Nos Lecteurs ont la Parole

Violences et paix

par Sylvain THOMAS
OLJ
06/04/2019

En ces temps où les informations font quotidiennement état de combats, de meurtres, de brutalités contre les enfants, contre les femmes, de destructions de locaux ici et là surtout à l’étranger et au Proche-Orient, également de tensions et de défis contre l’autorité des États, l’analyse des mécanismes économico-politiques met au grand jour les manipulations et les pressions dont certains groupes humains sont victimes. Dans un tel contexte, il nous semble nécessaire de souligner l’urgence d’une réflexion sur le sujet.

Rien n’est plus facile que de s’accoutumer à la violence et surtout, bien entendu, à la violence qui s’abat sur d’autres que nous-mêmes. La violence est partout. Par la télévision et par la presse, elle pénètre jusque dans les salons les plus confortables, les mieux protégés. Depuis quelques mois, des millions de téléspectateurs ont revu sur leurs écrans de télévision et sur les réseaux sociaux des scènes de violence civiles comme jamais la télévision française n’en avait montré dans le passé. Mais quels effets ont donc produit ces images d’une brutalité à peine soutenable ?

D’abord, ce fut l’indignation, le choc profond qui suscite des sentiments mêlés de colère et de pitié. Mais, toujours en quête d’un bonheur trop souvent identifié à la tranquillité, l’homme se défend contre ce qui le trouble. Et de même que le corps s’accoutume à certains poisons, de même la conscience se familiarise peu à peu avec le spectacle des destructions, des mutilations, de la souffrance des autres. Au bout du compte, seule une minorité a été conduite, par ces scènes de violence, à l’action qui tendrait à les éliminer. Contre ces poisons, la grande masse a développé des anticorps : pour les uns, c’est l’acceptation de violences qui seraient inévitables ; pour d’autres, c’est la résignation née d’un sentiment d’impuissance que chacun s’empresse d’expliquer plus ou moins habilement ; pour les plus malins, c’est l’apologie d’une violence qui serait mise au service d’un changement d’économie ; pour les plus malins (ouvriers, employés ou salariés) en quête de plus de justice, de liberté et de progrès dont on décrète bien vite qu’ils sont les véritables objectifs de l’enjeu de la violence. Une amputation cruelle ou un traitement douloureux ne sont-ils pas mis au service d’un bien supérieur, de la justice, de la liberté et du progrès ?

La violence est aux portes des cités, et pas seulement celle des affrontements contre les États, mais aussi et surtout celle des crimes quotidiens contre des innocents. Chaque jour des hommes pratiquent la violence pour voler et pour détruire surtout aussi, pour le plaisir de détruire.

Et, bien entendu, chacun est prêt à absoudre ses propres violences afin de mieux condamner les violences des autres protagonistes. Ainsi tout conspire pour nous faire tolérer ou accepter les violences dont nous ne sommes pas nous-mêmes les victimes. Et dans cette passivité le plus grand danger est sans doute d’oublier les réactions les plus élémentaires : comme par exemple l’enfant qui s’indigne si plusieurs de ses camarades se liguent pour rouer de coups le plus faible.

Cependant, depuis belle lurette, ce sont des multiplies groupes qui prônent la « violence » comme l’unique solution aux problèmes sociaux. En réalité, ces groupes sont dans l’attente, infidèles à leurs propres principes. Ce sont des groupes composés presque exclusivement de travailleurs. Ce sont des personnes qui ressentent d’une façon très émotive la situation politique et sociale. N’ayant aucun moyen de faire entendre leur voix et leur protestation par les moyens légaux, ils ressentent les structures actuelles comme une barrière infranchissable qu’il faut faire sauter par la violence. Le seul moyen d’agir à court terme est la formule de la violence. Puisqu’ils sont convaincus qu’il faut faire quelque chose tout de suite et qu’on ne peut plus attendre, ils entrent dans la clandestinité et préparent des actions violentes

Le citoyen doit travailler à promouvoir la paix par tous les moyens. Mais il est bien obligé de reconnaître que l’État est responsable du bien de la communauté nationale et doit veiller à constituer une force armée capable de protéger son pays en cas de conflit. Et, puisqu’il s’agit de biens communs, d’un service de la communauté toute entière, il est normal que la charge en soit répartie sur tous ses membres.

Le mot paix ne signifie pas pacifisme ; il ne cache pas une conception lâche et paresseuse de la vie ; il proclame au contraire les plus hautes et plus universelles valeurs : la vérité, la justice, la liberté pour instaurer de nouvelles formes de progrès sociaux et économiques.

Mais ce dont nous avons besoin, c’est une logique de la violence qui définisse ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas. La violence peut détruire de nombreuses valeurs humaines d’une manière permanente.

Le problème n’est pas de choisir (la violence) ; certains peuples y sont acculés. Le problème, c’est d’assumer les situations de violence dans lesquelles certains sont contraints de s’engager afin que la violence n’aliène pas les autres, mais qu’elles les libèrent. L’authentique homme de paix est celui qui, pour combattre l’injustice, n’hésite pas à s’engager totalement dans un processus de dialogue pacifique sans en lâcher les exigences, sans rompre l’unité du mouvement de mécontentement avec lequel il se rebelle. Est-ce de la caricature ? Pas du tout. C’est l’attitude honnête de ceux qui sont contre la violence « d’où qu’elle vienne » et qui ont le courage d’examiner pourquoi on a employé la violence ?

En intégrant ces remarques, il est possible de risquer la définition suivante : « La violence est une contrainte, physique ou morale, de caractère individuel ou collectif, exercée par l’homme sur l’homme, dans la mesure où elle est subie comme une atteinte à l’exercice d’un droit reconnu comme fondamental ou à une conception du développement humain possible à un moment donné. »

Enfin, cette définition, qui ne fait pas mention du pouvoir politique, implique cependant une relation entre violence et politique, soit parce que le pouvoir politique a toujours été considéré comme le garant et le gardien d’un certain nombre de droits individuels, soit, surtout aujourd’hui, parce qu’il a pour mission d’aider la collectivité à exprimer et à poursuivre le projet global qui la définit. C’est pourquoi les interventions publiques en matière de violence revêtent toujours un caractère déterminant, pour le meilleur comme pour le pire.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

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