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Liban

Cessation du paiement des salaires dans les petites municipalités

Crise sociale

La situation est aggravée par le poids que font peser sur les infrastructures les réfugiés syriens.

Fady NOUN | OLJ
09/04/2019

Est-ce les prémices d’une crise plus grave ? L’État est-il au bord de la cessation de paiement ? Toujours est-il qu’une houleuse manifestation de fonctionnaires et d’employés municipaux privés de leurs salaires depuis plusieurs mois a eu lieu hier la place Riad el-Solh.

« De quel droit le ministre des Finances suspend-il le versement aux municipalités des redevances de la Caisse autonome des municipalités (CAM) ? De quel droit les prive-t-il de ce qui leur appartient ? Je conçois que l’État ait un problème de trésorerie, ou de “cash-flow”, mais est-il éthique de priver un homme de son salaire ? Et comment une telle décision est-elle prise ? » Ces paroles indignées sortent de la bouche du député Alain Aoun. Le parlementaire s’est solidarisé hier avec les manifestants, prenant la parole en public devant des dizaines d’employés en colère, frustrés et au bord de la révolte. Avec lui, deux autres députés ont harangué la foule, Hadi Abou el-Hosn (PSP) et Farid Haykal el-Khazen (groupe parlementaire des Marada). C’est dire que la crise touche l’ensemble des municipalités du pays.


(Tribune : Quelle décentralisation administrative pour le Liban ?)


Quel pourcentage des 1 100 municipalités du Liban souffrent-elles de cette suspension des versements trimestriels de la Caisse autonome des municipalités ? Pratiquement, toutes les petites municipalités rurales qui n’ont aucune autre rentrée significative, affirme le président d’une municipalité riche du Metn. Les grandes municipalités sont celles des agglomérations de plus de 20 000 habitants. Elles ne sont pas nombreuses et se financent à 50 % environ des taxes qu’elles imposent. Mais elles aussi se ressentiront de la crise si elle se prolonge, estime cet édile. « Nous allons en être réduits, si cela continue, à nous limiter aux travaux d’entretien de base, comme le remplacement des lampes et l’entretien des miroirs convexes », affirme-t-il. Les ouvriers des municipalités se partagent entre salariés fixes et journaliers pour les voiries, l’entretien des routes, etc.


Cascade de communiqués

Pour se joindre à la grève d’avertissement, de nombreuses municipalités ont fermé leurs portes hier. Une cascade de communiqués reflète par ailleurs la gravité de la situation. Dans la région de Baalbeck, les employés municipaux sont privés de leurs salaires depuis quatre mois, et les déchets commencent à s’amonceler dans les rues. Saleh Bou Mansour, au nom de la Fédération des municipalités de Jabal el-Cheikh (mont Hermon), affirme : « Ceux qui nous privent de nos salaires ne savent pas que certains de ces salariés sont menacés d’être expulsés de leurs domiciles pour défaut de paiement. »

Le député Ziad Hawat, ancien président de la municipalité de Jbeil, assure que la « ligne rouge » a été franchie, que des employés municipaux de sa région n’ont pas touché leurs salaires depuis plusieurs mois et que « des projets ont été gelés, avec les conséquences qu’on imagine sur le cycle économique ». D’autres municipalités, comme celles du caza de Bécharré, ont continué à fonctionner, tout en déléguant des représentants à la manifestation centrale et en lançant un avertissement que la prochaine décision sera de décréter la grève générale.

« De quel droit le ministre des Finances touche à un argent qui ne lui appartient pas ? » reprend Alain Aoun sollicité par L’Orient-Le Jour. « Il faut que de telles décisions échappent aux contingences et à la subjectivité. Le salaire est sacré, personne n’a le droit d’y toucher. Qu’on s’arrange. Les compressions budgétaires ne peuvent se faire au détriment des droits les plus élémentaires des gens », ajoute-t-il.

La ministre de l’Intérieur, Raya el-Hassan, a reçu hier le ministre Jamal Jarrah (Information), venu au Grand Sérail avec une délégation de présidents de municipalités du « sahel », dans la Békaa. Dans cette région, les difficultés rencontrées par les municipalités (habitat, eaux usées, déchets ménagers) sont rendues encore plus aiguës par la présence des réfugiés syriens. Un facteur qui justifie l’appel aux organisations internationales qui assistent les « collectivités d’accueil ».


Où va l’argent ?

À quoi donc le ministère des Finances utilise-t-il cet argent qui n’est pas à lui ? Selon une source informée, l’argent de la Caisse autonome des municipalités (CAM) va notamment au paiement des opérations de ramassage et traitement des déchets à Bourj Hammoud et sur la côte Costa Brava, et au paiement des arriérés dus par l’État à la société Sukleen. « Tout cela est géré de la façon la plus opaque par le CDR », ajoute la source en question.


(Lire aussi : Neemat Frem propose une loi pour annuler les dettes des municipalités)


Pour le député Neemat Frem, l’État, au nom de sa nouvelle politique d’austérité, est en train de prélever quelque 40 % des redevances de la Caisse autonome pour se faire rembourser des avances qu’il a consenties à ces municipalités. « Nous ne nous sommes pas pris à temps et la crise a éclaté », assure-t-il, redoutant qu’elle ne s’aggrave. M. Frem est l’auteur d’un projet de loi exemptant les municipalités de leurs dettes. Il répète à l’envi que le budget d’austérité que le gouvernement va approuver « fera mal », que ce mal évitera au pays « le plus grand mal » d’un effondrement. Mais au nom de quelle éthique faut-il que « ceux qui ont mal » soient les catégories les plus vulnérables du pays ?


Pour mémoire

Plus de 232 millions de dollars seront versés aux municipalités pour 2016

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Georges Yared

est-il ethnique de priver un homme de son salaire ?

;)

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA SUSPENSION DES VERSEMENTS DU MINISTERE DES FINANCES AUX MUNICIPALITES EST LE PRELUDE A UNE LOI ETABLISSANT DES TAXES MUNICIPALES SUR LES CITOYENS OU L,AUTO FINANCEMENT DES MUNICIPALITES COMME PRESQUE PARTOUT DANS LE MONDE. PROBABLEMENT CA FAIT PARTIE DES REFORMES !

Irene Said

Quelle honte !
D'un côté 30 ministres, dont la plupart sont incapables pour le poste qu'ils occupent mais qui recoivent certainement chaque mois leurs salaires, et de l'autre les petits fonctionnaires et employés municipaux à qui on va encore supprimer leur maigre salaire !

Vous vous souvenez encore...le 6 mai 2018 quand on nous promettait un LIBAN NOUVEA ET FORT ?

LIBAN: existe-t-il encore ???

NOUVEAU: encore plus de corruption que l'ancien

FORT: en injustice sociale et en inconscience criminelle

Merci, les IRRESPONSABLES !!!

Irène Saïd

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