales de Zouk et Jiyé.

Appel d’offres pour les FSRU
Selon le calendrier prévu, le Liban devrait ainsi pouvoir se passer dès 2022 des 370 MW produits par les navires-centrales loués à l’opérateur turc Karadeniz depuis 2013 (le Fatmagül Sultan à Zouk et l’Orhan Bey à Jiyé) et arrêter d’importer 150 MW de Syrie à partir de 2023. Le plan intègre également les mises en service respectives du parc solaire de 180 MW et de celui, éolien, de 220 MW dans le Akkar dont les appels d’offres ont été lancés par le Centre libanais pour la conservation d’énergie bien avant l’adoption du plan Boustani, entre autres projets.

S’agissant de la mise en service des unités flottantes de stockage et de transformation du gaz liquéfié (FSRU) dans les centrales de Deir Ammar 2, Selaata et Zahrani 2 programmée pour 2021, la ministre a précisé que six sociétés avaient été retenues à l’issue de l’examen des offres techniques. L’examen des offres financières, à l’issue duquel le ministère devrait communiquer les résultats définitifs de l’appel d’offres lancé en mai 2018, doit démarrer dans les prochains jours. Le ministère de l’Énergie avait retenu 13 consortiums lors de la phase de préqualification, dont le français Total et l’italien ENI, le britannique BP ainsi que les libanais Butec et Almabani.

Renforcer le réseau
S’agissant des pertes techniques (liées à la vétusté du réseau) et non techniques (vols et branchements illégaux), le plan prévoit de les réduire afin qu’elles ne totalisent plus que 11 % en 2022 contre 34 % en 2018. Ce total exclut les 4 % liés aux pertes sur le réseau de transport (les lignes à très haute tension qui relient les centrales aux zones de consommation) qui seront réduites de 1 point d’ici à 2022. Une réduction des pertes de 1 point de pourcentage se traduira par une rentrée de 2 milliards de livres libanaises (1,3 million de dollars) dans les caisses d’EDL, selon le plan.

La réduction des pertes techniques passe par un « renforcement du réseau ». EDL se charge des réseaux de transport, tandis que ses prestataires de services NEUC, BUS, KVA et Mrad sont mandatés pour s’occuper de la distribution (qui fait la jonction entre les réseaux de transport et les foyers abonnés). Pour les pertes non techniques, le ministère prévoit « dès cette semaine » de dépêcher les forces de sécurité « en soutien d’EDL » pour lutter contre les fraudes « dans toutes les régions ». La ministre a rejeté la possibilité d’une « interférence politique » qui empêcherait EDL de mener cette mission à bien. Mme Boustani a ajouté que l’établissement public devrait, avec l’aide de ses prestataires de services NEUC, BUS, KVA et Mrad, être à jour au niveau de la collecte des factures et le recouvrement des arriérés d’ici à la fin de l’année.

En ce qui concerne enfin la révision des tarifs, la ministre n’a pas apporté de précisions supplémentaires par rapport à ce qui avait déjà été acté, à savoir une hausse de 180 % des tarifs d’EDL prévue début 2020, parallèlement à une augmentation de la production. Une mesure qui doit contribuer à faire d’EDL un établissement public « rentable » tout en garantissant que la nouvelle facture dont s’acquitteront les abonnés d’EDL et qui sera indexée aux cours du carburant restera inférieure à la double facture qu’ils payent actuellement à l’établissement public ainsi qu’aux propriétaires de générateurs privés.


« Climat positif »
La ministre n’a enfin pas fourni de nouveaux éléments concernant les réserves évoquées lors des travaux de la commission ad hoc qui était chargée de valider le plan avant son examen par le Conseil des ministres. L’une d’entre elles portait sur la création d’une autorité de régulation du secteur de l’énergie, qui devrait donc être repoussée si les députés votaient mercredi la loi n° 288, adoptée en avril 2014 et qui permet à l’exécutif d’octroyer des licences de production au secteur privé pendant deux ans. Répondant aux questions du public, elle a en outre écarté le risque que le Parlement n’entérine pas cette prolongation, évoquant un « climat positif » déjà évoqué par le député Marwan Hamadé dans la presse vendredi.

S’agissant de la seconde réserve principale de la commission, à savoir la nomination des membres du conseil d’administration d’EDL, la ministre a répété qu’elle avait appelé le Conseil des ministres à accélérer le processus. Le gouvernement ne semble pas enfin avoir arrêté de plan définitif pour gérer la sortie des propriétaires de générateurs du circuit de production une fois qu’EDL sera capable de fournir du courant à plein temps.

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