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Nos lecteurs ont la parole

Cher voisin

Nous avons été voisins un jour, durant des années, nous avons parcouru les mêmes routes, mangé des douceurs à Saïda, regardé les pêcheurs à Tyr.

Nous parlons la même langue, nous avons échangé régulièrement, notamment sur un court de tennis. Tu m’as un jour « rassuré » de ce que la protection du « parti de Dieu » (mon Dieu, quel nom !) est totale et nous sauvera de tout. C’était il y a plus de dix ans déjà...

Nous avons vécu des guerres, pas nécessairement les mêmes, mais durant la même période de temps, des décennies, et à l’intérieur des mêmes frontières, celles du Liban.

J’ai eu la chance, comme certains, de pouvoir fuir ces guerres et de m’installer à l’étranger. Mais ce pays où je suis né ne m’a pas quitté et continue à me hanter malgré tous les griefs que je peux lui faire : ils sont énormes et nous sommes unanimes à le penser.

Aujourd’hui, comme hier, mon cerveau continue à cogiter, pour comprendre et expliquer les bêtises, les souffrances, les horreurs.

Nous aspirions tous à une vie digne, pour nous, nos enfants et les générations à venir.

Mais depuis peu, nous avons revu nos aspirations à la baisse : une vie, avec un corps, un cerveau et un cœur au diapason l’un de l’autre. Le reste suivra.

Aujourd’hui, je suis loin, mais je pense à tous ceux qui sont viscéralement liés à cette terre, sur place ou parmi la diaspora.

Aujourd’hui, parler ne sert plus à rien. Tu n’as plus le choix. Encore moins qu’hier. Aliéné, tu as suivi une voie depuis 40 ans, et jamais tu n’as réussi à en dévier, pour peu que tu aies cherché à le faire. Tu iras jusqu’au bout de ton destin. Le pays criminel que tu attaques suivra lui aussi son destin, comme toi. Ce n’est pas mon problème.

Ton lieu de vie propre à toi se rétrécit comme peau de chagrin, et nos pensées ne sont plus que des lambeaux, lacérées par tant d’horreurs depuis des années : le Liban, la Syrie, la Palestine pour ne retenir que ceux-là. Foulées du pied par des petits « dieux » de tous horizons : ceux qui parlent avec leur doigt ou ceux qui traitent les gens « d’animaux », comme des animaux.

Convaincre ne sert plus à rien, la fin est déjà présente : la désolation. Le Liban la vivra durant des années encore : en paroles désormais inutiles que tu continueras malgré tout à moudre, et surtout dans les ruines.

Mais écrire est essentiel pour les générations futures : tes enfants, tes petits-enfants.

Eux viendront un jour te poser des questions, à toi et rien qu’à toi. Et ce n’est qu’avec eux que tu pourras déposer cette charge que nous appelions tous à disparaître.

Rendre des comptes.

Espérons en une vie ailleurs, pour tous ceux qui ont été emportés pour les idées de quelques criminels.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Nous avons été voisins un jour, durant des années, nous avons parcouru les mêmes routes, mangé des douceurs à Saïda, regardé les pêcheurs à Tyr.Nous parlons la même langue, nous avons échangé régulièrement, notamment sur un court de tennis. Tu m’as un jour « rassuré » de ce que la protection du « parti de Dieu » (mon Dieu, quel nom !) est totale et nous sauvera de tout. C’était il y a plus de dix ans déjà...Nous avons vécu des guerres, pas nécessairement les mêmes, mais durant la même période de temps, des décennies, et à l’intérieur des mêmes frontières, celles du Liban.J’ai eu la chance, comme certains, de pouvoir fuir ces guerres et de m’installer à l’étranger. Mais ce pays où je suis né ne m’a pas quitté et continue à me hanter malgré tous les griefs que je...
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